‹ Mélanges philosophiques (1897-1900) [microform]Chapitre 44 sur 52 · SUR L HYPNOTISME · texte numérisé non relu

SUR L HYPNOTISME

3l2 CRITIQUE DE QUELQUES OPINIONS RÉCENTES

existent souvent et qu'on n'est guère fondé d'ailleurs à les

exiger.

Mais voici d'autres conséquences non moins légitimes, que M. N. répudierait sansdoute avec indignation. Si toutes les suggestions n'ont que des causes naturelles ; si, d'autre part, elles peuvent être pratiquées sans danger grave ou même sans danger aucun, comme on l'a prétendu, par des personnes très expérimentées dans l'art hypnotique, pourquoi ne pas y recourir habituellement pour la réformaiion morale des détenus dans les pénitenciers, pour la guérison des alcooliques, des dégénérés, en un mot de tous les sujets vicieux? Pourquoi même ne pas y recourir généralement pour mieux contracter certaines qualités morales, pour mieux adapter ses tendances, ses goûts, ses instincts au genre de vie que la raison impose? Pourquoi ne pas introduire la suggestion pédagogique en particulier dans toutes les maisons d'éducation, sans en excepter les séminaires?... La conscience proteste contre cette proposition, qui tend à bouleverser toute l'économie de la morale (i). Mais alors, que la réprobation frappe d'abord les principes avant de flétrir les conséquences.

Terminons cette critique en citant une règle très sage en elle-même et dans laquelle M. N. semblerait retirer tout ce que ses principes permettent trop facilement par ailleurs : « Est illicite, dit-il, tout hypnotisme où l'on s'expose de quelque manière que ce soit à provoquer des accidents nerveux qui puissent nuire à la santé ou troubler plus ou moins la raison ou agiter le cœur. » — Malheureusement, comme on n*est point d'accord sur la mesure des dangers

(i) M. le docteur Surbled réprouve lui aussi Tapplication de l'hypnotisme à la pédagogie, bien que ses principes, croyons-nous, ne le lui permettent guère : « Plusieurs savants, dit-il, l'ont recommandée (la pratique de l'hypnose) comme un excellent moyen d'éducation: on rétormerait les enfants vicieux, pervers, par la suggestion, et on en ferait d'excellents sujets. Nous n'avons pas la moindre confiance dans l'emploi d'une telle méthode et nous nous gardons de la recommander. C'est une arme à deux tranchants capable de faire plus de mal que de bien». {La Morale, IV« vol. p. gS) — Mais si l'on croitque, dans un cas donné, elle peut faire plus de bien que de mal ?

courus dans la pratique de Thypnotisme, surtout quand on les compare aux bienfaits qu'on en espère, cette règle est sans etïicacité. Vainement M. N. compte parmi les conditions requises pour la pratique de l'hypnotisme, une « utilité proportionnée pour la science (r), la guérison ou le soulagement d'une maladie, ou autre cause sérieuse... » D'abord nous ne pensons pas que le motif de taire progresser la science (motif hypothétique en la matière et des plus illusoires) puisse jamais permettre de soumettre un malade aux dangers de l'hypnotisme. Mais sans doute, M. N. suppose qu'il y a des expériences sans danger sérieux pour le sujet. Ensuite on ne voit pas assez que les réserves qu'il impose soient observées dans les cliniques les plus célèbres.

M. le docteur Surbled, dont le témoignage ne sera pas suspect, racontait naguère l'exemple d'une jeune fille, sa cliente, âgée de i5 ans et légèrement hystérique, placée à la Salpêtrière, malgré ses conseils; elle y joua bientôt et non sans satisfaction le rôle de première, mais perdit tout à fait la raison à la suite de ses succès hynoptiques (i).

Mgr Méric, qui n'est pas non plus un adversaire absolu de l'hypnotisme, est sorti plus d'une fois écœuré de ces cliniques où la morale est si facilement outragée et l'humanité traitée sans un respect suffisant. Ecoutons son témoignage, qui est accablant, bien qu'il ne soit rendu qu'incidemment : « Parmi ces milliers d'hommes, de femmes, de filles, entassés dans nos hôpitaux; parmi ces sujets qui réunissent toutes les conditions que la science semble exiger pour une expérience sérieuse de lévitation... et que l'on a soumis d'ailleurs à un long entraînement; parmi tous ces médiums, hystériques, névrosés, déséquilibrés, bouleversés vingt fois par les suggestions les plus hardies des expérimentateurs les plus audacieux^ vous n'en verrez pas un seul

