‹ Mélanges philosophiques (1897-1900) [microform]Chapitre 33 sur 52 · LA PAROLE · texte numérisé non relu

LA PAROLE

Venons donc à la parole. Il faut savoir gré à l'auteur de reconn .ître qu'il y a une philosophie du langage et qu on

^dou pi: en déjeuner létude ; il faut -gretter ave. lui oue la psychologie linguistique soit négligée (p. 9»)- ^lo^e !"en di'ne de remarquée chez un psycho-physiologiste aussi 5 cïdé et aussi exclusif, il fait autant de cas de la psychoroeie li. Uistique que de la psychologie physiologique. Lo n d e cont'rediie, nous abonderons dans le même sens etTot. outerons que la philosophie du langage est de p us hau.'e importance non seulement en Psycl^<^oBie ma en looique et en métaphysique. L'importance du langage

^t universelle. Malheureusement M. Ribot "'étu - gu-

le langage que P- 'e^;!;-' ^^ er.rLTi:' Se rWf^r nir ce nul en tait 1 aiue, puia4u*universelTe,'qu'il s'efforce constamment de dénaturer pour en7airel impie fruit de l'évolution de l'idée sensible? I va ans d're qu'il accorde aux animaux un langage

d'après m. th. ribot

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sans différence essentielle avec le nôtre; mais il affirme aussitôt que ce langage est très rudimentaire. Il nous paraît, au contraire, que ce langage est très parfait, mais dans son genre, qui est inférieur. C'est-à-dire qu'il faut distinguer deux espèces de langage : l'un sensible et Tautre rationnel. L'homme les associe en lui, mais l'animal n'a que le langage de la sensibilité. Il ne paraît pas que le langage de certaines espèces animales, qui se concertent merveilleusement pour travailler et se communiquent si vite leurs informations et leurs impressions, soit imparfait en luimême : il est très remarquable, au contraire, comme l'instinct de ces animaux, mais il est tout sensible; il exprime peut-être tout ce que ces animaux connaissent, mais rien que ce qu'ils connaissent. Ce qui fait la valeur du langage humain, même le plus dégradé, c'est qu'il exprime des idées universelles. Or, ce n'est pas graduellement que le langage humain est arrivé à exprimer ces idées : il n'a existé qu'avec ces idées, qui ontsurlui unepréexistenceau moinsdenature. Mais telle n'est pas l'opinion de M. Ribot, qui admet l'origine tout évolutionniste du langage. L'homme primitif aurait d'abord émis des cris inarticulés, puis des sons et mêmes des chants, enfin des articulations. La parole en naquit. Combien elle fut faible à l'origine ! D'abord quelques adjectifs ; ceux-ci en se particularisant, donnèrent les substantifs ; le verbe n'apparaissait pas encore, etc.. Comment pareille théorie pourrait-elle nous en imposer, alors qu'elle n'a guère d'autre autorité en linguistique, que celle de M. Paul Regnaud, collaborateur de la Revue philosophique ? Ke]Qtétdé]k parla plupart des linguistes, elle est inadmissible en philosophie. Les langues si misérables de certains sauvages, qu'on nous représente comme des exemples de ce que pouvaient être les langues primitives, ne sont en réalité que des langues déchues, comme le seraient nos patois par rapport au latin d'où ils dérivent, s'il n'y avait à côté et au dessus d'eux une langue littéraire. D'ailleurs, même ces langues diminuées, ont encore une âme, qui est l'idée vraiment générale, l'idée universelle. Même ces langues, pour qui les a étudiées

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listes, ont raison sur ce T^^."» ' "^^ ' 7 ^^^^s en desguistes ou philologues.

LES FORMES MOYENNES OE l'aBSTRACTION.

Ces formes moyennes comprendraient d-x das^^cs^. dans

,a première, le mot )--f ""p;r;::rgSd;ue » dan's se différencierait à peme de « 1 .mage ^^'''"^ '^.^„,^ la deuxième classe, le mot ,ouera,t un ^o ^ P^'^fJ ^^^. On peut répondre aussitôt que le <"°^ ■^^"^"^^^ ^" ,, vent à nos abstractions les plus élevées i=an doute le

..ot sert beaucoup . la pensée, -- l' -^";;lPr^te lument nécessaire et ne la "^'^^"^'^ P°'"^ .f " ^^f 3UT pas croire que nombre de personnes (et s, '^^'' ^'J^'^'J. les plus disertes, elles ne sont pas les mo.ns "^'^'.^^ J pens'ent bien souvent en appuyant leurs -dees -■• ^ '"^J^^ signes que des mots prononcés ou imagines. A chacun 1 r'r ve maintes fois devoir des idées confuses mai^tabstraites, sans trouver encore leur P-^-^ /^^^'^^^^^^ La forme transitoire d'abstraction que 1 on cherche w: enu ,'idée sensible et l'idée universelle n'existe donc pas E particulier, on n'est pas fondé à regarder comme des for particulier, ou yj,^.^.,-.^^ ces idées générales et conmes moyennes de l abstraction ces uc g ,- nfr,nt et

fuses qui animent déjà la parole hésitante de ^ enfant et qui iront plus tard en se développant et en se précisant.

