Voici rinscriplion inédite qu'on lit sur le sarcophage
HIC JACET CORPUS MAC.NIFICI VIRI DOMINI THOMASI DE SANCTO SEVERINO COMITIS MARSIGI BAKONIARUM SANCTI SEVERINI CILENTl LAURIE ET CASTRI SANCTI GIORGH DOMINI ET MAGNI HEGNI SICILIE COMESTABULI QUI OBIIT ANNO DOMINI MCCCLVIII XXVII AIMULIS XII INDICIONIS CUJUS ANIMA REQUIESCAT IN PAGE. AMEN. AMEN.
LE MAUSOLÉE DE l'eUPEREUR HEKHI VII A PISE
Pétrarque. Mais, k Mercato San Severino, une statue gisante est étendue aux pieds de la statue assise.
Rien ne serait pIuR facile que de restituer, d'après le tombeau du connétable napolitain, le mausolée de l'empereur Henri Vil.
Sans imaginer un pavillon et un baldaquin dont il ne reste pas le moindre morceau, il suffirait de replacer au fond de l'abside de la cathédrale de Pise le sarcophage et les statues conservés au Camposanto.
Au-dessus de l'empereur couché, on dresserait contre la paroi l'empereur assis et les quatre gibelins : les statues s'appliqueraient aisément au mur, car du côté du dos, le sculpteur a eu soin de les aplanir. Elles formeraient, sans l'addition d'un baldaquin, un couron-
nement aux lignes triaDgtiIaires, et comme un fronton de statues.
Pour préciser l'ordonnance du monument, il faudrait seulement déterminer la forme qui a pu être donnée aux supports du sarcophage et du groupe supérieur. C'est encore dans Tltalie méridionale, et précisément dans un second tombeau de la famille San Severino, qu'on trouvera des indications suffisantes pour fixer les lignes essentielles du mausolée de Pise.
Le tombeau du jeune comte Errico di San Severino, dans la cathédrale de.Teggiano (Val de Diano) a été sculpté, après 1336*, par un disciple très habile d'Andréa Pisano, qui, dans certains détails de son œuvre, s'est souvenu de modèles analogues au monument de Henri VII. Ainsi, sur le sarcophage, porté par trois colonnes torses, l'artiste a représenté en bas-relief les douze apôtres (huit sur la face antérieure, deux sur chacune des faces latérales). Au-dessus de la statue couchée, un groupe de neuf statuettes est aligné sur une tablette de marbre portée par quatre consoles. Au milieu du groupe, et plus grande que les autres personnages, la Vierge est assise avec l'Enfant. Un saint debout, en longue draperie à l'antique, peut-être saint Henri, le patron du jeune comte, présente à l'Enfant Dieu un autre enfant, qui est Tâme du trépassé. A droite, à côté du saint, le comte Errico, à genoux, une grande épée à la ceinture ; derrière lui un enfant en maillot, représenté debout, une jeune fille et une fillette; à gauche, une jeune femme, le menton serré dans une guimpe étroite, et deux hommes. L'idée religieuse qu'exprime le groupe agenouillé devant les deux saints est la même qui avait dicté la composition du mausolée d'Arnolfo di Cambio, à Orvieto. Mais l'arrangement des statues, sur une console fixée directement au mur, permet de se faire une idée du support sur lequel Tinoa pu faire reposer, contre l'abside de la cathédrale de Pise, les statues de Henri VII et de ses quatre fidèles. De même, l'ange qui, à Teggiano, est debout, aux pieds du jeune homme étendu, et auquel un autre ange devait faire pendant, nous indique la place que devaient occuper, dans le mausolée impérial, les deux
1. L'inscription est la suivante : anno domini mcccxxxvi hic translatum
EST MENSE NOVEMBRIS IIII IND. CORPUS EXCELLENTISSIMI DOMINI DOMINI HERRICI DE SANCTO SEVERINO OLIM COMITIS MARSICI PRIMOGENITI MAGNI KBGNl SICILXB COMESTABULI MORTUI S. T. (iui icmpOris ^) ANNO XXIII.
