L^RGIIEVÊQDE DE METZ DROGON IIS
Quand Drogon eut rendu les derniers devoirs à son frère, il dut se demander quel parti politique il allait embrasser. Il se devait à lui-même, il devait à Tempereur défunt de demeurer fîdèle au pacte juré à Worms Tannée précédente ; mais les circonstances furent les plus fortes. Lothaire, accouru d'Italie, ne réclamait pas seulement la part que Tacte de 839 lui avait attribuée; il dissimula mal son désir de reconstituer à son profit Tunité de Tempire carolingien. Drogon se déclara pour lui, soit parce qu'il saisissait les grands avantages de Tunité et pour le royaume et pour TÉglise, soit uniquement parce qu'il voyait la victoire se déclarer de ce côté. Il accoiu*ut à la rencontre de son neveu sur les bords du Rhin ; et, le 13 août 840, il reçut de lui pour Tabbaye de Saint- Amoul le village de Remilly, sis aux confins des trois pagi de la Moselle, du Saulnois et du Chaumonlois ^ A quelque temps de là, Tarchevêque de Reims Ebbon fut rétabli siu* son siège. On s'explique que Lothaire ait rendu sa charge à un serviteur qui avait tant souffert pour lui ; on s'explique moins que le premier personnage qui souscrivit Tacte de restitution soit précisément l'évêque Drogon de Metz, le président du synode de Thionville de 835 ^. Drogon demeura quelque temps fidèle au parti de Lothaire, et prit part pour lui aux pourparlers qui précédèrent la bataille de Fontenoy-en-Ptdsaye ^.
1. Original aux archives de la Lorraine, h Metz. Le diplôme publié dana Bouquet, VIII, 394; Gallia christiana, XIII, preuves, p. 382. MUhlbacher, n« 1071. Cf. D' Wolfram, Kritische Bemerkungen zu den Urkunden des Arnulfskloêiers dans le Jahrhuch der Gesellachaft fur lothringische Gesehiehie, l, p. 46.
2. L*acte dans Flodoard, HUtoria eccleaiae RemensiSj II, 20, publié dans Pertz, Scriptores, XIII, 473. CapUularia^ éd. Boretius, II, 111. Mais cet acte est mal daté : Actum in Engilenheim palatio publico in mense Junio, VIII Kalendas Julii. Le 24 juin, quatre jours après la mort de Louis, Lothaire était encore en Italie. L'acte a été antidaté, pour placer immédiatement à Tavènement de Lothaire la réintégration d'Ebbon. Cf. Wiener SUzangaberiehte, t. LXXXV, p. 507.
3. Est-ce du moins notre prélat qu'il faut reconnaître dans un passage de Nithard, II, 10? Les deux armées sont campées Tune en face de Tautre, celle de Louis et Charles à Thury, cant. de Saint-Sauveur, arrond. d'Auxerre,
Mais bientôt il allait changer de camp. Quand le jugement de Dieu se fut déclaré contre l'empereur, quand les deux frères cadets eurent resserré leur alliance par les fameux serments de Strasbourg, il se déclara pour Charles le Chauve ; il le vint trouver à Worms, au moment où Lothaire était chassé sur Aix-la- Chapelle, et il obtint du (ils de Judith, le 24 février 842, confirmation de la villa de Remilly pour Saint-Arnoul ; Charles montre tout son contentement d avoir acquis un tel partisan, et il célèbre dans le diplôme « son honorable et aimable oncle Drogon * ».
