‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 202 sur 312 · A. HuBBR, Geschischte OEsterreichs I · texte numérisé non relu

A. HuBBR, Geschischte OEsterreichs I

MélangBs Paal Fabre, 20

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mands de Carniole et d'Istrie '. Ces territoires, il est vrai, ne formèrent jamais avec le Frioul une véritable unité politique, et ils ne tardèrent pas à tomber sous la puissance de grands vassaux d'Aquilêe, mais cette réunion eut cependant comme conséquence, pour les deux grands sièges, une immigration considérable d'Allemands, appartenant surtout à la chevalerie ^. Ces immigrés se fondirent avec la noblesse du pays, mais par suite de leur richesse et de leur situation auprès des patriarches allemands et des princes leurs parents, leur part fut prépondérante dans le développement des classes nobles dans le Frioul. Comme dans les provinces allemandes du voisinage, il se développa une « ministérialité » puissante ^, dont Tinfluence s'accrut par l'entrée dans ses rangs de beaucoup de barons.

Cette noblesse, devenue la caste dirigeante, contribua à former et à lîxer l'organisation politique du Frioul. Le déclin de la puissance impériale produisit à la vérité un fort mouvement de recul. Après la mort de Bertold, en Tan 125!, et pendant tout un siècle « ce ne sont plus que des candidats du pape qui occupent le siège patriarcal : à l'exception du Français Bertrand, ce sont tous des Italiens, inclinés, par la politique comme par leurs relations de famille, à s'appuyer sur l'Italie. Les relations avec la rovauté allemande sont presque complètement rompues, celles qui existent avec les princes allemands du voisinage sont de plus en plus dominées par la pivoccupalion qu'ont ces princes de faire passer dans leurs mains les possessions lointaines des patriarches et d'acquérir de l'intluence sur le Frioul lui-même. Par suite les patriarches sont forcés de se rapprocher davantage, dans leur administration même, des coutumes italiennes. On va monti*er, dans la rapide esquisse qui suit, comment sous l'action de ces courants opposés se développèrent les institutions politiques du Frioul, et on se bornera à considérer leurs directions principales.

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L ADMINISTRATION DU PRIOUL 307

Même si on fait abstraction de leurs attributions ducales, la donation faite aux patriarches du Frioul se. distingue nettement de privilèges semblables accordés aux évéques italiens par ce fait qu'il n^xiste pas ici de grande ville bien peuplée, ayant un trafic important, qui forme le point central du territoire dont il est fait donation. Aquiléé était en décadence, Cividale sans importance, Udine était encore un château et elle dut tarder bien longtemps avant d'être reconnue à proprement parler comme capitale. Le grand mouvement des comnvunes, qui a décidé des destinées de ritalie, ne pouvait s'étendre au Frioul. Quoique la grande masse du peuple parlât l'italien et se trouvât, au point de vue économique, dans une situation semblable à celle de toute la Haute* Italie, quoique le droit commun se soit aussi en partie développé dans le Frioul sous Tinfluence italienne — c'est ainsi par exemple que le notariat y acquit complètement droit de cité, — cependant la transformation du comté de Frioul en une principauté ecclésiastique, due à l'action des mêmes vicissitudes, a été soumise aux mêmes causes de ralentissement ou d'accélération que Ton constate pour les évéchés allemands, notamment pour le siège> de Trente, situé lui aussi en terre italienne.

En Italie comme en Allemagne la collation à un évêque d'un ou de plusieurs comtés ou portions de comté ne suffisait pas à assurer la formation d'une principauté ecclésiastique viable. Dans l'un comme dans l'autre pays, les conditions de fait ont eu souvent plus de puissance que les parchemins des souverains. Il s'agissait de savoir si le prince ecclésiastique était en état de conserver dans sa main Tadministration de son territoire. Si Tévêque allemand était amené à transmettre le comté en fief à un laïque puissant, ou si tout le patrimoine ecclésiastique passait à un avoué de haute naissance et demeurait héréditaire dans sa famille, alors une principauté séculière pouvait s'élever, ayant pour fondements des fiefs ecclésiastiques comme nous le voyons dans le Tyrol.

Si cela n*est pas arrivé dans le Frioul, quoique parfois on ait pu le craindre, c est que les patriarches se gardèrent de donner en fief leur duché et d'établir trop tôt une avouerie unique s'é tendant sur tout le territoire. Nous sommes malheureusement bien peu renseignés sur T ancienne histoire du Frioul

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en effet c'est seulement au xiii^ siècle que les chartes deviennent plus abondantes; indépendamment de cela, d'ailleurs, je dois me borner ici aux points d'une véritable importance.

On ne se trompera pas sans doute en considérant comme mie chance heureuse pour les patriarches la rapide succession des familles qui reçurent en fîef la dignité ducale de Carinthie. Par suite de son union antérieure avec la marche de Vérone, ce pays se trouvait déjà en étroite relation avec le Frioul. Au xi* siècle les ducs sont avoués, et le sont, semble-^-il, sur le territoire patriarcal tout entier. Mais Henri, le dernier duc de Carinthiede la maison d'Eppenstein, résigna cette fonction entre les mains de son frère, le patriarche Udalric I"' K Bientôt après, cette fonction revint aux comtes de Goritz ; il n'a pas encore été possible d'établir avec certitude leur origine, mais leur famille n'était pas prépondérante ni par sa puissance ni par son influence. Le comte Mainard^ qui mourut en 1139 ou 1140, occupait déjà cette fonction qui demeura héréditairement en possession de cette famille. Les Goritz exerçaient aussi les mêmes attributions sur une série de couvents. On paraît avoir admis, dès cette époque, ce qui fut juridiquement constaté à la mort du patriarche Udalric II (1182) \ que le comte de Goritz avait l'avouerie sur tous les couvents de ce côté (à Test) du Tagliamento, sauf sur S. Odorico.

L'enquête indiquée nous fournit également la limite de Tavouerie des comtes de Goritz : c'était le Tagliamento. A la vérité ce fait important n'est mentionné qu'incidemment dans le document rédigé par le notaire Petrus, d'une façon qui n'est pas à vrai dire très heureuse ; mais d'autres preuves le confirment pleinement. C'est ainsi que, d*après ce document, le comte de Goritz doit rendre seulement justice, sur la rive droite de ce fleuve, à Cinto,où

i. Dans le document non daté Rubeis, Mon. 519, lequel doit être placé entre 1090, l'année de l'avènement de Henri, et H2I, raonée de la mort d'Udalric, il est (lit : « Heinricug s. Aquilegcnsis ecclesùe,.. ar/roca/cis... placiluni advocafine super omnibus bonis praefatœ Aquii. ecdesi^e aitinen^ libus.,, integerrinip in rnanus patriarche Vodalrici,,^ tradidit, »

2. Cf. l'acte de U40, Hcbeis, Mon. 571. — D'après Enenkels Fûrsienbuch, dans Rauch, SS. 1, 2'jO; les Goritz auraient tenu le comté et le baillage en fief des comtes de Peilstein; il n'y a pas lieu d'examiner ici cette assertion.

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