(i) « Elle n'était plus utile aux démonstrations, et l'administration décida le départ de la malade ou son envoi à Sainte-Anne, Tasile des folles. La famille essaya de la reprendre, mais dut se résigner à son internement à Glermont » (La Morale dans ses rapports avec la médecine, etc. T. IV, p. 94).

s'élever dans les airs... Dans ces salles de malades, dans ces amphithéâtres, vous assisterez peut-être à des scènes de clownisme, qui laissent une profonde impression de dégoût dans rame du spectateur. Vous verrez une femme jetée contre un mur, ou lancée dans Tespace, retomber lourdement dans son lit, saluée par les blasphèmes, les quolibets les rires sarcastiques et hideux de ses compagnes. Je le dis, parce que je le sais. Vous verrez cela et vous en conserverez un souvenir ineffaçable et navrant » (i).

Sommaire : La Revue du monde invisible. - Un mot sur les superstitions coniemporames. - Quelques opinions de Mgr Méric : la lévitation et le soulèvement. Celui-ci serait naturel. - Autres opinions hardies. - Quelques opinions de M. le docteur Surblcd. - Invitation à tenter une expérience décisive. ^

Nous venons de citer Mgr Méric et M. le docteur Surbled, partisans l'un et l'autre d'un certain hypnotisme prétendii scientifique, et fondateurs de la Revue du monde invisible,

Cetiepublicationobtient,paraît-il, un grand succèsdecurio^ sité, de même que VEcJiodu merveilleux. Ces deux revues

sont nées à la suite de la dislocation de la .S^oaV/e ^^5 ^c/>;/ce^ psychiques, londée par le chanoine Brettes, dislocation provoquée par l'introduction, dans la société, du docteur

Encausse(Papus),chefd'une secte de nouveaux gnosiiques. Car la société contemporaine, malgré les progrès accomplis déjà et promis encore par la science, ou peut-être à cause même de ces progrès, est envahie de nouveau par la superstition. Il est facile d'en juger par le grand nombre d'ouvrages et autres publications qui traitent du spiritisme, des sciences occultes, etc., comme aussi par les sociétés théosophiques ou autres qui se sont formées et prennent des allures de sectes religieuses. On réédite à bon marché

(i) Revue du monde invisible (ib juin 1899, P. 4).

SUR l'hypnotisme 3i5 les livres de sorcellerie, que quelques libraires cachaient autrefois au fond de leur boutique comme des poisons. Voici, d'après la Revue du monde invisible, une liste de périodiques qui nous donne quelque idée de l'importance du mouvement occultiste en ^uvo^ti : Annales des sciences psychiques; — le Phare de Normandie; — la lie d Outre-Tombe ; — la Lumière; — Revue scientifique et morale du spiritisme ; — le Progrès siirite ;

L/V///, journal hebdomadaire;— Vessillo sviritista ; — Rivista di studi psichici; — Revue spirite; — Médecine naturelle ; -— Journal du magnétisine ; — Mélusine. Nous pourrions encore citer telle revue allemande.

Mais nous n'avons à parler ici que de la Revue du monde invisible, qui se distingue, entre toutes les publications qui traitent de l'au-delà, par l'orthodoxie de ses fondateurs. On remarquera aussi l'esprit de tolérance qui leur fait admettre la collaboration d'auteurs qui professent des opinions très avancées. Citons, par exemple, un article du docteur Coutenot, médecin en chef honoraire de l'hôpital de Besançon, qui raconte à la suite de quelles pratiques magnétiques il a obtenu la guérison d'une malade. Parmi les phénomènes provoqués chez son sujet par l'opérateur, il y a celui de la vision à longue distance, de description de l'état des organes d'un malade éloigné et inconnu de la somnambule. Mgr Méric, en s autorisant du rituel romain, déclare en note que de pareils phénomènes sont préternaturelset sortent, par conséquent, du domaine de l'hypnotisme médical (1).

Citons aussi l'opinion du docteur Albert Battandier, qui regarde comme pouvant être naturelle la transmission de pensée sans aucun signe extérieur.Certains commentateurs dit-il, « ont prétendu dresser une petite liste de faits prêternaturels, dont l'étude est par conséquent défendue, même aux médecins. Parmi ces faits, ils mettent la transmission de pensée : « commander par la pensée et être entendu sans « aucun signe extérieur. » Il se pourrait bien que ces com-

(0 i3 sept. 1899, P- 226.

