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l'article. Nous y relevons d'abord cette proposition : « On ne saurait regarder la sorcellerie comme synonyme de diu" 61er ie; et la foi ne perd rien à ce que l'antique croyance soit reléguée au nombre des fables et des erreurs • (p. 772). Sans doute M. Surbled corrige ou à peu près ce qu'il y a de faux dans cette affirmation ; mais il eût mieux valu ne pas la prononcer. Car il ne suffit pas de dire que les sorciers, au moyen âge, furent souvent des fourbes, des charlatans, des malins ou même des savants qui abusaient de la crédulité ou de l'ignorance de leurs contemporains ; ces réserves n'empêchent pas que la sorcellerie ne soit essentiellement une superstition et une espèce de diablerie.
Dans la citation suivante, M. Surbled exprime de nou. veau ses espérances scientifiques : « On va répétant que la communication à distance est naturellement impossible, que la télépathie est d'ordre préternaturel, que le diable préside nécessairement à la correspondance des âmes! De telles affirmations sont vraiment trop hâtives, gratuites, injurieuses pour la science : on ne saurait les approuver. Est-ce que les relations actuelles sont comparables à celles d'antan ? Le passé est garant de l'avenir. La communication instantanée entre deux hommes éloignés était impossible autrefois: elle se réalise aujourd'hui parle fil télégraphique. La transmission électrique a surpris et émerveillé les gens, elle ne nous étonne plus ; mais elle se perfectionne tous les jours, et Dieu sait où elle arrivera. Ne se fait-elle pas déjà sans fil ^ grâce aux beaux travaux de Branly et de Marconi ? La vision à travers les corps opaques ne s'opère-t-elle pas au moyen des rayons X ou de Rœntgen ? Ces découvertes, ces merveilles de la physique moderne en laissent pressentir d'autres, et peut-être la cause de la télépathie. En tout cas, quelle que soit l'explication réservée par l'avenir, le fait de la télépathie est établi sur des bases incontestables, et aucune raison ne nous oblige à y voir la main du diable, bien que nous ne connaissions pas encore le secret de son mécanisme » (p. 780). — Nul, croyonsnous, n'a jamais prétendu que tous les faits de télépathie fussent diaboliques ; mais on peut raisonnablementaffirmer,
en attendant la découverte de nouvelles espèces de télégraphie, que les phénomènes les plus extraordinaires de télépathie sont dus à l'intervention ou au ministère des esprits, bons ou mauvais, anges ou démons.
Pour conclure ces observations par une critique générale, nous craignons bien que M. Surbled ne se laisse surprendre, à son tour, par des illusions plus dangereuses que celles qu'il croitobserverchezses contradicteurs. Telleet telle conclusion où il arrive sont le plus sûr indice qu*il se trompe de méthode. Il fournit ainsi lui-même le moyen de le réfuter per absurdum. Car tnRn^ puisqu'il poursuit, semblet-il, et de la meilleure foi du monde ses essais scientifiques « intéressants » de lévitation et peut-être de tables tournantes, nous le prions très sérieusement de tenter une de ces expériences cruciales dont parle Bacon. Elle aurait lieu en présence de théologiens et de savants persuadés que ces faits sont préternaturels ; les acteurs en seraient naturellement ceux qui partagent une opinion contraire, et dont la conscience, par conséquent, n'est pas liée comme celle des précédents. Mais les uns et les autres, ou tout au moins les premiers, devraient demander Tautorisation de l'ordinaire et prendre tous les autres moyens que suggère la prudence chrétienne pour empêcher toute intervention diabolique. Il pourrait être imprudent, en effet, de se risquer de son autorité privée sur un terrain neutre et même ennemi; car il n'est pas rare que des chrétiens et des prêtres très recommandables deviennent les instruments inconscients d'opérations diaboliques. M. Surbled s'offusquerait moins que personne des précautions qui sont indiquées ici Quanta répreuve même, elle était déjà demandée par Mgr Méric, qui écrivait le i5 juillet 1899 : « S'il était démontré que ce phénomène (la lévitation) appartient à l'ordre naturel et qu'il relève de la science, pourquoi n'en ferait-on pas Texpérience à volonté, publiquement, devant une commission de savants? » Nous demandons seulement que l'expérience offre toute garantie au point de vue religieux de même qu'au point de vue scientifique. L'issue désabuserait M. Surbled ou nous desabuserait nous-même. Nous serions
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enchanté de sa victoire plus qu'il ne pourrait l'être de notre défaite. Songez donc quelles conséquences au point de vue scientifique et pratique, si le corps pouvait être affranchi de la pesanteur, ne serait-ce que pour quelques heures, au moyen de simples aspirations !...