d'après m. th. ribot 217

Ces idées premières, ces idées principes de l'ordre intellectuel sont déjà ce qu'il y a de plus universel de plus abstrait, quoique de moins réfléchi. La science les éclaircira la science en déduira mille conséquences ; mais la science ne les dépassera jamais absolument. Comment dépasser les idées d'être, de substance, de loi, d ordre, de vérité de beauté, de moralité et les principes qui en naissent immédiatement? Notre esprit y est enferme pour ainsi dire, comme notre corps en ce globe, entre les deux pôles, et les deux autres points cardinaux. Or ces idées et ces principes sont contemporains des origines de la vie intellectuelle : ils n'ont pas manqué aux premiers peuples ils ne manquent pas à l'enfant de dix ans tant soit peu apte et instruit. Il est donc injuste de les regarder comme des formes moyennes de l'abstraction.

L'esprit humain, l'esprit des peuples primitifs est parti des hauteurs, bien que, dans l'ordre expérimental et celui des progrès matériels, il ait dû gravir laborieusement toutes les pentes. Et voilà peut-être une des raisons pour lesquelles le simple est si près du sublime ; de là aussi cette alliance si souvent remarquée entre le naturel et le vrai, le spontané et le beau. Bien avant que la grammaire et la rhétorique eussent trouvé leurs lois, les peuples anciens nous ont laissé des modèles qui ne seront jamais dépasses. Il en est de même dans tous les ordres de connaissances. Nos abstractions ne vont pas précisément en s'élevant, mais plutôt en s'éclaircissant et aussi en se compliquant. Faudra-t-il dire parexemple,comme paraît lecroire M.Ribot, que nos classifications zoologiques sont plus abstraites que celle d'Aristote ? Nous pouvons dire seulement qu elles sont plus savantes, plus complètes et plus exactes; mais elles ne portent point sur des idées ou des principes plus abstraits. Il serait d'ailleurs parfaitement ridicule de supposer qu'Aristote n'a connu et pratiqué que des formes moyennes d'abstraction. Or ce que nous disons des classifications scientifiques, il faut le dire aussi des langues, qui ne sont, pour ainsi dire, que des classifications universelles des pensées humaines. Parmi les langues, il en est de plus

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savantes et de plus riches que les autres, mais aucune n'est dépourvue de ces idées premières, majeures, qui dominent toutes les idées particulières. Ces idées premières, loin d'être équivoques entre le concret et l'abstrait, tranchent mieux encore que toutes les autres sur les idées purement sensibles, et montrent bien que si le concret et l'abstrait se lient dans noire connaissance, ce n'est pas qu'il y ait continuité de l'un à l'autre, mais c'est que nos facultés intellectuelles et sensibles sont intimement associées.

LES FORMES SUPÉRIEURES DE l'aBSTRACTION

Au début de ce chapitre, l'auteur se demande si nous pouvons ne penser qu'avec des mots. Il ne le croit pas, mais il faudrait encore, selon lui, quelque image, visuelle ou auditive ou motrice. Cette réponse nous paraît au moins incomplète et voici la nôtre. A proprement parler et s'il s'agit de la pensée intellectuelle, propre à l'homme, nous ne pensons ni avec des mots ni avec des images, mais avec des idées universelles, purement spirituelles en ellesmêmes -, et la suite le fera voir de plus en plus. Seulement, à cause de l'union intime des sens et de l'intelligence, nous ne pouvons saisir et manier, pour ainsi dire, nos idées intellectuelles qu'avec des images ou avec des idées sensibles. Mais c'est une grave erreur de confondre celles-ci, si subtiles soient-elles, avec celles-là, comme paraît le faire sans cesse M. Ribot. Les expériences mêmes qu'il rappelle peuvent servir à le réfuter.

Il s'est proposé, nous dit-il, de pénétrer la nature intime du concept, en recherchant ce qu'il y a dans la conscience immédiatement en plus du terme général. Pour s'en bien informer, il a soumis à une expérience méthodique un certain nombre de personnes, auxquelles il a posé invariablement la question suivante: A quoi pensez-vous

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immédiatement avant réflexion, sitôt que j'ai prononcé devant vous tel terme général ? Les termes généraux sur lesquels portaient les investigations étaient les suivants, au nombre de \j^\ chien, animal, couleur, forme, justice, bonté, vertu. Un, nombre, force, temps, rapport, cause, infini ['ç^. i3i). Qu'est-il arrivé? Ce à quoi il fallait s'attendre et que nous aurions pu prédire. Chez les personnes interrogées, les termes généraux ont réveillé d'ordinaire immédiatement le souvenir de quelque image ayant quelque rapport avec l'idée exprimée parle terme général et avec les habitudes du sujet. On sait que la plupart des personnes pensent en se servant d'imaginations de la vue : les typographes en particulier se représentent facilement les mots écrits plutôt que les mots entendus ; des peintres, des sculpteurs, des musiciens penseront plutôt en se représentant des figures et des couleurs, ou des attitudes et des formes, des mélodies et des harmonies ; d'autres encore incarneront peut-être leur pensée dans des mouvements exécutés ou imaginés, etc. Il y a, sous ce rapport, autant de psychologies qu'il y a de professions ou d'états d'âme habituels : psychologie des musiciens... des sourds-muets, etc. Il est clair en effet, que l'imagination, sans parler des autres facultés, se spécialise selon l'état, l'aptitude et l'exercice de chacun, sans cesser pour cela d'être une seule et même faculté, quoi qu'on en dise.

