‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 266 sur 312 · lieg. Avin. 76, fol · texte numérisé non relu

lieg. Avin. 76, fol

fuerint persolula, faciendo super hoc duo conHci consimilia publica ÎDslruraenla, quorum uno pênes solvenles ipsos dimisso, reiiquum ad nos tram cameram mittere fideliter studealis. Dat. apud Viilamnovam, Avinionensis diocesis, VI nonas martiî, pontificatus nostri anno secundo.

Les délégués se mirent aussitôt en devoir d*obéir. Ils dressèrent la liste suivante de questions, à poser à chaque témoin.

In primis utrum ipse recordetur de iempore quo papa Nicolaus IIII de quo fit mentio in diclo rescriplo apostolico cathedram beati Pétri obtinebat.

Utrum sciât vel audiverit dici quod mercatores et socii societatis de Bonsignoribus de Senis tempore ipsius pape Nicolai receperint nomine Romane Ecclesie et ejus camere aliquas quantitates pecunie nomine depositi seu commende eis facte de illis pro dicta Ecclesia et ejus caméra.

Utrum sciverint vel dici audiverint quantam quantitalem et sumniam pecunie receperint mercatores, socii et societas supradicti.

Utrum sciant vel audiveriut dici quo tempore facta fuerunt talia deposita seu commende dictis sociis etsocietati.

Utrum sciant vel audiverint dici ubi sint aliqui libri, instrumenta vel scripture ipsorum sociorum et societatis et ad ipsos spectantes et pênes quem vel quos.

Utrum co<?no$cant filios et heredes dictorum mercatorum et qui sint.

Utrum extent bona mobilia vel immobilia vel possessiones dictorum sociorum et que et qualia et ubi sint posita et per quos detineantur.

Utrum de predictis sint publica vox et fama et ubi et apud quos.

Les délégués siégèrent au monastère de San Vigilio, de Tordre des Camaldules, à Sienne. L'enquête commença le 8 juillet f 34i pour se terminer le 15. On entendit trente témoins, savoir : Frater Silvester de Senis, prieur des Dominicains de Sienne (sa déposition est au fol. 488 v'*) ; Fr. Gerardus domini Luti de Senis, (). P. (fol. 48!)): Fr. Eneas de Senis, 0. P. (fol. 490r, Fr. Clirlstophorus de Tholomeis, 0. P. (fol. 490 v°) ; Fr. Ambrosius de Colle, O. P. (fol. 491 v°) ; Dominus Guido Bondelmontis, canonicus Seiiensis (fol. 492); Fr. Jacobus de Montececerone, 0. P. (fol. 493 v^^j ; Fr. Gerinus Guccii de Montaninis, O. P. (fol. 49 i) ; Fr. Franciscus lilius Ture de Senis, ord. Carlusiensis (fol. 493) ; Dominus Ginus rector hospitalis Sancte Marie

della Scala de Senis (fol. 496) ; Dominus Niccolaus domini Bandini de Senis (fol. 496 v**) ; Dominus Angélus Granelli de Tholomeis miles de Senis (fol. 497) ; Narius Bruni de Senis (fol. 497 v<>) ; Minus Guidi de Tholomeis (fol. 498) ; Naddinus Guccii de Senis (fol. 497 v°) ; Poppus Naldi de Senis (fol, 499 v») ; Beringnone Chiavelli de Senis (fol. SOO) ; Dominus Niccola Contis jurisperitus de Senis (fol. 500 v°) ; Ceccus Ghini de Senis (fol. 501) ; Marsilius Scecti de Senis (fol. 502); Ceccus domini Gori de Senis (fol. 502 v**) ; Dominus Gualterius domini Gerif de Senis (fol. 503) ; Sjmon ser Jacobi de Senis (fol. 503 v^) ; Angélus Frederici de Senis (fol. 504) ; Conte Jacobi de Senis (fol. 504) ; Frater Naldus Johannis de Senis, 0. M. (fol. 505) ; Fr. Johannes de Sancto Geoi'gio de Senis, 0. M. ; Fr. Jacobus Thosi, 0. M. ; Fr. Jacobus de Martiis, 0. M. ; Fr. Mannus Guiduccini, 0. M. (fol. 505 v<>).

Les délégués déclarent ensuite être allés interroger le 1 7 juillet, aux environs de Sienne, Bindo de Sienne, protonotaire du pape ; mais le procès- verbal de Tinterrogatoire manque.