Mais il ne sied pas de mêler ici aucune ironie à une invitation très sérieuse, dont l'objet est une tentative fort grave, que nous n'oserions pour notre part affronter sans trembler. En y répondant avec toute sa loyauté de chrétien et de savant, M. Surbled réaliserait le dessein qu'avait formé la société des sciences psychiques, qui fit concevoir d'abord de si belles espérances (i).
Sommaire : f.e docteur Hélot. Son autorité exceptionnelle en ces matières. — L'hypnotisme franc est un hypnotisme incomplet et tronqué. — Juste interprétation de sa thèse. — Conclusion.
M. le docteur Hélot, dont la compétence ici est exceptionnelle, professe des doctrines bien différentes de celles qui viennent d être exposées. Il a publié en 1897 un ouvrage considérable : Névroses et possessions diaboliques^ précédé d*une approbation de l'Ordinaire, l'archevêque de Rouen, motivée elle-même par le rapport très élogieux du professeur de théologie morale du grand séminaire (2). Associé souvent comme expert et témoin à des commissions ecclé-
(i) Au dernier moment, nous apprenons de M. Surbled lui-même, qu'il vient de rompre avec la Revue du monde invisible et la société des sciences psychiques : il renonce désormais aui pratiques de l'hypnotisme. Nous le félicitons cordialement de cette résolution, dont bénéficieront ses autres travaux, qui lui ont valu déjà une si grande et si honorable notoriété. — Mais l'invitation que nous lui adressions» nous nous permettrons de la faire à Mgr Méric, qui ne sauriiit la refuser.
(2) Le grand séminaire de Rouen est dirigé par les Pères des Sacrés Cœurs (dits de Picpus), dont l'éloignement est exigé aujourd'hui par un gouvernement persécuteur.
siastiques chargées d'examiner des cas de possession et d'obsession, il a observé, en outre, depuis trente ans, nombre de cas extraordinaires parmi les personnes de sa clientèle. Après avoir longtemps partagé, avec ses maîtres, des convictions plus ou moins favorables à Thypnotisme, il a douté, cherché et fini par embrasser une doctrine tout opposée. Elle est résumée dans un opuscule récent : Le diabk dans Vhypnotisme (i) Telles de ses formules pourront paraître empreintes d'exagération et nous-même nous n'y souscririons pas sans réserves. Mais on verra, par les explications qu'il en donne, que ses conclusions sont des plus sages.
Le docteur rappelle d'abord qu'il a réfuté la thèse principale du P. Coconnier (2), que nous avons critiquée nousmême dans la Suggestion hypnotique. Cette thèse consiste à soutenir qu'il y a un hypnotisme /ranc^ scientifique^ tout à fait distinct de l'hypnotisme superstitieux et qui, par conséquent, se justifie en théorie et en pratique. Mais, comme le montre le docteur Hélot, « l'hypnotisme franc^ ainsi nommé parce qu'on le suppose affranchi de tous les phénomènes préternaturels qui peuvent l'accompagner, n'est qu'un hypnotisme incomplet et tronqué, artificiellement composé de phénomènes choisis, et, pour les besoins de la cause, séparés d'autres phénomènes transcendants, tellement mêlés, enchevêtrés, solidarisés avec les premiers, qu'on n'en saurait distraire une paitie, sans s'exposer à juger faussement de l'ensemble. Vouloir apprécier l'hypnotisme, en écartant arbitrairement les faits les plus graves qu'il porte à son actif n'est-ce pas tomber de gaieté de cœur dans le sophisme de Vénumération incomplète ? Si quelques symp-
(i) Publié chez Bloud et Barrai, dans la collection Science et reli^ gion, études pour le temps présent.