;\lais — et c'est ici que nous voulons en venir — cette diversité d'images que réveille le même terme général en diverses personnes, ou dans la même personne en diverses circonstances, prouve très bien que l'idée intellectuelle, universelle ne se confond avec aucune image ni avec aucun extrait d'image. Comment donc ! Voilà, par exemple, que le mot loi réveille immédiatement en celui-ci la pensée d'un juge en robe et en toque; chez celui-là, la pensée d'une balance ; chez un autre la vue d'un geste impératif ou bien la sensation d'une harmonie, d'un mouvement régulier, cadencé, etc. : à qui persuadera-t-on que le concept de loi se confond avec l'un ou l'autre de ces symboles, qui peuvent varier à l'infini, alors cependant que l'idée est

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invariable et une ? La même personne qui a l'idée très précise de Dieu, de l'âme, de substance, de cause, etc. peut se les représenter de mille manières et disserter sur ces notions en se servant successivement de toutes sortes de comparaisons, de métaphores et d'images : images de la vue, de Touïe, des autres sens externes ou internes. Un mot prononcé intérieurement par l'imagination pourra peut-être lui suffire. On peut donc dire, à cet égard, qu'on peut penser rien qu'avec des mots. Mais il faut convenir ici que s'il y a vraiment pensée intellectuelle, et non pas seulement un phénomène de psittacisme mental, le mot n'est que le véhicule de l'idée. On pense intellectuellement avec ridée. M. Ribot est donc incomplet quand il dit que nous pensons non avec des mots, mais avec des signes(p. i5o). Non, les signes ne suffisent pas: à quoi d'ailleurs se rapporteraient-ils ? Nous ne pensons, en définitive, qu'avec des idées. M. Ribot semble en convenir, quand il reconnaît qu'il y a une mémoire d'abstraits, quand il oppose l'abstraction à l'image, quand il dit qu'il y a un «dessous » caché sous celle-ci. Mais, hélas! il retombe tout à fait dans l'opinion sensualiste, quand il conclut que « l'antagonisme de l'image et de l'idée c'est celle du tout et de la partie » (p. i53), et que les concepts ou les abstraits ne sont que « des extraits » (p. ib^). Il nie donc précisément l'idée universelle qu'il s'agissait d'expliquer.

évolution des principaux concepts

Suivons-le maintenant dans l'application de sa théorie à quelques-uns des principaux concepts.

Le nombre, — Bien des opinions ont été avancées sur l'origine de l'idée de nombre. Stuart Mill pense que l'enfant perçoit le nombre, comme il perçoit la couleur, la rondeur, la dureté et les autres qualités des objets. D'autres pensent

que c'est par le toucher qu'on perçoit d'abord l'unité et la pluralité: l'unité, c'est le continu; la pluralité, c'est le discontinu. Tour à tour on a demandé la perception du nombre à la vue, à l'ouïe, au tact. D'autres ont cherché le prototype de l'unité dans le moi et l'expérience interne. Enfin, William James ramène la perception de l'unité et de la pluralité à l'attention et aux coups de l'attention. M. Ribot préférerait dire : aux coups de l'abstraction. Toutes -ces hypothèses, selon lui, sauf la dernière, ne donnent que la matière brute de l'unité ; il aurait fallu des siècles pour passer de l'idée confuse, vague de l'unité et de la pluralité à l'idée claire et précise. Une preuve en serait que les sauvages ne comptent que quelques unités. L'idée abstraite du nombre ne naîtrait qu'avec le mot ; elle serait subjective et une création du moi.

— Mais l'auteur nous paraît confondre ici des choses bien différentes et céder toujours à ses préjugés d'évolutionniste. Il y a d'abord deux idées bien différentes du nombre : l'idée sensible et l'idée abstraite ou intellectuelle. A coup sûr, l'idée sensible ne manque pas aux animaux; elle vient de même à l'enfant par tous les sens : on voit, on sent, on distingue une ou plusieurs choses. Mais, outre cette idée, il y a dans l'homme l'idée abstraite ou intellectuelle du nombre. Or, celle-ci ne manque point aux hommes d'ailleurs les plus incultes, les moins capables de poursuivre un calcul mathématique. Elle leur est suggérée sans doute par tous les sens et aussi par la conscience, mais elle est le fruit de l'esprit informé par les sens. Cette idée est plus ou moins confuse, nous le voulons bien ; beaucoup d'hommes sont incapables de distinguer avec réflexion entre l'unité transcendante, celle de l'être et des individus, et l'unité mathématique, qui en définitive, ne sort pas du domaine de la quantité; plusieurs même n'ont point creusé l'unité mathématique, ni étudié le système décimal, ni compris par conséquent comment ce système se plie merveilleusement à toutes les évaluations. Qu'importe! L'idée abstraite de nombre existe pourtant dans leur esprit, comme en témoigne sans cesse leur langage et leur conduite : la