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mentateurs tussent plus tard obligés d'abandonner leurs commentaires. En hypnotisme, la transmission de la pensée est un fait assez fréquent pour qu'on ne puisse le nier que si l'on appartient à une école qui ledéclare impossible. De plus, elle se produit dans un tiop grand nombre de circonstances pour qu'on puisse l'attribuer à un esprit, et enfin elle a des bases naturelles incontestables » (i). — Sans entreprendre ici aucune réfutation, bornons-nous seulement à remarquer que tous les phénomènes mystiques ont généralement des bases naturelles dans les sujets où ils se produisent.

Mais ce sont les opinions de Mgr Méric, l'éminent directeur de la Revue, qui nous intéressent le plus. Or elles paraissent s'être modifiées dans le sens d'une plus grande hardiesse. Mgr Méric avait d'abord paru juger que tout cas de lévitation ou d'enlèvement du corps sans effort mécanique était préternaiurel. C'est ce qui résulte déjà d'une citation précédente, confirmée d'ailleurs par celles-ci : « Il faut donc autre chose que des nerfs, du fluide et de l'électricité pour produire le miracledu ravissement,derextaseetdu vol aérien du corps des saints. » (i5 juin 1899, p. 5). — «M. F... nous dit qu'il est possible qu'un sujet perélcctrogbie.,. debout sur la pointe des pieds sur un plancher ou carrelage mauvais conducteurs, produise un écoulement très intense du fluide électrique par ses orteils et qu'il s'élève ainsi audessus du sol... J'avoue que cette explication m'éionne... Voyez encore si vous serez satisfaits de cette explication quand vous verrez une femme délicate soulever avec deux doigts, sans effort, un homme fort et robuste avec le siège sur lequel il était assis. Le phénomène est naturellement inexplicable. L'hypothèse d'un dégagement d'électricité, absolument gratuite, je le répète, laisse dans l'ombre l'intervention d'une intelligence et d'une volonté, c'est-à-dire d'un facteur différent des forces physiques répandues dans l'univers. Et la présence de ce facteur a toujours été reconnue, sentie, affirmée par les médiums et par les sujets enlevés.

(i) i5 nov. 1899, p. 336.

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Dans tous ces phénomènes de lévitation, on retrouve invariablement un sujet, un fluide dont je n'ai pas contesté l'existence, et un agent préternaturel. Et c'est la présence de l'agent invisible et mystérieux qui explique tout. » (i5 juillet 1899, p. 80).

Mais, malgré ces déclarations, Mgr Méric a été amené un peu plus tard à distinguer entre la lévitatîofi et le soulèveîîientj celui qu'on obtient par exemple au moyen d'aspirations et d'expirations et de l'application de l'extrémité des index; et il a regardé ce dernier phénomène comme naturel. Voici, en effet, ses réponses à des lecteurs qui le consultaient à ce sujet : « Ce phénomène particulier (de soulèvement} et d'autres du même genre, dont nous avons été témoins, n'appartiennent pas à la catégorie des phénomènes du vol aérien du corps, enlevé ou par Dieu ou par les démons... On obtient un phénomène analogue à celui dont vous parlez en faisant aspirer profondément un homme, debout sur une planchette. Un enfant peut soulever la planchette au moment de l'aspiration du sujet » (i5 août 1899, p. 186).

Voici maintenant une déclaration plus complète et plus explicite : « Le système nerveux, animé et informé directement par l'âme, dégage un fluide qui présente des analogies profondes avec l'électricité, et qui produit des phénomènes d'attraction et de répulsion. Voilà un fait scientifique certain. Sa réalité est démontrée parles expériences décisives de MxM. Reichenbach, de Rochas..., etc., etc. Ici même, dans cette Revue, le docteur Coutenot... nous a apporté le témoignage de sa longue expérience médicale, dans une démonstration que nous estimons irréfutable parce qu'elle repose sur des faits sérieusement constatés. Le corps du sujet étendu sur la table, c'est-à-dire du sensitif, dégage donc le fluide nerveux. Les expérimentateurs projettent leur fluide, par insufflation, dans unedirection déterminée, et c'est dans la combinaison de ces deux fluides que Ton doitchercher l'explication naturelle du ^ow/èz^em^w/du corps. Le mot lévitation n'est pas exact. Et si l'expérience ne réussit pas dans tous les cas, c'est par insuffisance de fluide,