Il serait tout à fait inutile de publier in extenso les dépositions. Beaucoup n'offrent aucun intérêt, soit que les témoins déclarent ne rien savoir, soit qu'ils restent dans le vague, soit qu*ils ne fassent que se répéter les uns les autres. Nous nous bornerons à faire connaître, par analyses ou par extraits, les plus curieuses, en classant les renseignements d'après les articles du questionnaire.

Quant au premier de ces articles, l'immense majorité des témoins n'avait aucun souvenir remontant au temps de Nicolas IV.

Sur le second, certains témoins ne savent rien. D'autres ignorent si les Buonsignori étaient débiteurs de la Chambre, mais parlent de dépôts nombreux faits chez eux par des prélats en cour de Rome.

Ainsi, entre autres^ frère Enée de Sienne :

«... Respondit et dixit se nunquam scivisse vel audivisse dici quod recordaretur, quod dicti socii lenerentur Romane Ecclesie vel ejus camere, tamen audivil dici multotiens et a pluribus de quibus non recordatur quod ipsi socii et societas tenebantur multis et diversis pre

latis ratione depositi eisdem sociis facti in Romana curia, et multîs aliis personis. »

Frère Jacques de Monte-Cetrone fait une déposition analogue pour le fond, en y ajoutant un renseignement intéressant. Boniface VIII, précisément pour sauvegarder les intérêts de ces prélats déposants, aurait essayé de mettre un terme aux querelles qui ébranlaient la société des Buonsignori.

« Respondit dicens se nicliil inde scire de conteniis in ipso articule. Audivit tamen dici quod dominus Bonifatius papa VIII fecit requin dictes socios de dicta societale Bonsegnorum ut convenirent insimul et repararent ipsam societatem que jam eral in discordia et divisione, ad hoc ut prelati niulli qui pecunias suas deposuerantin magnis quantitatibus, ut ferebalur, pênes dictos sotios, quas dicli prelati Jiunquam potuerant recuperare, possent eorum hujusmodi pecunias a dictis sociis redibere. Interrogatus a quibus audivit, respondit quod in civitate Senensi et in quibuscunque partibus ubi dictus frater erat coo> vcntualis, a multis et diversis personis, de quorum nominibus non record a tur. »

Frère Ambroise de Colle confirme le fait de rintervention de Boniface ; mais il en donne une autre explication. Ce sont les intérêts mêmes de la Chambre que le pape aurait voulu défendre.

« Super secundo articule interrogatus respondit dicens se inde nichil scire nisi in tantum quod quande prelati qui de nove creabantur per dominum Bonifacium papam VIII, tune sotii de dicta societate confitebantur se nomine camere apostolice habere in depositum quan' titates débitas per ipsos prelatos, pro communi servitio camere.

Interrogatus quomedo scit, respondit et dixit quod ita publiée ferebalur in Romana curiâ dum ibi esset aliquando ac etiani in civitate Senensi, et quod ipse dominus Bonifatius papa fecit onines ipsos soties requiri quod ipsi se convenirent apud Castrum Piebis ut inibi discordiam que erat inler ipsos soties sedarent ac reintegrarent se invicem ut repararetur dicta secietas que jam eral divisa et in discordia. Et quod dictus dominus papa hoc faciebat fîeri ex eo quia de hujusmodi divisiene dicta caméra multum dampnificabatur, quoniam ipsa secietas multa commoda ofTerebat dicte camere dum esset in statu pacitico, sicut publiée de hoc ferebalur ; quia dictus frater, ul asseruit, erat semper cum ipsis sotiis in dicte Castro Plebis.

Avec cette déposition, on voit que nous abordons le groupe des témoins qui connaissent la situation jadis occupée par les Huonsignori à la cour pontificale et les opérations qu'ils accomplissaient pour la Chambre. Ambroise de Colle signale une des plus ordinaires : les prélats promus par le Saint-Siège et embarrassés pour s'acquitter du commun service qu'ils devaient à cette occasion, empruntaient aux banquiers de la Chambre; il suffisait, sans déplacement de fonds, que ceux-ci inscrivissent le montant de la taxe à Ta voir du Saint-Siège. L'opération donnait lieu à la rédaction de deux obligations, Tune des prélats visà-vis des banquiers, l'autre des banquiers vis-à-vis du trésor apostolique.