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science pourra éclaircir cette idée et la développer, l'appliquer à mille calculs, mais elle ne la rendra pas précisément plus abstraite; elle ne pourra jamais la dépasser absolument : on ne sort pas de l'unité. Nous voyons bien ici l'évolution de la science du nombre, mais nous ne voyons pas que Tidée abstraite du nombre sorte de l'idée sensible du nombre comme de sa cause suffisante. Autrement, comment se fait-il que l'animal ne calcule pas, lui qui, à n'en pas douter, a l'idée sensible de nombre, alors surtout que nous le voyons distinguer si bien parmi une foule d'objets et d'individus différents.

Au reste, nous souscrirons volontiers à ce que dit l'auteur sur l'importance de l'unité fondamentale dans les nombres et sur celle des chiffres arabes et des signes algébriques pour l'évolution de la science du calcul. Remarquons cependant que les anciens (Egyptiens et Grecs), qui étaient si mal servis par les signes numériques employés de leur temps (lettres numérales, etc.), sont arrivés néanmoins à des résultats surprenants, qui frappent d'admiration nos mathématiciens contemporains. Tant il est vrai que l'idée intellectuelle est plus ou moins indépendante du signe sensible : la perfection de l'un ne mesure pas absolument la perfection de l'autre.

Enfin, nous admettons encore avec l'auteur, que la psychologie n'a rien à voir avec le nombre infini, qui ne saurait tomber sous aucune expérience. Notons cependant que l'idée d'infini est l'une des premières à naître dans l'esprit, où elle se distingue très bien de l'idée d'indéfini. Si celle-ci peut être donnée dans l'ordre sensible, il n'en est point de même de celle-là. Il y a doncdeux sources absolument distinctes de nos idées : les sens et l'esprit. Et les idées propres à l'esprit, en commençant par les plus hautes, ne tardent pas à luire, car elles orientent toute la vie intellectuelle, qui ne se conçoit pas sans elles: il suffit que les sens soient un peu éveillés et fournissent la matière ou l'objet nécessaire. Quelle est la langue, par exemple, qui manque de ces mots : toujours^ jamais, ou de leurs équivalents, qui ne supposent rien moins que l'idée à'mfini?

L'Espace, — L'auteur rejette avec raison l'hypothèse kantienne des formes à priori de l'espace et du temps. L'espace et le temps, en effet, sont d'abord des données sensibles et objectives, sur lesquelles travaille ensuite notre esprit. Il y a donc un espace concret et un espace abstrait. Mais l'erreur du sensualisme et de l'évolutionnisme est toujours de vouloir tirer l'abstrait du concret sans l'intervention d'une autre faculté que les sens. A coup sûr,ranimal connaît l'espace, les lieux où il se retrouve avec une si merveilleuse facilité. Que l'on songe un instant à l'hirondelle qui revient chaque année, et de si loin, à son nid; au pigeon voyageur qui, transporté à d'immenses distances, retourne àtire-d'aile à son colombier. Mais nous demanderons toujours à nos adversaires : comment se faitil que l'animal qui connaît si bien l'espace sensible, n'ait pas l'idée abstraite de l'espace, idée qui ne manque à aucun être raisonnable ? Nulle part nous ne voyons ces transitions qu'on nous promet entre le concret et l'abstrait; le moyen terme manque toujours. Je constate bien chez l'animal une connaissance sensible très parfaite, mais rien encore d'intellectuel, au lieu que des hommes et des enfants, dont les connaissances sensibles sont très importantes, ont l'esprit ouvert à toutes les idées générales. Le concret et l'abstrait coexistent dans la créature humaine et évoluent même de concert ; mais l'abstrait ne peut se tirer du concret seul, même le plus affiné par la nature et l'exercice.

Le temps, — Mêmes observations sur le temps. Ce n'est pas une forme à priori de la sensibilité, mais il est objectif et nous est donné d'abord par l'expérience sensible. Il y a, en effet, un temps concret, une durée qui tombe sous les sens et que perçoivent les animaux. Quelle merveilleuse connaissance plusieurs espèces n'ont-elles pas des divers moments de la journée et de la nuit, de l'heure propice pour la chasse, le travail ou le repos, de la saison où ils doivent émigrer ou revenir, etc. ! Et cependant l'homme seul a l'idée abstraite, universelle et mathématique du temps: elle ne manque à personne, bien qu'elle ne soit éclaircie et développée que par la réflexion et la science.