LE HAl'SOLËE DE l'eMPEREUR HENRI VII A PISE 377
anges sculptés par Tîno, qui ont été transportée, après 1494, aux deux côtés du tombeau de l'archevêque Ricci. Seules les deux
tiennes de l'Annonciation ne peuvent retrouver une plaee précise dans le monument reconstitué.
Nous avons complété le mausolée mutilé de l'empereur Henri VII, non point en recourant à des additions conjecturales, mais en employant des matériaux réels et solides, des sculptures de marbre que chacun peut voir de ses yeux au Camposanto de Pise, et dont la comparaison avec des monuments intacts, retrouvés dans des bourgades peu visitées, nous a permis de déterminer la place respective^ Si Ton admet notre restauration, on en pourra tirer des conclusions remarquables. D'abord le mausolée de Henri VII, rétabli dans son état primitif, éclaire l'histoire de Tart funéraire du xiv® siècle en Toscane. Les cinq statues de Henri VII et des Gibelins, ses acolytes, appartiennent à la même série de monuments que les tombeaux de Tévêque Orso, de Cino da Pistoja et de Tommaso di San Séverine : il est probable qu'elles ouvrent cette série. Si Arnolfo di Cambio a créé le type du tombeau surmonté de Timage du mort, à genoux devant la Vierge, Tino di Camaino a sans doute donné le premier exemple d'un tombeau qui a pour couronnement des statues de personnages vivants, groupées autour d'une statue assise du défunt commémoré.
Les cinq statues du Camposanto de Pise se montrent encore à nous comme le modèle direct du plus magnifique mausolée qui ait été élevé en Italie avant la Renaissance. Revenons une fois encore au tombeau de Tommaso di San Severino : nous v pouvons relever un détail curieux, que n'explique point l'imitation des sculptures conservées en Toscane. Le connétable, sur son lit de mort, est vêtu de la bure des franciscains et a les pieds nus. Si l'artiste l'a enserré dans cet humble costume, c'est pour imiter l'effigie du feu roi Robert, qui, sur son mausolée de Santa Chiara, sculpté par les deux frères florentins Giovanni et Pace, est couché dans une robe de moine mendiant. Peut-être le monument tout entier de Mercato San Severino, qui offre des affinités si évidentes avec le tombeau de Cino de Pistoia et les statues du mausolée de Henri VII, n'est-il, dans son ensemble, qu'une réduction simplifiée du mausolée de Robert le Sage. Entre le tombeau du connétable Tommaso et les tombeaux toscans, dont
LE MAUSOLÉE DE l'eMPEREUR HENRI VII A PISE 379
le mausolée de Henri VII a été le prototype, un intermédiaire réclame sa place. Cet intermédiaire, c est le mausolée du roi Robert. Dans Téglise napolitaine de Santa Chiara, au-dessus du cadavre vêtu de bure et couronné, que veillent sept jeunes femmes, symboles des Arts libéraux, le monarque reparaît, dans toute la pompe de son costume de cour, assis sur son trône, la couronne au front, le globe et le sceptre en main. Il n'a point à ses côtés, comme Henri VII sur le mausolée de Pise, des fidèles représentés par des statues de marbre ; mais les courtisans, dont les sculpteurs ont négligé d'exécuter Timage, sont peints à fresque, des deux côtés de la statue royale.
C'est ainsi que les deux Florentins qui ont travaillé au mausolée de Robert se sont inspirés du mausolée de Henri VII, autrefois sculpté par le Siennois Tino di Camaino. Le roi des Guelfes qui, en 1316, faisait acheter pour son usage les dépouilles de son rival, la couronne et les joyaux « de l'Empereur Henri, soidisant roi des Romains* », eut, pour conserver sa mémoire, un monument qui, dans ses figures essentielles, fut une imitation directe de celui que Pise avait élevé à l'empereur des Gibelins.
Emile Bertaix.
1. Reg. Ang. 1317-18 A, n» 214, f» 10 v« (Minieri-Riccio, Saggio di Codice diplomaticOf Naples,, 1879, II, p. 15).