L^ÉVOLUTION DES IDÉES GÉNÉRALES
du signe n'explique pas l'abstraction, mais que par-dessous il y a un inconscient, qui peut redevenir conscient, il y a une habitude mentale, un ensemble de connaissances organise'es et emmagasine'es. Mais ne sont-ce pas là précisément les species intelligibiles de nos scolastiques ? Ces idées qu'on tient habituellement à sa disposition par la science, et qui peuvent être évoquées par un mot, retenues par un seul mot qui occupe actuellement l'attention, sont renfermées, pour ainsi dire, dans le trésor de la mémoire. Mais que nos positivistes renoncent à confondre cette mémoire intellectuelle avec la mémoire sensible, qui lui est associée, les idées abstraites et parfaitement enchaînées par une rigoureuse logique avec les images ou les mots qui leur servent de véhicule. C'est ici surtout qu'éclate la différence de l'idée et de l'image, de l'ordre intellectuel et de l'ordre sensible, différence perpétuellement méconnue par nos adversaires. Prononcez, par exemple, devant un homme instruit, ces mots : Dieu, âme, droit naturel. Sous chacun d'eux il y a toute une science, c'est-à-dire une définition comprise et développée en une série d'idées et de propositions parfaitement enchaînées. Il serait possible de les ramener et de les réduire une à une, en se servant à cet effet d'une foule de mots et d'images, qui peuvent changer de mille manières, alors cependant que le savoir ne change pas. Ce savoir intellectuel se distingue donc absolument des idées sensibles ou images dont il se sert et s'enveloppe. Il est vrai seulement que par elles il s'exprime, par elles il se transmet ou redevient conscient ; il est le contenu, elles sont le contenant; il peut en changer, et celles-ci à leur tour peuvent se plier à d'autres usages et obéir à un autre esprit. Ici donc il n'y a pas de confusion ni de continuité : il n'y a que l'association intime des sens et de l'intelligence. Qu'on ne parle donc plus de l'évolution des idées générales au sens du transformisme : il est ici radicalement en défaut.
Concluons cette longue étude. M. Ribot a tenté, après tant d'autres sensualistes, dont il ne se sépare pas quant au fond, d'expliquer parles sens seuls quelques idées vraiment universelles ; mais cette tentative n'a fait que montrer
d'après m. th. ribot 23q
davantage l'insuffisance du sensualisme. Et cependant parm, les idées universelles sur lesquelles il s'est plu à insister, nous n'avons pas trouvé celles oui sont les l!
les Idées d infini, de perfection, d'éternité, de nécessité de sagesse et de bonté absolues, de Dieu en un mot Que, 'ue imparfaites que soient en nous ces idées, nous les avons certainement et nous distinguons ce qu'elles nous expri ment sans aucune équivoque. Or, les sens ne suffisem pas
infini et absolument parfait. Il faut donc reconnaître qu' y a en nous une faculté supérieure aux sens, qui nous permet d'atteindre l'infini par le fini, le parfait ^arl'imparfah 1 éternel par le temporel, le nécessaire par'e cÔmingt '
Sime" '" ' ""'"'" " "^ ^"' ^"^ ""^ connaissfncé; sublime par son terme, ne laisse pas d'être imparfaite
humble et bornée : nous n'avons directement qûXdées très générales et plus ou moins vagues d'être en général d unité, de vérité, de bien, de substance, de caus'etC ;' mais les objets supérieurs dont nous parlons, sontdécou verts néanmoins par la raison, qui peut porter plus d'une fois sur eux des jugements certains et absolus. Les pr"n. cipales conclusions de la raison répondent par conséqu nt dignement à ses premiers principes; avec ceux-cTet mieux encore si c'est possible, elles affirment la supériod Totale
.' maï^hanTr / ""' '^^ '" ^°"^ toujourrassociés, sari: jamais cnanger de nature.