224 l'évolution des idées générales

11 nous paraît bien inutile ensuite de nous attarder à certaines observations, où paraît se complaire M. R.bot. Qui veut-il réfuter quand il s'élève contre cette affirmation, que le présent n'est qu'un point ? Eh ! sans doute, le présent mathématique n'est qu'un point ; mais qui soutiendra jamais que le présent réel et expérimente celui dont nou avons conscience, n'est qu'un point mathématique ? Que nous importe ensuite que la durée réelle et sensible que nous pouvons saisir soit de quelques dixièmes de seconde ou même d'une minute? Nous reconnaissons là cette philosophie qui prétend mesurer les sensations, alors quelle ne mesure que l'objet senti ou les conditions de la sensation. Plusieurs des nôtres se laissent peut-être séduire par ces apparences scientifiques. Tout cela nous parait assez vain au regard de la métaphysique. Que nous importe encore ce que l'on nous dit du « point d'.ndilîerence . ou de l'unité de temps? Ce qu'il y a de plus cla.r et ce que M Ribot reconnaît à son tour, comme l'avaient reconnu les anciens et Platon en particulier, c'est que le temps est

éminemment relatif.

n re^toujours à déterminer l'origine de l'idée abstraite de temps. Les uns ont voulu la tirer des sensations externes (série d'aspects ou de sons, par exemple) -, les autres, des sensations internes (série d'états de conscience^. On a considéré combien les mouvements naturels et rythmiques, comme le pouls, la respiration, favorisent la repr sentation du temps et en tacilitent l'évaluation. Et de fait, ces matières premières d'où l'idée de temps peut être abstraite, sont excellentes. Mais il faut reconnaître, en outre, qu'il y a un esprit capable de cette abstraction, un esprit qui ge'néralise la succession et la considère comme uniforme et continue. Deux termes lui suffisent avec un troisième pour intermédiaire, sans discontinuité ; d ou le présent, le passé et le futur. Le passé se prolonge indefimment d;rrie're nous; le futur se prolonge •nJefinimcn en avant, et le présent ne cesse de les joindre l un a 1 autre. C'est là toute l'idée de temps. Il n'est pas d'être raisonnable qui en soit dépourvu, bien que tous ne puissent en

faire l'analyse. L'animal, au contraire, même celui qui distingue avec le plus de sûreté les divers moments de la nuit et du )our, n'y arrive point.

Telle n'est point cependant l'opinion de nos évolutionnistes. 11 y aurait deux stades dans l'évolution de l'idée abstraite du temps. Dans le premier, le temps serait représenté par la mémoire et l'imagination; dans le deuxième, nous aurions le concept pur, déterminé par les signes seuls. Le concept pur de temps n'aurait été dégagé que par les astronomes. — Il est évident, au contraire, que ceux-ci n'ont fait qu'appliquer le concept de temps et calculer les différents temps. Ils n'ont pas élaboré le concept même, qui est des premiers et fonde la science au lieu d'en être le fruit. Ce concept ne manque à personne, bien que tous ne puissent l'expliquer philosophiquement. Les astronomes eux-mêmes le peuvent-ils toujours? On a vu des astronomes comme Newton, se tromper grossièrement sur la nature même de l'espace et du temps, qu'ils avaient d'ailleurs calculé avec une science admirable.

M. Ribot rejette ensuite, avec raison, le temps infini. Mais on n'est pas fondé suffisamment à regarder le temps comme subjectif, bien qu'il n'existe pas d'une manière abstraite et uniforme comme nous le concevons. Ce qu'il dit du temps plein et du temps videcst assez justifié par les observations que chacun peut faire. En somme, le temps est relatif, et c'est le multiplier que de le bien remplir.

L'idée de cause. — Avec la cause nous nous élevons à des idées plus hautes. Impossible ici de ne pas se prononcer sur les questions les plus graves de la métaphysique. Vainement l'auteur proteste-t-il qu'il s'en tiendra rigoureusement à son sujet, qui est l'apparition de l'idée universelle de cause : les idées de miracle et de hasard, avec les problèmes qu'elles entraînent, se présentent d'elles-mêmes, et l'auteur montre bien que son siège est fait. Sinon, pourquoi parlerait-il déjà de « l'identité de la cause et de

l'effet » ?(p. 214.)

Fidèle au principe évolutionniste, que l'idée de cause a les plus humbles origines, il étudie successivement :

226 l'Évolution des idées générales

1° l'origine expérimentale de ridée de cause; 2° sa généralisation ou le passage de la forme individuelle subjective à la forme objective ; 3° sa transformation et sa scission en deux idées fondamentales : d'abord l'idée de force, d'énergie, de puissance active, X métaphysique ; ensuite l'idée de succession constante, invariable, de rapport fixe; et cette dernière idée de la cause se confondrait cWqc celle de loi. Mais nous protestons dès maintenant contre cette identification, qui est démentie par une aualyse exacte de nos idées.

La loi, c'est plutôt le mode d'action de la cause; mais celle-ci ne se confond point avec son mode d'action, ni surtout avec ses effets. On reconnaît bien là cette tendance du positivisme de supprimer toujours la science des causes et des substances pour ne conserver que la connaissances des phénomènes et des lois.

Suivons néanmoins l'auteur dans ses trois étapes.