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soit dans le sujet, soit dans les expérimentateurs. Avec un sens.t.f, I expérience réussira toujours. Nous voici donc ë^ présence d une science nouvelle, livrée jusqu'à ce jour à la spéculation intéressée des charlatans et des empirique soumise désormais à la critique sévère des savants' c'est a' force nerveuse, c'est le fluide nerveux. Cette force doit e rattacher par son action extérieure aux vibrations de l'éther elle doit avoir sa place dans la catégorie des forcesconnues chaleur, lumière, magnétisme terrestre, électricité; e le' reste soumise à la loi générale des conversions. Il fau, ob server avec respect les savants qui s'efforcent aujourd'h i de iso er, de l'étudier, d'en constater les effets certains -aigre les difficultés et les ténèbres. L'avenir nourélerve' peut.etredegrandessurprises.(.5oct. .899, pp.3,4-3,5) C en est une très grande pour nous, il faut l'avouer humb £ ment, que la lecture de cette page.

Pouvons-nous aiouter maintenant que Mgr Méric fait siennes les explications publiées à la s'uue de^'article du docteur Battandier ci.é plus haut? Elles sont empruntées

0"":'' H ''"/''"■"""' ""^ '^ Revue les'citeav^: éloge et elles cadrent d'ailleurs très bien avec l'opinion précédente : « Les ouvrages des docteurs Gibier et Dariex de M. C arles Richet, du colonel de Rochas sont absolu-'

doues d une force particulière qui leur permet d'attirer à eux des objets très lourds, comme à l'aide d'un aimant formdab.e. Les savants les plus sceptiques ont dû. de nos

jours, se rallier à la réalité des phénomèmes dit médianimiques.

« Quelle est maintenant la force à laquelle obéissent ces phenonrienes? On l'ignore encore. Elle demeure inexpliquée. Mais .1 est permis d'espérer que, débarrassée des formules sp.ntes et des fraudes du médianisme, dont elle a été longtemps prisonnière, elle trouvera un jour son Ampère, comriie les courants magnétiques, ou son Charcot. comme les phénomènes de l'hypnose ; et que ce qui semble aujourd hui une déchirure faite au réseau des lois naturelles sera une science déplus dont le génie des découvertes aura dote

SUR l'hypnotisme 3iq

l'humanité... » (i5 nov. 1899, P- 338) — Pour nous, qui ne croyons point que l'art des Charcot et des de Rochas en matière d'hypnose soit Tapplication d'une science véritable, nous ne partageons pas ces espérances ...ou ces illusions! Mais qu'on nous permette seulement de remarquer combien de telles déclarations prouvent la continuité des phénomènes hypnotiques depuis les simples jusqu'à ceux qui font partie intégrante du spiritisme et de l'occultisme.

M. le docteur Surbled qui, dans la rédaction de la Revue du monde invisible, remplit les fonctions de secrétaire, partage les opinions de Mgr Méric et paraît même pousser plus loin encore ses espérances scientifiques. Il regarde lui aussi comme naturels les soulèvements dont nous avons parlé; il espère que la science découvrira les causes de la télépathie et même de la vision à travers les corps opaques; il estime que, dans les phénomènes des tables tournantes et de spiritisme, il y a beaucoup d'éléments naturels et que la science en fera le départ. Tout en reconnaissant avec nous

rinterventiondesdémons,ilajouteque((le diable c'est l'ignorance » dans plus d'un cas. 11 rejette ce qu'il appelle la «théorie du bloc » avec une sorte d'indignation. Au reste voici quelques-unes de ses déclarations : « N'est-ce pas le même

fluide(magnétique) qui opère ces /t'>/7^//o;/5 extraordinaires, mais nullement surnaturelles, dont la Revue a entretenu ses lecteurs à plusieurs reprises? Le phénomène est obtenu simplement par Timposiiion des mains sur un sujet étendu horizontalement et par des insufflations régulières : il paraît facile à reproduire, et nous ne doutons pas qu'une de nos séances ne soit consacrée à cette intéressante expérience(!î!) « Nous irons même plus loin pour notre compte, et nous demandons que la célèbre question des tables tournantes soit aussi portée sur le terrain expérimental. On sait les scandaleux abus qu'en ont fait les spirites, et on ne doute pas à leur égard de notre absolue réprobation. Mais en se maintenant au point de vue théorique et spéculatif, n'est-il pas permis de croire que le ?nouvement de la table est absolument dû à l'action du médium, avec la complicité involontaire des assistants? Nous osons le prétendre, et nous