Quand le pacte de Verdun eut partagé en trois tronçons l'ancien royaume des Francs, Lothaire, qui eut dans son lot la cité de Metz, pardonna à Drogon sa défection. Bien plus, il semble lui avoir donné des marques de vive amitié. Drogon garda dans le royaume de Lothaire la dignité d'archichapelain qu'il exerçait naguère dans toute la monarchie franque ^; puis
YoQoe, celle de Lothaire à Fontenoy. Les frères cadets, effrayés des conséquences qu'aurait une bataille, font le 23 juin une dernière tentative pour obtenir la paix. Ils offrent à Lothaire de lui laisser la partie du royaume située entre le Rhin et la forêt charbonnière ou de partager tout le royaume en trois parties entre lesquelles Tempereur choisirait. Mais Lothaire qui attend Pépin II d'Aquitaine veut gagner du temps : « Mittensque per prœsens Drogonem, Hugonem et Ilegibertum, mandat non illos aliquid taie antea illi mandasse. » Il réclame donc un délai pour réfléchir et on conclut un armistice jusqu'au 25 juin au matin ; Pépin arrive et la bataille est livrée. Cf. Miihlbacher 1084 g. S'il est en effet question ici de Drogon, archevêque de Metz, il faudrait voir en Hugo, son frère Hugue, abbé de Saint- Quentin en Vermandois. Celui-ci plus tard sera un serviteur dévoué de Charles le Chauve, et il mourra le 14 juin 844 en luttant, sur les bords de l'Agout, contre Pépin II d'Aquitaine. Sa mort fut déplorée par un poète contemporain dans des vers rythmiques. Poetœ œvi CaroUni, II, 139. Sur lui Dummler, I, 247-248.
1. Dom Bouquet, VIII, 430. Wolfram, /. c. Drogon est nommé : honorabilis atque amabilis patruus noster. Charles, dans une lettre au pape Nicolas !•'', fera un grand éloge de Drogon. Mansi, XV, col. 371 ; dom Bouquet, VII, 553. u Venerandus et aniantissimus patruus noster Drogo qui, licet in regno fratris nostri Hlotharii degisset, nobis tamen unice dulcissima dilectione et obnixa fidelitate conjunctissimus fuit, n
2. Dans la charte du 26 décembre 848, citée plus loin, il est nommé sacri palatii archichapellanus. Il porte le titre de capellanus palatii nostri dans un diplôme de Lothaire, de Tannée 852, par lequel l'Empereur restitue à l'église de Lyon, la villa Aulania dans le comté de Lyon, et d'autres biens qu'Adalard avait en Gef, à condition que celui-ci en garderait la jouissance sa vie 4urant. Dom Bouquet VIII, 390. Miihlbacher, 1156. M. Maurice Prou, éd.
l'archevêque de METZ DROGON 117
son neveu le chargea en 844 d'une mission de confiance. Le pape Grégoire IV venait de mourir, et la noblesse romaine avait désigné pour son successeur Serge II, sans attendre, comme le portait la Consiitutio romana de 824 ^, la présence de délégués impériaux, entre les mains de qui le nouvel élu devait prêter serment. Lothaire envoya aussitôt à Rome son fils aîné Louis pour revendiquer les droits de TEtat ; et, comme ce prince était encore fort jeune, il le fit accompagner de Drogon et de quelques autres prélats et seigneurs. Il n'y a nul doute qu à Rome Drogon fût chargé de conduire les négociations ^. On y réunit un synode où, pendant plusieurs jours, Tévêque de Metz, assisté de prélats italiens, favorables à sa cause ^, soutint la lutte contre le pape et les grands Romains ^. Finalement, Serge dut s'incliner, reconnaître que son élection avait été irrégulière, prêter serment, sinon à Louis lui-même, du moins à Tempereur Lothaire ^, et proclamer ainsi la validité de la Consiitutio de 824. Après tous ces pourparlers, le jeune Louis fut couronné solennellement roi des Lombards dans Téglise Saint-Pierre, le dimanche 15 juin ^.
du De ordine palatii^ p. 41, note 10, prétend à tort que Drogon ne conserva pas son titre d*archichapelain jusqu'à sa mort. Sans doute Ébroin, évêque de Poitiers, apparaît en cette qualité dans un diplôme du 7 août 846 (Tardif, Monuments des rois, p. 99) ; il a déjà ce titre au concile de Ver en 844. Mais Ébroin fut Tarchichapelain de la France occidentale, tandis que Drogon conservait cette dignité dans le royaume de Lothaire.