Et d'abord l'idée de cause serait de source interne et subjective; elle nous serait suggérée par notre activité motrice; un être purement passif n'aurait pas l'idée de causalité. Toutefois, M. Ribot s'éloigne ici de Biran en ce qu'il cherche l'expérience de la causalité non dans la volonté, mais dans l'activité. — Nous ne partageons point l'opinion de l'un ni celle de l'autre dans ce qu'elles ont d'exclusif. Sans doute, l'expérience interne que nous avons de notre propre causalité, surtout de notre causalité volontaire et libre, cclaircit singulièrement l'idée que nous avons de la cause; mais cette notion s'imposerait à notre esprit en dehors de notre propre causalité. Comme toutes les autres idées d'ordre métaphysique, celle-ci peut nous être fournie par notre esprit travaillant sur les premières données de l'expérience. Nous voyons, en effet, des phénomènes se succéder, nous assistons à des commencements auxquels notre esprit cherche des antécédents qui soient leur raison suffisante, c'est-à-dire des causes. L'idée de cause est donc comtemporaine du principe de causalité, principe absolu, l'un des premiers que saisisse la raison. Notre opinion fût-elle inexacte, fût-il vrai que de fait nous

D APRÈS M. TH. RIBOT 227

n'avons l'idée de cause que parce que d'abord nous expérimentons notre propre causalité, il n'en resterait pas moins que l'idée de cause est universelle comme le principe de causalité dont elle ne se sépare pas, et qu'elle luit dès l'origine de la vie intellectuelle. Toujours l'esprit humain débute parcesidéessupérieures,cesgrandesloisde la métaphysique et de la logique qu'il ne sait encoreappliqueravecméthode, mais qui éclairent néanmoins ses premières démarches.

Mais nos évolutionnistes n'admettent rien de tel, et M. Ribot réédite ici leurs suppositions les plus arbitraires. Après que l'homme aurait expérimenté sa propre causalité, il ob ectiverait cette notion, c'est-à-dire que son imagination créerait des volontés extérieures analoguesà la sienne : il animerait les rivières, les flots de la mer, les vents et les nuages : c'est la période du fétichisme^ que n'ont pas encore dépassée nombre de sauvages. L'homme civilisé y revient momentanément, quand il se laisse dominer par l'instinct et décharge sa colère sur les choses, comme l'enfant qui bat ce qui l'a blessé, ou le chien qui mord la pierre qu'on lui a jetée.

Mais il est facile de voir que l'instinct n'a rien de commun ici avec l'idée de cause. Et quant au penchant des peuples superstitieux à prêter une volonté et une personnalité aux causes physiques et à tous les éléments de la nature, il ne prouve point que l'idée de cause ne soit pas nette chez eux et déjà universelle, parce qu'ils l'incarnent d'une manière puérile. Et qu'importe que des hommes ignorants prêtent indûment à des causes aveugles la connaissance et la liberté, voire même tous les caprices ? L'idée de cause n'en est pas moins primitive, quoique mal asso-' ciée. L'auteur convient que l'idée de responsabilité est des premières; or cette idée implique l'idée fort nette de cause et même de liberté. Toutes ces analyses des notions fondamentales de l'esprit humain faites du point de vue du positivisme, sont gravement incomplètes : l'élément rationnel est toujours négligé. Incidemment l'auteur regarde le miracle « comme une cause sans loi », alors cependant que le miracle, les théologiens ne cessent de le répéter, rentre

228 l'Évolution des idées générales

dans Tordre universel de la Providence. Sur le somnambulisme et Tocculiisme, sur la liberté et le hasard, il laisse entrevoir ses opinions, qui ne sont point celles d'un philosophe neutre en métaphysique : il devrait essayer de les justifier au lieu de les sous-entendre.

L'affirmation qui nous paraît la plus grave et que nous avons déjà signalée, c'est celle de l'identité fondamentale de la cause et de l'effet (p. 214) : elle implique le panthéisme, et un philosophe agnostique devrait se l'interdire. M. Ribot est plus fidèle à l'agnosticisme, quand il s'efforce de ramener la connaissance de la cause à la connaissance de la loi : la conclusion serait que nous ne pouvons connaître Dieu, mais seulement ses œuvres. Et c'est bien là, sans doute, ce qu'il veut dire quand il ajoute que « la cause est un piédestal au Dieu inconnu ». Mais, en réalité, la recherche de la cause amène logiquement la raison à la connaissance de Dieu. Caché d'abord derrière son œuvre. Dieu se découvre ensuite à la raison comme cause première : de ce caractère essentiel découlent nécessairement tous les autres attributs divins. On voit comment, pour éviter cette conclusion, nos positivistes et agnostiques sont contraints de supprimer pour ainsi dire l'idée même de cause, en la confondant avec celle de loi.

L'idée de loi. — Avant d'exposer, à son point de vue, la formation de cette idée, M. Ribot essaie de définir la position qu'il prétend garder entre le nominalisme et le réalisme. On sait que, d^iprès les nominalistes, le particulier seul existe; les idées générales ne serviraient qu'à mettre de l'ordre dans nos expériences, à la manière des fiches de catalogues; plus on abstrait, plus on monte et plus aussi on serait loin de la réalité et dans le vide. D'après les réalistes, au contraire, plus on aostrait et plus aussi on pénètre les natures des choses et Tintime de la réalité. Or M. Ribot prétend ne prendre parti ni pour les uns ni pour les autres. Avec les réalistes, il est objectiviste et tient pour la valeur des idées générales. Mais, avec les nommalistes, il est relativiste. Voici d'ailleurs comment il exprime et tâche de justifier son opinion :

