Pierre DE V^aux-Gernay, Historia Albigensium
2. Les procès-verbaux de ces deux commissions d'enquête ont été publiés par les Bollaiidistcs, Acta Sanctorum, 4 août, p. 632 et suiv.
SAINT DOMINIQUE A-T-IL œPIÉ SAINT FRANÇOIS? 325
quitté Tordre des Prêcheurs, parce que la règle de la stricte pauvreté Tavait rebuté, Guillaume Claret, ne faisait aucune difficulté de reconnaître que, lorsqu'il accompagnait saint Dominique dans ses courses apostoliques, il vivait avec lui dans le plus grand dénuement : dixit quod pauper erat dum ipse secum iret, Ijes vêtements que le saint distribuait à ses compagnons et aux. pauvres, lui avaient été donnés à lui-même.
Étrangers à l'Ordre et aux discussions qui purent Tagiter, ces témoignages confirment celui de Jourdain de Saxe et lui rendent toute sa valeur. Après avoir rapporté les paroles de Diego à Castelnau, Jourdain décrit en ces termes la vie que menèrent, dès 1205, Tévéque d*Osma, saint Dominique et leurs compagnons : « Ils allèrent dès lors à pied, sans argent, vivant dans une pauvreté volontaire et annonçant partout les vérités de la foi, pedites sine expensiê in voluntaria paupertate fidem annuntiare cœperunt K »
L'ordre des Prêcheurs naissait donc dans la pauvreté comme celui des Mineurs ; de même que saint François, saint Dominique allait à pied de bourgade en bourgade, sans demeure fixe, demandant à la charité des fidèles, pour lui et les siens, le toit qui devait les abriter, la nourriture qui devait les soutenir, les vêtements qui devaient les couvrir, et lorsque des âmes généreuses ne se rencontraient pas sur leur chemin, les Prêcheurs, comme les Mineurs, se confiaient à Dieu, vivant de privations et dormant sous la voûte des cieux.
Un passage discret de Jourdain de Saxe semble indiquer que les libéralités des croisés soumirent à de dures épreuves Tesprit de pauvreté des premiers Prêcheurs ^. « On n'avait pas encore édicté la Constitution de Tordre qui interdisait de recevoir des propriétés et de les garder. » Nous voyons, en effet, Simon de Montfort accorder à saint Dominique des possessions et même des seigneuries. Avec le ^consentement de ses compagnons, il donna à Dominique, à ses successeurs et à tous ceux qui Taideraient dans ses missions, l'important village fortifié de Casseneuil en Agenais, vers la fin de septembre 1214^. En
i. Acta Sanclorum, 4 août, p. 547.