(2) L'ouvrage du P. Coconnier, VHjrpnotisme franc^ a été réfuté dans plusieurs de ses propositions fondamentales par divers auteurs, qui professent d'ailleurs des opinions différentes sur Tiiypnotisme. Citons, outre le docteur Hélot, le docteur Imbert-Gourbeyre, VHypnotisme et la stigmatisation^ et même le docteur Surbled, qui n'approuvait complètement ni les conclusions du P. Coconnier ni les nôtres.
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tomes isolés se peuvent expliquer naturellement, il ne s'ensuit pas nécessairement que, liés à d'autres phénomènes extra-naturels, ils ne puissent eux-mêmes relever de la même cause. Et si parfois l'état d'hypnose ne présente aucun signe certaîn d'une intervention extra-naturelle, on ne saurait, en présence des faits si fréquents où cette intervention est certaine, affirmer a priori que Thypnose échappe toujours en ce cas à l'ingérence d'êtres supérieurs à notre nature, et ne favorise pas au moins leur action. »
Et cette conclusion du docteur Hélot a d'autant plus de poids qu'elle n'a prévalu dans son esprit qu'à l'encontre de préjugés antérieurs, prétendus scientifiques. Après avoir constaté que la thèse du P. Coconnier fut trop bien accueillie non seulement par les incrédules, mais encore par des savants catholiques, il poursuit en ces termes : « Je serais d'autant moins autorisé à leur faire un crime de leur manière de voir que je l'ai moi-même longtemps partagée, et que j*ai mis près de quinze ans, en plusieurs étapes, à me former une opinion contraire... Entraîné presque inconsciemment dans la pratique du magnétisme, j'ai pu étudier de près sa nature, ses inconvénients, ses dangers. Appelé enfin comme expert et témoin dans près d'une centaine d'exorcismes, je me suis convaincu des rapports très intimes que présentent les possessions certaines avec les phénomènes de rhypnose... »
Finalement le docteur Hélot a été amené à nier sans aucune concession la thèse du P. Coconnier: « Pour éviter toute équivoque, dit-il, je poserai donc très carrément la thèse contradictoire : L'Hypnotisme est intrinsèquement MAUVAIS et j'essaierai de la démontrer par trois propositions non moins catégoriques; i° L'hypnotisme est con^ traire à l'ordre divin qu'il tend à renverser; 2^ Le diable seul peut et re V auteur des phénomènes hypnotiques ; 3» Vhyp^ notisme est une évocation au moins implicite du démon. » — Encore une fois nous reconnaissons qu'on peut critiquer ces formules ; mais on a vu déjà et l'on verra mieux encore par ce qui suit que l'auteur lui-même leur donne la meilleure interprétation.
Voici, par exemple, comment il répond à une objection proposée par un professeur de PUniversité catholique de Lille. Elle est motivée par la condamnation en bloc des phénomènes hypnotiques. — Réponse : i** « L'Eglise et les théologiens ne se font pas faute de condamner en bloc des séries de faits parce qu'il s'en trouve de mauvais dans le nombre. L*index ne condamnait-il pas en bloc tous les ouvrages sortis d'une plume hérétique ? Et ne proscrit-il pas encore tel ou tel livre de tel auteur, et en bloc les autres ouvrages qu'il a publiés ? — 2** La réprobation que je fais de l'hypnotisme ne s'appuie-t-elle pas sur la condamnation toute semblable que l'Eglise fait des tables tournantes et du spiritisme, où peuvent se glisser cependant des phénomènes purement physiques ou physiologiques parfaitement naturels î — 3<> Je ne condamne, en définitive^ que les faits d'hypnotisme certainement surnaturels qui, dans l'espèce, ne peuvent venir que du diable, ou les faits évidemment immoraux, condamnation sûrement ratifiée par l'Eglise. Je ne proscris les autres qu'en raison de leur solidarité avec les premiers^ de la difficulté de les en séparer sûrement^ du danger fréquemment justifié de favoriser ou de provoquer des phénomènes franchement mauvais^ en ne cherchant que les douteux, et de passer ainsi presque inconsciemment d'ufie catégorie à l'autre. Si j'ai dit quelque chose de plus, ma plume a certainement trahi ma pensée ».