d'après m. th. ribot

« La position du psychologue dit îl n^ >^ ^^

celle du relativisme, k'ur lu^:; ,^' : 'g eSl ZZ T appro.r„,aUous : elles ont une valeur objectTve rna" p ' v.soire et momentanée, dépendant de iLvar LwTtéT" phénomènes et de l'état de nos connaissances dÏ'I les ressemblances qui servent de noin ^' P^"*

lisations ne sont 'pas des fie ions dVefp'rjf'^f "■ comme la connaissance des lois nature S un^v.'"' pratique en nous permettant d'agir surkscho-^t leur ignorance nous fait échou! 'rf ut bien """'

en dise, leur attribuer, au moins'en ut cenainîme'^" °" une valeur objective. D'autre mvt^T.!TT^' >a nature, i, faut aussi qu'il l ^::^'Z: II^^^^: et la prétention à des lois ou à des tvoes H'nn. fi ■ ■' branlable devient chimérique II nV ï '' '"'

caractères . essentiels et accidentels 'c'estf c^ir:"" '" nents et variables, ladifférence tranch e, a trd s aEr L époque primaire de notre globe a du IvoYr .

ne sont plus celles de notre 4 quaterna re tout T ''"' au cours du développement, f (p.\.o ) ' "' ''^'"^^

1 est clair, après cela, que M. Ribot nie lesessen.., , natures et. Dartnnt i-, .v,^-» u • ' '"<^ 'es essences, les Cl, partant, la métaphysique tout entifrp- ;i J j met aucun absolu, ni dans la pensée nr/,' u ^'^"

tnres de Tub^l. '"""°"' P^^ ■"«'■"« ^es na-

luies, aes substances qui sont ce qu'elles <;nnt ^,.

gs; ce ,u;il y a d-immuable dans 1'^: nou app raît d^^

même, sous les phénomène t pa " "3 VL""'"''' ^'

esprit saisit des lois; et il parah bie„^. 7'"" "°*'' rpll^o ^- • , -) ^^ ^^ parait Dien que beaucoun df»

celles-c, ,e parle surtout des lois fondamentales deîa C

23o l'évolution des idées générales

raie des lois de la métaphysique et des mathématiques, tiennent aux essences des choses et sont immua blés comme elles. M. Ribot tient, au contraire, pour la relativité de toute essence, de tout être et de toute loi. .

Voici maintenant comment il explique l'apparition graduelle du pur concept de loi. Cette évolution comporte trois périodes. D'abord l'homme n'aurait que des « images génériques..; ensuite il connaîtrait des lois concrètes ou empiriques; enfin il arriverait à la connaissance des ois théoriques et idéales. Les « images génériques » par lesquelles débuterait la notion de loi ne seraient que « la conception machinale de la régularité pour un nombre restreint..,

le résultat d'une répétition constante (cours dujole'l, des saisons) une pure association d'idées et une habitude contante, « l'attente irréfléchie d'une récurrence plusieurs fois perçue ... H va sans dire que l'animal ne serait point Sépourvu de cette connaissance inférieure de a loi, et on ajoute que « beaucoup d'hommes n'ont eu et n'ont encore que ce simulacre de lois >. (p. 221).

__ Or c'est contre cette prétention qu'on ne saurait trop s'élever' Le concept abstrait de loi ne manque à aucune créature raisonnable; l'animal, au contraire, ne pourra jamais y atteindre. Il peut bien saisir une succession non a^aison de cette succession, c'est-à-dire la oi elle-même, qu se révèle d'abord dans l'ordre moral. C'est par analogie en effet, avec l'ordre moral que nous attribuons des fôs à la nature : la philologie en témoigne, et l'auteur u i-même apporte une citation qui le confirme. Quant à ^XTon ultérieure du concept de loi, nous l'admetton volontiers, mais nous remarquerons encore une fois que « te évolution des concepts n'aboutit pas à leur formation, qui est primitive. A ce développement se rapporte plus ou moins bien ce que M. Ribot ajoute sur la deuxième et la Smlpériode de l'évolution de l'idée de loi. Cependant nous nTpen ons pas qu'il soit fondé à qualifier de théoriques et d'idéales les lois les plus abstraites et les mieux irnues A plus forte raison ne dirions-nous pas que les LTs som ap^o.maU.es. Tout cela néanmoins s'accorde

t>'APRÈS M. TH. RIBOT ,9

avec le relativisme qu'il professe Pn .^ •. '

ce qu'il y a vraiment d'un' verselde mT?' •' '""^""''^ solu dans l'idée de loi cZl a-' ^^^P^ysique et d'ab-

non point l'idi part icSrl H''"''^''''"^''"^'^^''^'-'^"' peut l'avoir une ab iîle nf" '''^'' ''"^''"^' ^°""^«

les rayons de sa ruch 'ou 1 V °"'"""" géométriquement mais l'idée généra e d'un " A "ï"' "^'"'^"''''^ «°" "'d,

révèle d'abord à l'hoir r^^ raisonnable. Cet ordre se

et c'est là Z dtT^loi'bdnef "°"'^ " ^°^'^'^' révèle ensuite dans le JoIh k '°"' '°" "''^'^»' '' ^^

ments essentiels âfZ.Z^V'^'^' "' deux élé- Pléte. Elle diffère dt ^ciSr^uriv''^"^ '' ^°™peuvent devenir des variétés TéTrZlTlV! f espèces vivantes considérées oar Phit.^ ^'* '^^

