GODEFROID KURTH
d'Hortensius, représentée par deux comtes (Hortensius lui-même, et Salustius), et celle de Britianus, qui en fournit également deux (Britianus et Firminus) , sans compter Palladius , fils de Britianus, qui gouverna le Gévaudan. Si nous étions un peu plus informés, nous arriverions peut-être à faire rentrer dans Tune ou dans Tautre de ces familles tous les autres comtes d'Auvergne ; quoi qu il en soit, voilà quatre familles qui donnent à elles seules six comtes d'Auvergne sur dix connus.
Les choses ne se présentent pas avec la même netteté en Touraine. Nous ne savons pas si ce pays possédait une aristocratie aussi prépondérante que l'Auvergne. Nous voyons cependant que, sur ses sept comtes (ou huit en y comprenant Willacharius), quatre portent un nom romain et sont par conséquent, en vertu de notre critérium^ de race gallo-romaine. Un cinquième, bien que portant un- nom barbare, appartient à la même race : c'est Leudastes, (ils de Leocadius. Il ne reste donc que trois comtes pour lesquels on peut à la rigueur revendiquer une origine barbare : Eborinus, Gaiso et Willacharius. Et encore eston bien loin de pouvoir l'affirmer.
Nos comtes de Tours ont-ils été des indigènes? Il semble bien qu'on puisse l'affirmer de deux d'entre eux : Galienus, ami de Grégoire de Tours, et Eunomius, qui fut choisi par la population elle-même. Leudastes, par contre, est étranger au pays, et peut-être aussi Gaiso, son prédécesseur, que Gharibert plaça à la tête du pays après en avoir hérité de son frère Clotaire. Ce double choix prouve chez Charibert peu de confiance dans les indigènes, et tout son règne semble trahir un homme plus violent qu'adroit. Par contre, Chilpéric, à deux reprises, abandonna le choix du comte à la population elle-même : ménagement habile envers un peuple à peine soumis et qu'il s'agissait de s'attacher par un lien plus solide que celui de la peur. On serait tenté de croire que les autres comtes de Touraine dont on ne nous signale pas la provenance étaient également des indigènes. Et dans ce cas, il y a quelque probabilité en faveur de leur origine aristocratique. Un homme de petite naissance pouvait bien, comme Leudastes, être mis à la tête d'un pays où il arrivait en étranger, mais on ne se figure pas bien le prestige qu'aurait
possédé un comte que ses administrés auraient pu voir travailler sous le fouet ou livré à quelque occupation servile.
A part TAuvergne et la Touraine, les autres provinces ne nous fournissent guère d'indication. Nous voyons, il est vrai, que les trois comtes de Gévaudan sont romains, et que Tun d'eux appartient à l'aristocratie arverne ; nous voyons d'autre part que trois comtes de l'Angoumois portent des noms germaniques. Si cela sullit pour autoriser un raisonnement, je dirai que le Gévaudan, contigu à TAuvergne, était comme elle foncièrement romain et aristocratique ; tandis qu'AngouIême, qui, du haut de son promontoire escarpé, avait résisté la dernière à Clovis — il fallut, selon la légende, un miracle pour avoir raison d'elle — était peut-être trop peu ralliée au régime franc pour qu'on osât y nommer des comtes indigènes. Mais ce ne sont là que des conjectures qu'une connaissance plus complète des faits dissiperait peut-être, et j'ai hâte d'abandonner ce terrain.
Il semble qu'on puisse être un |)eu plus ailirmatif en ce qui concerne la Burgondie. Les six comtes que nous rencontrons dans ce pays sont tous romains ; aucun n'appartient à la race burgonde ou franque. Pourquoi? Peut-être parce que les rois francs, au lendemain de la conquête, ont eu intérêt à appeler aux fonctions comtales les Gallo-Uomains dont ils étaient sûrs, et à en écarter les Burgondes, qui avaient combattu contre eux. De la sorte, au surplus, ils maintenaient l'ancienne hostilité qui, en Burgondie comme dans tous les royaumes ariens, sévissait entre les indigènes catholiques et les conquérants hétérodoxes. Il y avait dans cette politique un double profit pour eux, et il n'y a pas de doute qu'elle ait été réellement suivie. Je dois cependant observer que dès le temps des rois burgondes, plusieurs dignitaires de ce pays sont également des Gallo-Romains ; tels sont saint Grégoire de Langres qui, avant de devenir évêque en 506 ou 507, avait été comte d'Autun pendant quarante ans ^ ; Namatius, évêque de Vienne, qui, mort en 322, avait rempli les fonctions de patrice avant son épiscopat -; Pantagatus, dont l'inscription funéraire est à Vaison ^.