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DES MOSAÏQUES ROMAINES

L'attention des lettrés du Bas Empire et du moyen âge s'est portée sur les mosaïques longtemps avant que la science des antiquités chrétiennes eût pris naissance. La richesse de la matière première, Tintérêt que ces monuments otFraient au point de vue de l'histoire religieuse, les inscriptions qui les accompagnaient, voilà les trois points qui ont tout d abord frappé les poètes et les chroniqueurs, les hagiographes et les épigraphistes. Grâce à un concours de circonstances si favorable, nous possédons, sur les vicissitudes de cet art, des informations infiniment plus complètes que sur celles de la peinture ou de la sculpture ^ sans compter le secours que nous pouvons tirer des monogrammes, des portraits historiques, des documents de toute espèce contenus dans les mosaïques encore existantes, surtout dans celles de la Ville Éternelle.

Les poètes sont les premiers qui se soient occupés des mosaïques : c'est à Saint Damase, à Prudence, à Saint Paulin de Noie, que nous devons les descriptions les plus anciennes.

Le premier en date parmi les recueils épigraphiques consacrés à la ville de Rome, le célèbre Itinéraire d^Einsiedeln, composé au vin* siècle par quelque disciple d'Alcuin, nous a conservé un certain nombre d'inscriptions chrétiennes et parmi elles plu-

4. Voy., entre autres, J. de Schlosser : Beitrœge zur Kunslgeschickte aius den Quellen deê frûhen MitteUlterê, Vienne, 1892.

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sieurs inscriptions tracées sur des mosaïques (Arc de Saint- Pierre, — Abside de Sainte- Anastasie, — Abside de Saint- Pancrace, etc. ^). Les services que nous rend ce recueil sont de deux sortes : il nous apprend d'abord que les inscriptions en question existaient déjà au viii^ siècle; en second lieu, il nous fournit la leçon exacte et authentique de celles d'entre elles qui depuis ont pu éprouver des changements ou des mutilations. L'auteur ne s'intéresse d'ailleurs qu'à Tépigraphie et omet même de nous dire si les inscriptions qu'il reproduit sont ou non en mosaïque.

Le document le plus précieux que nous possédions sur l'histoire des arts à Rome, du iv« au ix« siècle, le Liber Ponti/icalis^ d'une exactitude si méticuleuse, quand il s'agit d'enregistrer les vases d'or ou d argent ou les étofTes brodées donnés aux églises de la Ville Eternelle, ne prononce pas une seule lois, avant le V* siècle, le mot « musibum » ^, Il emploie à la vérité quelques termes offrant, du moins dans la majorité des cas, un sens analogue. Quand il dit par exemple qu'une église a reçu une décoration d'une beauté merveilleuse — « mirœ pulchritudinis », — il y a lieu de croire qu'il entend parler de mosaïques. Je suis assez disposé également à traduire parfois de cette manière l'expression de a metalla», si fréquente dans la vieille chronique papale : elle n'est pas toujours synonyme de marbres, et la preuve c'est qu'elle figure à peu près invariablement dans les inscriptions des mosaïques d'émail, où elle forme d'ordinaire la fin du premier vers :

Aurea concisis suivit pictura metallis... .

Dans le passage suivant surtout le doute n'est pas permis : « Absidam [sanctae Praxedisj musibo opère ornatam, variis

1. Publié par Mabillon dans ses Vêlera Analecta (t. IV.) , par Haenel dans VArchiv fur Philologie (t. V, 119-138), par M. Jordan, dans sa Topographie der Sladt Rom im AUerlhum{i. Il, p. 646-663; Berlin 1871), ^ar Uriicbs, dans son Codex Urbis Romse lopographicus (p. 59-79).

2. Le mot « musibum » fait son apparition dans la biographie d'Hilaire (461-468) : « fecit... lacum porphyreticum... uodique ornatum ex musibo..* (Liber Pontifiealiê, éd. Ducbesne, t. I, p. 243).

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decenter coloribus decoravit. Simili modo et arcum triumphaletn eisdem metallis mirum in modum perficiens compsit * . »

L'arc triomphal en question n'étant orné que de mosaïques, et non de marbres, le mot de « metalla, » ne saurait avoir ici que la première de ces deux significations ^.

