A-T-IL COPIÉ SAINT FRANÇOIS
Lorsque saint Dominique et saint François vinrent à Rome solliciter du pape Innocent III l'approbation de leur ordre respectif, ils ne se connaissaient pas ; mais, raconte Gérard de Frachet ^, la Vierge apparut à saint Dominique et lui montra en saint François celui qui devait avec lui relever la vie religieuse. <c Le lendemain de cette vision, le fondateur de Tordre des Prêcheurs reconnut dans une église saint François ; il se précipita vers lui et le serrant dans ses bras : « Tu seras mon compagnon, « lui dit-il, tu courras avec moi ; tenons-nous ensemble, nul ne <c prévaudra contre nous. » Puis il lui confia la vision qu'il avait eue, et dès lors, ils ne furent plus qu'un cœur et' qu'une âme dans le Christ. » Depuis, les siècles se sont représenté les deux saints dans cette étreinte fraternelle, tels que Fra Angelico lésa peints.
Ne pourrait-on pas préciser davantage Tiniluence qu'ils ont pu exercer lun sur Tautre ? Dans la biographie si attachante, mais trop souvent contestable, qu'il a écrite de saint François d'Assise, M. Paul Sabatier s'est posé cette question et, dans son enthousiasme pour le poverellOy l'a résolue au détriment de saint Dominique.
S'il trouve juste que Vart et la poésie aient associé inséparablement saint Dominique et saint François, c'est parce que la gloire du premier n^est quun reflet de celle du second 2. Lorsqu'ils allaient à travers les chemins de l'Ombrie parlant de Tabondance du cœur aux ignorants et aux humbles, ouvrant leur âme à toute la nature, vivant soit d'aumônes, soit du travail de
1. Gérard deFraciibt, Vitac fratrum^ (éd. Cormier), p. 4. Ce chroniqueur dominicain écrivait vers 1258.