pensons qu'il serait facile (?), avec quelques expe'riences, de démontrer que l'influence du médium est d'ordre physiologique et relève du fluide magnétique. Des observateurs consciencieux ont fait ces expériences avec un plein succès et sont prêts à les répéter devant la société » (i). M. Surbled espère beaucoup de celle-ci : « Notre avenir est donc plein de promesses ; mais il n'est assuré qu'à la condition de se garder des conclusions extrêmes ou prématurées et surtout de l'ignorance qui caractérise la déplorable théorie du bloc, encore chère à nombre d'auteurs » (ib.). — Remarquons seulement, en passant, que la théorie du bloc, si on l'entend bien, ne mérite le dédain d'aucun vrai savant: c'est celle d'après laquelle l'ensemble de l'hypnotisme est mauvais; c'est celle encore qui regarde les phénomènes hypnotiques comme formant un tout continu depuis les plus simples jusqu'aux plus extraordinaires, sans qu'on puisse marquer absolument et pour tous les cas la limite du naturel et du diabolique. Si une science incomplète éloigne parfois de la théorie du bloc ainsi comprise, un peu plus de science et d'expérience y ramène, comme nous le verrons par l'exemple du docteur Hélot.

Mais i\l. Surblcd croit mieux défendre ainsi la cause de l'apologétique chrétienne. Aussi énergiquement que personne, il affirme le miracle contre tous les ennemis du surnaturel et la possibilité de le démontrer. Mais pourquoi faut-il qu'il ajoute aussitôt que le miracle est en soi mie œuvre naturelle? Il ne peut justifierces paroles, qu'il a luimême soulignées, surtout en ce qui concerne les miracles de tout premier ordre, par exemple ceux que S. Thomas appelle miracles quant a la substance mêmedu faity comme la glorification du corps des bienheureux.

Citons encore quelques extraits d'un article que M. Surbled a publié dans la Science catholique (août 1899) et qui est intitulé : Les fi^ontières du surnaturel. Ce titre est-il d'accord avec l'affirmation précédente ? Nous ne voulons pas maintenant l'examiner. Regardons plutôt au contenu de

(i) Revue du monde invisible^ i5 janv. 1900.

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l'article. Nous y relevons d'abord cette proposition : « On ne saurait regarder la sorcellerie comme synonyme de dia^ blerie; et la foi ne perd rien à ce que l'antique croyance soit reléguée au nombre des fables et des erreurs n (p. 772). Sans doute M. Surbled corrige ou à peu près ce qu'il y a de faux dans cette affirmation ; mais il eût mieux valu ne pas la prononcer. Car il ne suffit pas de dire que les sorciers, au inovcn âge, furent souvent des fourbes, des charlatans, des malins ou même des savants qui abusaient de la crédulité ou de l'ignorance de leurs conteinporains ; ces réserves n'empêchent pas que la sorcellerie ne soit essentiellement une superstition et une espèce de diablerie.

Dans la citation suivante, M. Surbled exprime de nouveau ses espérances scientifiques : « On va répétant que la communication à distance est naturellement impossible, que la télépathie est d'ordre préternaturel, que le diable préside nécessairement à la correspondance des âmes! De telles affirmations sont vraiment trop hâtives, gratuites, injurieuses pour la science : on ne saurait les approuver. Est-ce que les relations actuelles sont comparables à celles d'antan ? Le passé est garant de l'avenir. La communication instantanée entre deux hommes éloignés était impjossible autrefois: elle se réalise aujourd'hui parle fil télégraphique. La transmission électrique a surpris et émerveillé les gens, elle ne nous étonne plus ; mais elle se perfectionne tous les jours, et Dieu sait où elle arrivera. Ne se fait-elle pas déjà sans fil, grâce aux beaux travaux de Branly et de Marconi ? La vision à travers les corps opaques ne s'opère-t-elle pas au moyen des rayons X ou de Rœntgen ? Ces découvertes, ces merveilles de la physique moderne en laissent pressentir d'autres, et peut-être la cause de la télépathie. En tout cas, quelle que soit l'explication réservée par l'avenir, le fait de la télépathie est établi sur des bases incontestables, et aucune raison ne nous oblige à y voir la main du diable, bien que nous ne connaissions pas encore le secret de son mécanisme » (p. 780). — Nul, croyonsnous, n'a jamais prétendu que tous les faits de télépathie fussent diaboliques ; mais on peut raisonnablementafïirmer,

en attendant la découverte de nouvelles espèces de te'Ie'ara ph.e, que les phénomènes les plus extraordinaires de té ' pathie sont dus à l'intervention ou au ministère des espr' bons ou mauvais, anges ou démons. • '