Pour les mosaïques des époques suivantes, le Liber Pontificalis nous fournit des dates, plus ou moins approximatives, et rien de plus. Les auteurs de cette compilation, d'une inintelligence si rare, n'ont jamais eu l'idée de demander des renseignements à ces peintures, dont plus d'une est une page d'histoire; les portraits qui y figurent, les inscriptions qui les accompagnent, sont restés lettre morte pour eux, tandis que leur confrère Agnelli, le biographe des archevêques de Ravenne, tirait un parti si brillant des monuments du même genre conservés dans sa ville natale ^.

Ce n'est donc point à l'aide des mentions si sommaires du Liber Pontificalis qu'il est possible de reconstituer les ouvrages perdus, ou de fixer l'âge de ceux qui sont parvenus jusqu à nous.

Nous trouverons un secours plus efficace dans un document antérieur à la dernière rédaction du Liber Pontificalis : je veux parler de la lettre adressée par Adrien l'*" à Charlemagne, à l'occasion du second concile de Nicée et de la discussion relative au culte des images. Le saint pape y passe en revue les églises que saint Sylvestre ou ses successeurs du iv^ siècle ont fait décorer de peintures ou de mosaïques : « in primo sancto concilie saepius ostensum est, quia S. Silvester papa, et Constanti-

1. Lib, Pont.^ in vita Paschalis I S; éd. Duchesne, t. II, p. 54.

2. Voir cependant, dans la vie de Léon III, § xcii (t. II, p. 303) les expressions 'c marmorum metallis ornavit, » et « metallis marmoreis platonas posuit. » [Liber pontificalis, t. II, p. 306). L'acception du mot « metallum », comme synonyme de mosaïques, est restée inconnue à Ducange et à ses continuateurs, y compris M. Fabre. Il faut également rectiGer sur ce point la traduction donnée par M. de Rossi du mot « metallum » (« E noto che metalla nci^li storici epigrammi délie nostre basiliche significa lastre marmoree ». Bulleftino^ t. V, p. 65).

3. Comparés à la chronique romaine, le Liber Pontificalis de Naples et surtout celui de Ravenne peuvent passer pour de vrais chefs-d'œuvre de science et de goût. — La composition de celui de Ravenne a exigé plusieurs années ; il y est question de faits qui «e sont passés en 839, en 841, etc.

nus christianissimus imperator venerati sunt sacras imagines... tam in musivo quamque in caeteris historiis cum sacris imaginibus ornatis^ ».

C'est un épigraphiste qui nous a rendu pendant cette période les services les plus incontestables. L'auteur du célèbre « Codex palatinus », que Gruter, qui la publié *, attribuait au xv* siècle, mais qui est en réalité du xi" ^, a transcrit avec une prédilection marquée les inscriptions métriques de la plupart des mosaïques de la Ville Eternelle, mais il n'a pas poussé la curiosité plus loin.

Jamais il ne nous apprend de quelle espèce d'ouvrages ces vers faisaient partie (« in paradiso beati Patri, — in fonte ejusdem Ecclesiae, etc. » : voilà les seuls renseignements qu'il joint à ses transcriptions ; souvent même il néglige de nous dire où se trouvent les épigraphes qu'il s'est plu à copier. Ce n'est donc qu'en les combinant avec d'autres documents recueillis par lui que nous pouvons en tirer parti; ajoutons que, ces conditions remplies, le recueil nous est du plus grand secours, puisqu'il nous donne le moyen de reconstituer, à l'aide de ces inscriptions dont la plupart, sans lui, ne seraient pas parvenues jusqu'à nous, la décoration des principales basiliques de Rome.

D'autres documents encore, datant du moyen âge, — chroniques, vies de saints, etc. — doivent être pris en considération. Mais comme ils ne touchent à notre sujet que d'une manière accidentelle, on ne les signalera pas ici.

Le moyen âge proprement dit et la Renaissance à ses débuts sont d'un faible secours pour l'histoire de l'art chrétien primitif. En ce qui concerne les mosaïques, à peine s'ils en font men-

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