Paul Sabatier, Vie de saint François d'Assise^ p
Mélanges Paal Fabre. 31
leurs mains, les premiers franciscains pratiquaient vraiment la pauvreté évangélique. Ils n^avaient que mépris pour les livres et les biens de ce monde : une léproserie abandonnée était leur demeure et les élans de leur cœur toute leur science. Tout autre était l'idéal de l'Espagnol qui, vers le même temps, prêchait et argumentait contre les Albigeois. Sa dialectique venait de Tesprit, sa prédication était savante, théologique et partant cléricale. Chanoine lui-même, il rêvait de créer des congrégations de chanoines A ugustins, vivant honorés dans le monde avec des revenus assurés. Voilà pourquoi, devenu Tami de Simon de Montfort et des croisés vainqueurs, saint Dominique accepta d'eux des donations, et pour en assurer la paisible possession à ses disciples, les plaça sous la sauvegarde du Saint-Siège *. Mais par une étrange ironie, c'était le mystique « qui comprenait les besoins du siècle et de TEglise », tandis que le profond théologien ne rencontrait sur ses pas qu'une indifférence voisine de l'impopularité. Ce fut le chapitre franciscain de 1218 qui ouvrit les yeux à saint Dominique. Il y assista à côté de saint François, et lorsque, n'ayant pu réunir autour de lui que quelques disciples, il vit « la joie des franciscains, la sympathie du peuple pour eux, la pauvreté des huttes de la Portioncule », il comprit que la supériorité des Mineurs sur les Prêcheurs venait de leur absolu détachement des Liens de ce monde. « 11 en fut si ému que dans un élan d'enthousiasme, il annonça sa résolution d'embrasser la pauvreté monastique... et de transformer son ordre de chanoines de Saint- Augustin en un ordre de moines mendiants... A partir de cette époque — c'est-à-dire de 1218 — ou pourrait dire qu'il est sans cesse occupé à copier saint François... la transformation de sa manière de vivre fut si évidente que plusieurs de ses compagnons s'en émurent et refusèrent de le suivre dans sa nouvelle voie *. »
1. « La balle lieligiosam vitam du 30 mars 1218 énumère les possessions des Dominicains. » Ibid., p. 245. « Les historiens de saint Dominique n'ont pas fait bon accueil à ces détails. Mais un point incontestablement acquis par des documents diplomatiques, c'est qu'en 1218, Dominique, à Rome, se faisait donner des privilèges où les propriétés de son ordre étaient indiquées et quen /2?0, il amenait ses frères à professer la liberté. « Ibid., p. 249.