Mûhlbacher, 7r)8 a
6. Drogo sub canonica vitn degcns. Annales Enhardi, année 813, dans Pertz, ScrîpioreSf I, 823. La même expression est reprise dans la Vila Hludowici, de l'Astronome .
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Louis songeait dès lors à élever son demi-frère sur le siège de Metz. L'évèque Gundulf était entré dans la voie de toute chair, le 7 septembre 822, quelque temps après la pénitence d'Attigny * ; rintention de lempereur fut d assurer à Drogon son héritage.
Le peuple et le clergé, pour flatter le pouvoir et s'attirer ses bonnes grâces, entrent dans la combinaison. Leurs suffrages se portent unanimement sur le candidat impérial. « Il est étonnant, écrit un chroniqueur, que le consentement non seulement de lempereuretdes grands, mais encore de tout le peuple se fût porté sur un seul, de sorte que tout le monde voulait la même chose et que personne ne s'y opposait ^. » Quoi qu'en dise l'écrivain, le fait ne nous étonne point : le contraire plutôt nous aurait surpris. Les délégués messins firent connaître la volonté de la cité à l'assemblée qui était réunie à Francfort-sur-le-Mein ; aussitôt Drogon reçut Tordre de la prêtrise, le vendredi 12 juin 823 3. II se rendit à Metz pour être consacré évéque. Le peuple vint audevant de lui et l'acclama. « Que le ciel exulte et que la terre se réjouisse. Il arrive, ce prélat illustre par sa sainte race et que Dieu a choisi pour gouverner son peuple. Que Metz exulte au sujet de la venue de son pasteur : le prélat pacifique vient pour relever Téglise du martyr Etienne et pour lui rendre son ancien degré de prospérité. Entre, seigneur béni : salut, père digne et bon, toi par qui triomphe la sainte croix. Que Dieu, roi du Ciel,
1. Le jour de la mort nous est donné dans le Calalogus epUcoporum Mettensium, dans Pertz, ScriploreSy II, 269. L'année résulte de ce qui suil.
2. Vifa Illudowici, Pertz, ScriptoreSy II, 627. Annales Laurissenses, année 823. u (Ludovicus) Droponem... Mettensi ecclesiœ, cleroejusdem urbis consenlientc atque eligcnte, rectorem constituit. »0n voit par cet exemple les diverses phases de rélection: Louis .fait connaître son candidat; le peuple et le clerg^é l'élisent : puis ils envoient une députation à l'empereur pour lui demander confirmation; celui-ci Taccorde (l'Astronome mentionne aussi le consentement des proceres ; mais c'est phraséologie) et Drogon est consacré sans doute par le métropolitain de Trêves. Cf. Ilauck, Kirckengeschichte Deulschlands^ II, 518, n. 5.
3. Annales Besuenses dans Pertz, Scriptores^ II, 248. Drogo pridie idus junii in Franconofort prcshitcr est ordinatus, cui et episcopatus Metensis est datus. Cf. Annales Xantenses^ ihid.^ II, 248. Certaines chroniques donnent par inadvertance la date de 821. Annales Tielenses dans Perlz, Scriptores, XXIV, p. 22. — Les Annales Lobienses (Scriptores^ II, 49) paraissent reculer la nomination en 825.
l'archevêque de METZ DROGON 105
te conserve ^ » La consécration eut lieu dans la cathédrale de Saint-Étienne, le dimanche 28 juin *, au milieu d un très grand concours de fidèles. Drogon était à ce moment le plus jeune prélat de la chrétienté. Une grande tâche s'imposait à lui. Il devait maintenir au siège qu'avaient illustré les Chrodegangetles Angilramne son ^ancienne splendeur ; il lui fallait intervenir dans les affaires générales de Téglise franque ; puis il fut contraint de s'occuper sans cesse des graves événements politiques qui éclataient ; — et dans les affaires de son époque il eut une part tout à fait prépondérante.