On remarquera que les souvenirs de frère Ambroise sont sûrement inexacts sur un point; c'est sous Nicolas IV, en dernier lieu, et non sous Honiface VIII, que les Buonsignori avaient été au service de la Chambre. Ils ne sont jamais mentionnés, comme banquiers officiels, dans les registres de ce dernier pape.

La plupart des autres témoignages confirment en termes généraux qu'il était de notoriété publique que les Buonsignori étaient restés endettés envers le Saint-Siège. Un seul fait exception, Marsiglio a Scecti », qui prétend avoir entendu dire que la balance était au contraire en leur faveur. Marsiglio ajoutait, et d'autres témoins disent avec lui, que Clément V avait déjà poursuivi le remboursement des créances de la curie. On a vu plus haut que les registres de Clément V confirment cette assertion.

Deux groupes de témoignages fournissent l'occasion de relever certaines particularités intéressantes dans l'organisation des maisons de banque italiennes, et dans la situation des banquiers de la Chambre vis-à-vis du Saint Siège.

L*usage ordinaire des banques italiennes était que chacun des associés était responsable sur tous ses biens de tout le passif social. C'est précisément à cette règle que les Buonsignori avaient sollicité en leur faveur, du conseil de Sienne, une dérogation générale. Nos dépositions nous apprennent que quelques-uns d'entre eux essayèrent de négocier des concordats particuliers avec le Saint-Siège.

Déposition de frère Gerino di Giiccio dei Monlanini, «... Respondit et dixit... quod audivit a Guccio pâtre suo similiter ex eo quia ipse Guccius et Montaninus ejus frater sive germanus carnalis et patruus dicti fratris Geriiii procurabant cum domino Johanne Gaietani cardinali olim et tune Sedis Apostolice legato in Tuscia ^ ut ipse dominus delegatus impetraret a domino papa pro eis absolutionem et reniissionem de parte contingente eos ad restituendum Romane Ecclesie pro dicto Gerio de Montaninis avo dicti fratris. Et quod ipse frater teslis scripsit manu sua quamplures litteras rogalorias predicto quondam domino legato ex parte dictorum patris sui et patrui, seu, si bene recordatur priori Pisano ordinis sancti Johannis Jerosolimitani, super • impetratione gratie remissionis predicte. »

Déposition de frère François, fils de Tura de Sienne. « Audivit dici a ser Petro Alberti de Senis, quod Tura, -pater dicti fratris Francisci, et patruus ejus, fratres carnales, filii quondam Gerii Montanini superius nominati, qui fuit unus de dictis sotiis, si voluissent, potcrant se concordare cum ecclesia Homana de eo quod ipsi tenebantur ipsi ecclesie Romane ratione dicti Gerii avi dicti fratris loquentis, et quod dictus ser Pelrus consuluit multum super hujusmodi concordia facienda eisdem fratribus filiis dicti Gerii... »

D'un autre côté la cour de Rome, non contente de la garantie que lui offrait la responsabilité solidaire et illimitée des associés, prenait hypothèque, quand il s'agissait de banquiers de la Chambre, sur les biens personnels de chacun d'eux. C'est à cet usage que font allusion plusieurs dépositions. Un témoin, Naddino di Guccio, dit que personne n'osait acheter les biens des Buonsignori, à raison de leurs dettes vis-à-vis de la cour de Rome. Mino dei Tolomei (dont la déposition est reproduite en substance par Cecco di Ghino), entre dans plus de détails :

« Super secundo articulo interrogatus respondit et dixit quod nescit de dicto debito Romane Ecclesie per dictos sotios, nisi auditu, et hoc quia postquam dicta societas defecit jam sunt fere anni quinquaginta, audivit ipse tcstis dici a domino Moschiato de Senis, fratre germano

1. II s'agit du cardinal Jean Orsini, créé sous Jean XXH, en 1316 (Eubel, Hierarchia Catholica Medii Aevi, 14), légal en Italie de 1326 à 1334. Peut-être du fait rapporté ci-dessus doit-on conclure que Jean XXII aussi avait adressé des réclamations aux Buonsignori.

sive carnali quondam domini Ricciardi cardinalis de Senis ', quod dictus domînus cardinalis, qui faciebat emi lerras et possessiones in comilate Scnensi ad faciendum construi quedam monasteria, scripserat sibi dicto domino Moschialo quod non auderet cmere de possessionibus dictorum sotiorum et sotielatis ex eo quod ipse erant omnes obligate Ëcclesie Romane ralione magnarum quantitatum pecuniarum in quibus dicti solii et sotietas de Bonsignoribus tenebatur dicte Ecclesie Romane... »

