‹ Mélanges philosophiques (1897-1900) [microform]Chapitre 20 sur 52 · A LA SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE LYON · texte numérisé non relu

A LA SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE LYON

« Il n'y a pas deux psychologies, Tune pour les bétcs et l'autre pour les hommes; il n'y en a qu'une et ce n'est, comme l'a fait valoir Herbert Spencer, qu'un chapitre de physiologie cérébrale. » — Eh ! sans doute, il n'y a qu'une psychologie, qui traite successivement des facultés intellectuelles qui nous sont propres et des facultés sensibles qui nous sont communes avec l'animal. La science de la nature humaine comprend ainsi la science de l'animalité. Mais la proposition inverse est fausse. Il est faux également que la psychologie ne soit qu'un chapitre de physiologie cérébrale. Mais où M. Lesbre revient vers la vérité, c'est quand il semble reconnaître qu'il appartient à la métaphysique et non à la science naturelle de découvrir le secret de la supériorité mentale de l'homme : ce Chercher en dehors de l'organisation physique et matérielle le secret de la supériorité mentale n'appartient pas à la science mais à la métaphysique. » — Nous craignons seulement qu'aux yeux de M. Lesbre, comme aux yeux des positivistes, la métaphysique ne soit qu'une œuvre d'imagination et de fantaisie.

Il n'en est pas moins vrai qu'il faut demander la démonstration de la spiritualité de l'âme à la psychologie rationnelle, à celle qui s'appuie sur la raison et sur les données de la conscience intellectuelle, et non pas à l'histoire naturelle, ni même à la psychologie purement expérimentale, si tant est qu'elle mérite le nom de psychologie. A proprement parler, on ne démontre ^diS géométriquement, inathématiquementy scientifiquement, au sens étroit de ces mots, l'existence de l'âme spirituelle, les attributs divins ni les autres vérités de ce genre; mais on les démontre métapliysiquement. A chaque science son domaine, ses procédés et son genre d'abstraction. Il importe d'allier les sciences et non de les confondre. Ce que nous demandons aux sciences naturelles en particulier, ce n'est point de démontrer ce qui n est pas de leur ressort, mais de s'abstenir de prononcer sur les vérités qui leur échappent, de ne pas prétendre limiter tout le savoir humain aux objets sensibles qui les absorbent. Il n'est pas permis de détourner son esprit des sciences supérieures, métaphysiques et morales, pour ren-

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fermer dans des préjugés absurdes, prétendus scientifiques. La vraie métaphysique, de même que la religion, s'accommodera toujours des conclusions certaines de la science, dont elle complétera, en les fortifiant, tous les meilleurs enseignements.

M. Lesbre nous paraît manquer à cette méthode, à cette juste réserve scientifique, en insistant sur « l'unité de composition et de développement de l'homme et des animaux » pour persuader qu'il y a entre eux une parenté généalogique. La nature s'imite toujours elle-même; mais il n'est pas nécessaire, pour expliquer cette unité de composition et de développement, dans le règne animal (i\ de recourir à une sorte de monisme ou d'évolutionnisme absurde, qui nie les essences ou les confond dans une seule réalité fondamentale. L'admirable et constante unité qui réunit étroitement toutes les espèces vivantes, tous les genres, tous les embranchements en un même règne, les analogies que Ton découvre partout depuis l'homme jusqu'au plus humble des êtres vivants, attestent seulement l'unité du plan divin et de la pensée créatrice, l'harmonie du monde et la sagesse de son Auteur. Quant à la parenté généalogique des êtres vivants, on ne peut l'affirmer là où l'expérience ne la montre point; et on ne peut la supposer là où les natures sont incontestablement diverses, comme il arrive pour l'animal et l'homiTie.

M. Lesbre convient d'ailleurs de bonne grâce qu'entre l'homme et les anthropoïdes il y a des différences notables. Elles se réduisent à deux principales : i" le développement

(i) Celte unité de composition est d'ailleurs limitée et même problématique, puisque des savants comme Guvier l'ont niée. Quant à Tunité de développement elle est plus apparente que réelle, d'après le témoignage des transformistes eux-mêmes : « Sans doute, il y a dans certaines limites une correspondance positive entre les phases des divers organismes; mais il y a aussi des différences réelles jusque dans les ovules (Costes), et aussitôt que Tembryon commence à montrer quelques traits caractéristiques, ceux-ci présentent des particularités telles que le type peutse distinguer (Agassiz); jamais l'embryon d*un vertébré ne ressemble réellement à un radiaire, à un insecte, a un mollusque, à un ver; à aucun moment il n'y a identité... (^oir M. Duilhé de Saint-Projet, Apologie scientif., 3^ éd. p. 3o8.)

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énorme de l'encéphale; 20 l'attitude verticale. Le cerveau humain est deux fois plus volumineux que les cerveaux des anthropoïdes et, grâce à de nombreuses circonvolutions qui le distinguent encore, il off're dix fois plus de surface. Quant à la station verticale, elle entraîne dans le squelette et dans le système musculaire, sans parler de chaque organe en particulier, une foule de modifications qui peuvent suffire à faire regarder l'homme comme une espèce animale parfaitement distincte. Mais, encore une fois, les conclusions Je la science nous paraissent secondaires en ces matières. Peu nous importe que les savants comptent l'homme parmi les archcncéphalcs, ou les bimanes, ou les primates. Plus Thomme sera trouvé semblable aux animaux par la partie sensible et matérielle de sa personne, plus la supériorité absolue qu'il tient de sa raison et de son àme spirituelle sera manifeste. Il est certain que, tout en comptant parmi les espèces animales, l'homme forme un genre ou plutôt un règne à part, le règne humain. On peut définir, l'homme, à le considérer de bas en haut « un animal raisonnable », et c'est la définition d'Aristote. Mais on peut le définir aussi, à le considérer du sommet à la base, une âme spirituelle qui informe un corps sensible. Si l'homme considéré dans sa nature sensible nous apparaît comme une espèce d'animal, il nous apparaît, si nous le considérons dans sa nature intellectuelle, comme une espèce d'esprit. Et telle est bien, en effet, sa nature, composée d'esprit et de matière, de raison et de sensibilité. De là ses hautes destinées.

iNous regrettons que M. Lesbre ait réédité une triste parole de HcTckel. Après avoir assuré que la science expérimentale n'a pas encore trouvé Tanthropopithèque ou le pithécanthrope, qui doit relier comme un chaînon l'homme au singe, il poursuit : « Je ne doute pas, pour mon compte, qu'un jour viendra où les paléontologistes combleront cette lacune de l'échelle zoologique. Quand ce jour sera venu et que notre origine animale sera définitivement prouvée, il n'y aura pas lieu d'en rougir, mais plutôt d'en être fier. Ne vaut-il pas mieux, en définitive, être des singes extrême-

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