‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 94 sur 312 · Simson, II, 224 et ss · texte numérisé non relu

Simson, II, 224 et ss

l'archevêque de METZ DROGON H 3

fils Charles étaient loin, à Poitiers ; Lothaire se trouvait en Italie ; Louis était rebelle. Mais, auprès du vieux souverain, se tenait son frère Drogon qui l'assista en ces moments suprêmes. « L^empereur se confiait en lui et lui confiait toutes choses avec une très grande amitié ^ » Il lui fit connaître ses dernières volontés. Il lui ordonna de mander les employés de la caméra^ pour qu*on fît un inventaire exact de ses biens : ornements royaux, couronnes, armes précieuses, livres, habits sacerdotaux ; il lui déclara quelle partie en devait être distribuée aux églises et aux pauvres^ quelle autre laissée à ses fils Lothaire et Charles. Il le chargea d'adresser à Lothaire la couronne, le sceptre et Tépée ornée d*or et de pierres précieuses ^ ; il reconnaissait de la sorte pour son successeur son fils aîné ; mais Drogon lui devait rappeler les serments solennels jurés à Judith et à Charles !

Le mourant songeait aussi au salut de son âme. Chaque jour, il se confessait à son frère, revêtu de la dignité sacerdotale, et recevait la communion. Tous les assistants admiraient sa foi profonde et sa pieuse résignation. Us redoutaient seulement que le vieil empereur ne trouvât aucune parole de pardon pour le fils qui portait le même nom que lui, et qui à tant de reprises avait brisé son cœur. Drogon, dont il écoutait avec avidité la parole ^, se décida à lui exprimer cette crainte. L'empereur ne put d'abord pas cacher toute l'amertume dont son âme était remplie ; il énuméra tous les méfaits dont ce fils ingrat s'était rendu coupable envers lui ; puis il ajouta d'une voix faible : cf Comme il ne peut venir auprès de moi, pour me faire satisfaction, je fais ce qui est de moi : devant vous témoins, et devant Dieu, je lui pardonne le mal qu'il ma causé ^. »

1. VUa Uludovoiciy 63. Quem quanto sibi propinquiorem noverat, tanto ei familiarius sua omnia et semet crcdcbat. Le chroniqueur, connu sous le nom de rAstronome et qui appartenait sans doute à Téglise de Metz, tenait ses renseignements d*un témoin même de la mort de l'empereur .

2. Il est question de la couronne et de Tépée dans la VUa Hludowici; du sceptre dans les Annales Fuldenaes.

3. Per Drogonem fratrem suum cujus verba spernere nolebat. Vita IIludowici.

4. u Sed quia ipse, inquit, ad me venire satisfacturus nequit, ego quod meum est ago ; vobis testibus et Deo omnia quse in me peccavit remitto. >> ViU Hludowici.

MiUngw PmuI Fabre. 8

114 CH. PFI8TER

Cependant la faiblesse de Tempereur augmentait. Il ne pouvait plus faire de ses mains le signe de la croix ; et par gestes, il fit comprendre à Drogon de le faire à sa place. Le dimanche, 20 juin 840, Tarchevêque de Metz célébra encore devant lui le sacrifice de la messe et lui offrit la communion ^. Puis il lui donna Textrême-onction^. Ce jour-là même, Louis expira. Drogon ramena son cadavre à Metz, au milieu d'un grand concours de population ^. Il le déposa dans un ancien sarcophage romain, représentant le passage de la mer Rouge par les Hébreux ; ce tombeau eut les vicissitudes les plus extraordinaires et les débris se voient encore aujourd'hui au Musée de cette ville ^. On des^ cendit le sarcophage sous les dalles de l'église Saint-Arnoul ^, couvent fondé aux portes de la cité par Tancêtre des Carolingiens dont il portait le nom. L'empereur reposa à côté de sa mère Hildegarde et de deux sœurs qm étaient mortes avant lui ^.

1. In crastinum, quœ erat dominica, jussit ministerium altaris prasparari, et per officium Drogonis missarum sollempnia celebrari, necoon per manus ejus juxia morem communionem sacram sibi tradi. VUa Hludowiei.

2. Ludowicus quae soient agi in egressu animae fieri postulavit. /c/., ibid.

3. Vita Hludowiei, Nithard, I, 8. Quem Drogo, frater et episcopus atque archicapellanus ejus, Mettis civitate sua apud sanctum Arnulfum una cum episcopis, abbatibus comitibusque congruo honore sepulturœ tradidit. Cf. Adon, Chronicon dans Pertz, Scriptores, II, 321. — Une épitaphe en vers de Louis le Pieux est publiée dans dom Bouquet, VI, 266 et par DQmmler, Poetœ œvi Carolini, II, 653. On y mentionne les «bsèques célébrées par Drogon :

Cujus germanus Drogo Christique sacerdos Transtulit hue corpus, condidit hoc tumulo.

Une autre épitaphe, publiée dans Pertz, Scriptores, XXIV, 545, est plus moderne.

4. Le sarcophage resta à ^Saint-Arnoul, jusqu'au moment de la destruction de Tabbaye parle duc de Guise en 1552; il fut transporté k ce moment dans rintérieur de la ville, dans Téglise des Frères-Prêcheurs. Lors de la Révolution, il fut vendu à un marbrier qui le débita ; depuis, le musée de Metz en acquit trois fragments, et le moulage d\in quatrième. Un dessin est donné par Mabillon, Annales ordinis sancli Benedicli, II, 612, et dans VHiâ^ toire de Metz parles Bénédictins, I, 560. On consultera une étude de Prost, Le tombeau de Louis le Débotinaire dans les Mémoires de la Société d^archéo^ logie et d'histoire de la Moselle, t. XIII, p. 133, une autre de Quast dans le Correspondenzblatt des Gesammtvereins der deutschen Gesckickls - und Allertumsvereine, 1870, p. 82.

5. Sur Tenterrement voir la Translatio sanctorum Sebastiani et Gregorii dans Pertz, Scriptores, XV, 391.

6. Vita Hludowiei : quo et mater ejus condita erat. Cf. Noiae Sangal^ lenses dans Pertz, Scriptores, I, 70.

Page 1