Telles sont les principales dépositions sur Tarticle 2, le plus intéressant. Sur la date des dépôts faits aux Buonsignori, aucun témoin ne sait rien. 11 en est de même, en général, quant au montant total de leurs dettes. Quelques déposants parlent vaguement de très grosses sommes. Deux seulement citent un chiffre. Frère Gerino di Guccio parle de 60 à 70.000 florins ; Cecco di Ghino de 80 à 100.000. On verra que ces évaluations ne différaient guère de ce que la Chambre admit être la réalité.

Frère Silvestre de Sienne, frère Enée, et plusieurs autres, firent savoir qu'une grande quantité de livres et d'écritures, se rapportant à la société, étaient entassés en grand désordre et en mauvais état dans une chambre du couvent des Frères Prêcheurs ; le tout aurait été apporté par un certain Pepo, frère dudit Enée.

Quant aux biens des héritiers Buonsignori, la plupart des témoins les ignorent, ou savent qu'ils sont considérables, sans pouvoir préciser. Mais quelques-uns font des dépositions qui peuvent être d'un certain intérêt pour l'histoire locale siennoise.

Déposition de frère Cristoforo dei Tolomei : «... Respondit dicens quod dicti socii et dcscendentes habent multas possessiones, ignorabat tamen ubi erant posite, excepto quod bene novit quod dcscendentes domini Bonsignoris tencnt castra Mentis Jovis et Montis Nigri ac Potentini ^ sita in comitatu Senensi ; tamen commune Senense non habet ibi dominium aliquod. »

i. Riccardo Petroni de Sienne, créé cardinal-diacre de Saint-Ëustache en 1298 (Eubel, op. cit., p. ^2).

2. Sur les trois bourgs de Monte-Giovi, Monte Nero, et Potentino, dans le Val d'Orcia, qui passèrent plus tard aux Salimbeor, cf. Repetti, Dizionario delta Toscana, III, 399 et 447, et IV, 629.

Déposition de Guido di Buondelmonie <<.... Respondit dîcens quod extant bona dicti domini Nicolai Novelli infrascripta castra videlicet : de Montejovis et Montisnigri sita in comitatu Senensi, cum eorum possessionibus, juribus et jurisdictionibus, ac bonis magni valons in circumstanliis et confinibus bonoruin ipsorum.

Giampolus vero fihus dicti domini Uguiccii habet castrum de Casanovola * cum multis possessionibus et jurisdictionibus in circumstantiis et confinibus dicti castri. Guillelmus et Niccolaus fratres, filii Landi olim Guillelmi qui fuit unus de principalibus sociis de quibus superius non fit mentio in dicta societate, habet castrum de Monteantiquo ' cum multis possessionibus et jurisdictionibus. Heredes Gerii Montanini predicti habent mulias possessiones et magnas et domos, videlicet infra civitatem Senensem juxta ecclesiam Sancli Pétri Scalarum domos et palatia nobilissima. Item et alias possessiones opuleatissimas in comitatu Senensi loco dicto la Montagna. Elt utcredebatur et dicebatur possessiones heredum Gerii predicti valent communi estimatione centum milia librarum Senensium parvorum. Heredes autem domini Orlandi predicti, videlicet domini Deus et Bartholomeus, habent castrum de Pari, castrum Castilionis juxta Farnam, castrum Gavorani ^, et multas alias possessiones in locis qui dicuntur al Poggiolo et Campoflorum. Et in civitate domos et palatia nobilissima *, De aliis vero dixit se non bene recordari. »

Déposition de frère François fils de Tura de Sienne «..,. dixit quod nescit de aliquibus bonis dictorum sotiorum, nisi de bonis dicti patris sui. Interrogatus que bona sunt et ubi sunt posita, respondit et dixit quod domus et possessiones terrarum et vinearum posita ad Rixianum et a Montagna dislrictus Senensis. Novit etiam de bonis dicti domini Manfredi et dicti domini Fatii que sunt in dicto districtu posita loco dicto a Grotti. »

1. Probablement Casenovole di Pari dans le Val d'Ombrone (Repetti, I, 512).

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