L ÉCONOMIE DE L EFFORT IO
et à des considérations supérieures sans lesquelles les calculs de l'économie politique ne sont qu'une duperie perpétuelle, un instrumentum regni au profit de la ploutocratie et de la banque cosmopolite.
Constatons aussi quelques aveux dont malheureusement M. Yves Guyot ne tire pas les justes conséquences : En Egypte, dit-il, « le sol est une véritable création du gouvernement » (p. 59). Il devrait en conclure que la prospérité économique dépend souvent, et pour une part décisive, du gouvernement et des lois purement humaines.. C'est la condamnation du « laissez faire ».
M. Yves G:^yot avoue aussi que l'évolution n'est pas fatale : il y a des régressions; il dit même que l'humanité est plus susceptible de régression que de progrès. Mais pourquoi cela, si ce n'est que l'homme est libre? Et puis comment se fait-il que Thumanité, malgré des décadences particulières, n'ait cessé de progresser en définitive, si ce n*est qu'elle a été maintenue et poussée dan<( la voie de la civilisation par des causes morales, parmi lesquelles les causes religieuses tiennent le premier rang? Assurément, ce n'est pas le seul désir de se satisfaire avec le moindre effort possible qui explique le monde ancien et le monde moderne. C'est pourtant là que semble aboutir l'étrange philosophie sociale de M. Yves Guyot.
Nous touchons de nouveau ici au vice radical de cette économie politique sans morale et sans religion. Elle est sans premier principe et sans dernière fin, par conséquent sans idéal. Car il ne suffit pas de nous dire que l'homme évolue du communisme à l'individualisme et que le progrès est tout entier dans la facilité de l'échange. Cet individualisme à outrance et cette mobilisation extrême de toutes les valeurs aboutiront forcément au triomphe des plus habiles ou des moins scrupuleux et à l'écrasement des autres, c*est-à-dire à un malheur social. Et puis, qui vous assure que l'individualisme ne ramènera pas le communisme, et que l'humanité, telle que vous la rêvez, n'oscillera pas perpétuellement entre ces deux extrêmes, comme le fiévreux qui, tour à tour, grelotte de froid et suffoque
iio l'économie de i/effort
de chaleur? Toute votre erreur vient de ce que vous faîtes de la richesse une fin absolue, alors qu'elle ne peut être qu'un moyen d'être vraiment heureux et par conséquent de pratiquer la vertu; elle ne peut pas être à elle-même sa fin, car l'utile ne se confondra jamais avec l'honnête, ni le plaisir avec le devoir.