C'est la même interprétation si modérée que nous trouvons dans la réponse aux docteurs des Chesnais et Alvarez: « La plupart des suggestions sans sommeil furent certainement naturelles et comparables à celles que tous les médecins emploient depuis longtemps avec le même succès, la mica panis et l'eau claire, ou la menace du fer rouge, etc. Ce n'est plus là de l'hypnotisme. Mais si l'on a recours à l'hypnose provoquée, avec sommeil^ qu'on nous permette de douter qu'elle soit naturelle. Ce simple doute basé sur les premiers effets de l'hypnose {actes invincibles et incon^ scients) nous empêcheront toujours d*y recourir... » Que le diable « ne s'y montre pas toujours (dans l'hypnose), le fait
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est admissible, mettons qu'il soit probable que parfois même on puisse être certain de la naturalité de telles ou telles expériences, nos honorables contradicteurs sont trop bons logiciens pour conclure si légèrement du particulier au général et de Fabsence d'un fait in particulari à sa non existence in génère » (p. 56).
Signalons encore les remarques suivantes qui s'appliquent à certains praticiens catholiques : « Si quelques hypnotistes, et des plus honorables, ont pu se vanter, comme le docteur Grasset, de n'avoir jamais porté préjudice à personne et si d'autres peuvent affirmer que jamais ils n'ont rencontré défaits vraiment surnaturels, comment ne pas craindre une grande illusion de leur part? Combien de fois ne les a-t-on pas pris en flagrant délit d'oubli ou de suppression volontaire des circonstances les plus graves et les plus caractéristiques ?» (p. 41) « Loin de moi la pensée de mettre en doute la bonne foi et la sagacité des maîtres de nos jours qui ne retrouvent plus ces phénomènes transcendants autrefois si communs; mais comment expliquer cette différence, qui du reste est loin d'être générale ? » (p. 53).
Citons enfin cette parole, qui résume les conclusions pratiques du docteur Hélot; elle est aussi modeste dans la forme que ferme dans le fond : « Ce n'est plus à nous, catholiques, qui avons montré le caractère au moins accidentellement diabolique de rhypnose, de nous préoccuper de tracer les limites si difficiles à fixer entre le naturel et le surnaturel, c'est à nos adversaires de prouver que tels phénomènes incriminés sont purement naturels. Quant à nous, nous n'affirmons rien que nos doutes bien justifiés, et en attendant qu'on daigne les lever, nous suivons prudemment l'adage : Dans le doute abstiens-toi » (1).
Toute celte doctrine nous n'avons cessé, pour notre part, de l'établir et de la défendre dans une série de conférences et d*études critiques publiées depuis 1887. Elle peut se
(1) L'hypnotisme transcendant devant la philosophie chrétienne^ par Jenniard du Dot, 1899, dans la collection Science et religion.
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résumer ainsi : Tous les phénomènes vraiment hypnotiques forment un même ensemble dont on ne peut bien juger aucune partie séparément. Les phénomènes hypnotiques les plus extraordinaires sont certainement diaboliques; tous les autres sont plus ou moins suspects selon leur proximité avec les premiers. En ce qui concerne particulièrement la suggestion hypnotique invincible, celle qui livre absolument les facultés du sujet à l'opérateur, elle est intrinsèquement immorale et il y a tout lieu de la regarder comme diabolique. Il nous paraît même que toute pratique de l'hypnotisme proprement dit est interdite par les principes de la morale chrétienne. Mais il va sans dire que nous n'avons pas la prétention de condamner personne. Que chacun obéisse à sa conscience : c'est là d*abord ce que demande l'Eglise. Elle peut donc tolérer certaines pratiques de magnétisme ou d'hypnotisme qui paraissent utiles et innocentes à plusieurs ; mais cette tolérance ne peut être interprétée comme une approbation. L'Eglise ne cesse, au contraire, de rdppeler les principes qui, de l'avis de bon nombre de théologiens, interdisent généralement tout hypnotisme. Elle laisse ensuite aux consciences et à la prudence des fidèles le soin de faire les applications et de tirer les dernières conclusions, en exigeant toutefois qu'ils soient toujours prêts à se soumettre à ses décisions. Mais, en attendant que l'Eglise porte des défenses plus explicites et plus sévères, si elle le juge à propos, nous croyons être plus fidèle à son esprit en disant avec le docteur Hélot : Dans le doute abstene\-vous.