Pèce elle-même c'est la natu? ou 1-'"' """'■'"^- ^'"■ plusieurs individus. Elle esTs^bordon riuTn^"^ ' lui-même peut devenir une espèce par rannnr. - ' *'"' supérieur. De là ce«i r=,m;fi. .• ^ rapport a un genre

f "••i-'cia ces ramifications connues Hanc i„ • -n logique sous le nom d'arbre de PorvhZ r ''"'

• n Acgucb ae la nature, si ce nVcf a^c ^

infimes ou moyennes ou supérieurej î " '*""

M Ri'b„?"r°''",'"'r.'°"" "■•"'• ™«"i*« de voir de "unl'ïn.e'^' -ri "'; IT^^^ ?'-P*- -ù ^r^

n est moins pYflrf t «o « - i- ■^*' «»"juura nui. — Kien

concept d'espèce pas ohff' "'°"^ P^^ *'-°"^^' '^ P"r

nomes n'oTtrouvé l **"' %éomkxT,s et les astro-

ont trouve les purs concepts de l'espace et dii

232 l'Évolution des idées générales

temps. Les savants ont seulement appliqué ces concepts primitifs à l'objet particulier de leurs études, sans réussir toujours à les éclaircir davantage; nous avons même constaté qu'ils les avaient parfois singulièrement obscurcis. Pour les naturalistes évolutionnistes, cela n'est que trop

certain. .

M. Ribot rappelle les deux opinions contraires : 1 une qui tient pour la fixité des espèces; l'autre qui ne voit dans l'espèce qu'une variété stable transitoirement. Il prétend garder entre les deux l'impartialité; mais, en réalité, son choix est fait, et toute la suite n'est que pour le justifier. L'ordre qu'il assigne à l'évolution de l'idée d'espèce nous paraît être précisément l'inverse de la réalité. D'abord, dit-il, les espèces correspondraient aux lois empiriques et concrètes ; ensuite les espèces et les genres de plus en plus élevés correspondraient à des lois théoriques et idéales.

Mais c'est précisément la marche toute contraire qui est suivie par l'esprit humain. Les idées de genre et d'espèce apparaissent des premières dans l'ordre métaphysique et logique, qu'on appellera si l'on veut théorique ou idéal; c'est ce qu'on voit facilement par les spéculations philosophiques des anciens. Ensuite, quand les sciences naturelles se sont assez développées, les savants tâchent d'appliquer et de poursuivre leurs classifications commencées, en assignant les espèces inférieures. C'est alors qu'ils interrogent les faits et cherchent à mieux connaître les lois de la vie. qu'on peut appeler empiriqueset concrètes àcertains égards. Ici se placent les observations des naturalistes qui ont pour objet la ressemblance et \si filiation des divers groupes naturels, afin de reconnaître et de délimiter les espèces véritables. Et parce que ces ressemblances et ces filiations quoique très significatives par elles-mêmes, laissent prise à certains doutes, en sorte qu'on ne peut toujours prononcer si telles espèces voisines (l'âne et le cheval par exemple) sont des espèces proprement dites, philosophiques, ou des espèces accidentelles, M. Ribot prononce que « le concept d'espèce n'a pas de valeur absolue ». Mais de ce que l'essence et l'espèce nous échappent dans certains cas,^ H n'est

d'après .m. th. RlBOT jSS

pas permis de conclure que l'essence ou l'espèce nou. échappent toujours, ni surtout qu'elles n'existent pas ou qu elles n'ont rien d'absolu. Les savants sont encore nom! breux, aussi nombreux que jamais peut-être, qui croient à a fixité es espèces fondamentales, et Agassi'z,],ar exemple n est point « le dernier représentant de cette lignée de naturalistes qui ont aspiré à reproduire l'ordre de fnature

danslah,erarch.edeleursconceptsclassificateurs>.(p?r38) Nos adversaires sont obligés de reconnaître tout au moin

qu .1 y a des « types fondamentaux ». Il est vrarque

M. Ribot ajoute aussitôt que ces types sont provisoires

."Stables comme d'ailleurs, selon lui. toutes les Îois aux

r c:l r" 'r formation, et que pai'on'e'q n" tout ce dont s occupe la science est dans un perpétuel devenir. Mais de pareilles théories se réfutent déjà pa leu

chapitre, 1 auteur avoue que les lois morales, et par conséquent la morale elle-même, ne lui paraissent pas oîu: immuables que le reste. Voilà donc l'aboutisan de c'e t e et du reTa. r'f ^^'"'.'■^'" = P^"'" '^ '^ -"-"0" "u": c'est à df' """''"^ '"'"^'^ ^^ ^''P^™^'- l'absolu;

leur ob'je '" °" "PP""""' '" '''''' S^"^'"'" ^" "'an

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