Le lendemain même du jour où Drogon avait reçu la prêtrise, le 13 juin 823 ^^ était né Tenfant de Louis le Pieux et de sa seconde femme Judith ; et cet heureux événement de famille eut les conséquences les plus désastreuses pourTEmpire franc. Pour créer un royaume à Charles, le père bouleversa les partages qu'il avait précédemment faits de ses Etats entre ses trois enfants du premier lit : Lothaire, Louis et Pépin ; il porta atteinte à VOrdinatio imperii de 817, par laquelle, fort sagement, il avait tenté de concilier l'unité impériale avec le vieux principe germanique de la division du royaume entre les fils. Les aînés qui se crurent lésés se révoltèrent à diverses reprises, et il en résulta d af-
i. Le texte, emprunté Â un ancien manuscrit du ix® siècle provenant de Saint-Amoul, actuellement Bibliothèque de Mets n<^ 351, a été publié pour la première fois par M. Aug. Prost : Caractère et signification de quatre pièces liturgiques composées à Metz en latin et en grec au IX^ siècle, dans les Mémoires de la Société des antiquaires, 4« série, t. IV (1876), p. 272. Le nom de Drogon, à vrai dire, n'est pas mentionné dans cette acclamatio rythmée, qui porte simplement pour titre : In ad vent u presulis. Mais Tâge du manuscrit, les expressions ille preclarus progenie sancta paraissent le désigner de façon suffisante. C'est lavis qu'a défendu avec beaucoup de sagacité M. Prost, /. c, p. 231-234.
2. Le catalogue des évêques, Scriptores, II, 269, attribue à Tépiscopat de Drogon une durée de trente-deux ans, cinq mois et sept jours. Comme il mourut le 8 décembre 855, son ordination se place le 28 juin qui était un <iimanche. Les mêmes chiffres dans la Chronicon sancti Clementis, dans Scriptores, XXIV, 496.
.1. Mûhlbacher, 773 a. «
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freux troubles, des guerres plus que civiles, pour reprendre une expression chère aux chroniqueurs de Tépoque. Dans ces crises, Drogon demeura fidèle au vieil empereur, l'assista de ses conseils et le soutint de ses ressources. Il déplora une première fois la déposition de Louis en Tannée 830, et contribua à la première restauration. Judith, que Tempereur avait été obligé d'éloigner de lui et d'envoyer en un couvent d'Aquitaine, fut rappelée; à la prière de Louis, Drogon lui-même alla au-devant d'elle avec le jeune Charles et l'accompagna jusqu'au palais d'Aix-la-Chapelle, en lui montrant les plus grands égards (début de 831) *. C'était déclarer d'avance cette femme innocente des odieuses calomnies que les adversaires de Louis avaient répandues ; le serment par lequel elle se puiçea peu après de toutes accusations ne fut qu'une cérémonie superflue 2. Quand, deux années plus tard (juin 833), Louis fut une seconde fois abandonné de tous ses leudes, dans ce Rothfeld, situé en Alsace, au pied de la colline de Sigolsheim et qui mérita d'être appelée le Lùgenfeld^ Drogon fut un des rares prélats qui lui demeura fidèle ^. Il garda même sa foi, lorsque Tempereur eut renvoyé ces derniers braves vers ses fils coupables : « Allez près d'eux, je ne veux pas qu'à cause de moi personne ne perde la vie et les membres^. » Il déplora avec amertume la scène scandaleuse qui se passa quelque temps plus tard dans le couvent
i. Ce détail nous est fourni par une note dans un manuscrit de Saint- Arnoul, contenant les Annales LaurissenseSj la Vita Caroli d*Einhard, une partie des Annales dites Annales beriiniani et la chronique de Réginon. On y lit : In eodem placito {Ninif^gue, octobre 830) pcr auctoritatem apostolicam et per consensum episcoporum consideratum et canonice deQoitum est, ut imperator suam reciperet conjugem. Qui statim propter eam optimates regni sui misit, ut eam honorifice ad eum adducerent; postea vero Karolum, (iliuni suum et Drogonem episcopum, fratrem videlicet suum, cum aliis optimatibus obviam ei misit, qui eam ad Aquasgrani palatium cum magno honore deducerent. Pertz, ScriptoreSy I, 336.