Pour conclure ces observations par une critique générale nous craignons bien que M. Surbled ne se laisse sur • prendre à son tour, par des illusions plus dangereuses que

cellesqu .IcronobserverchezsescontradicteursTelleet telle conclusion ou - arrivesont le plus sûrindicequ'il se trompe de méthode II fournit ainsi lui-même le moyen de le reuterj..-.,w,„,c, enfin, puisqu'il poursuft. sembi ! t-.l, et de la mc-Mleure fo. du monde ses essais scientifiques « intéressants ., de lév.tation et peut-être de tables tiur nantes, nous le prions très sérieusement de tenter une de ces expériences cruciales; dont parle Bacon. Elle aurait lieu en présence de théologiens et de savants persuadés que es ^.ts sont preternaturels; les acteurs en seraient naLellement ceux qu, partagent une opinion contraire, et dont la conscience, par conséquent, n'est pas liée comme celle des précédents Mais les uns e, les autres, ou tout au moins les premiers, devraient demander l'autorisation de l'ordinaire et prendre tous les autres moyens que suggère la prudence chrétienne pour empêchertoute intervention diabolique I pourrait e.re imprudent, en elfet. de se risquer de son au'tonte pnvee sur un terrain neutre et même ennemi; car il n est pas rare que des chrétiens et des prêtres très recommandables deviennent les instruments inconscients d'opéra t on s diaboliques. M. Surbled s'olTusquerait moins q'ue personne des précautions qui sont indiquées ici Quant à 1 épreuve m me, elle était déjà demandl par Mgr Se qu, écrivait le ,5 juillet ,8,o : « S'il était de'monti' que ce' p nomene (la lévitation) appartient à l'ordre nature- e q ni relevé de la science, pourquoi n'en ferait on pas l'ex-

d^ sTvlîsT'^'t' f^"^'-'! — '• '^-ant une commislLn de savams? ,, Nous demandons seulement que l'expérience offre toute garantie au point de vue religieux de ^eme qu'au point de vue scientifique. L'issue T .s ^ai M. Surbled ou nous désabuserait nous-même. Nous serions

SUR l'hypnotisme

enchanté de sa victoire plus qu'il ne pourrait l'être de notre délaite. Songez donc quelles conséquences au point de vue scientifique et pratique, si le corps pouvait être affranchi de la pesanteur, ne serait-ce que pour quelques heures, au moyen de simples aspirations !...

Mais il ne sied pas de mêler ici aucune ironie à une invitation très sérieuse, dont Tobjet est une tentative fort grave, que nous n'ostrions pour notre part affronter sans trembler. En y répondant avec toute sa loyauté de chrétien et de savant, M. Surbled réaliserait le dessein qu'avait formé la société des sciences psychiques, qui fit concevoir d'abord de si belles espérances (i).

S0M.MAIRE : le docteur Hélot. Son autorite exceptionnelle en ces matières. — L'hypnotisme franc est un hypnotisme incomplet et tronqué. —Juste inierprciation de sa thèse. — Conclusion.

M. le docteur Hélot, dont la compétence ici est exceptionnelle, professe des doctrines bien différentes de celles qui viennent d être exposées. Il a publié en 1897 un ouvrage considérable : Névroses et possessions diaboliques, précédé d'une approbation de l'Ordinaire, l'archevêque de Rouen, motivée elle-même par le rapport très élogieux du professeur de théologie morale du grand séminaire (2). Associé souvent comme expert et témoin à des commissions ecclé-

(i) Au dernier moment, nous apprenons de M. Surbled lui-même, qu'il vient de rompre avec la Revue du monde invisible ei la société* des sciences psychiques : il renonce désormais aux pratiques de l'hypnotisme. Nous le félicitons cordialement de cette résolution, dont bénéficieront ses autres travaux, qui lui ont v^lu déjà une si grnnde et si honorable notoriété. — Mais l'invitation que nous lui adressons, nous nous permettrons de la faire à Mgr Méric, qui ne saurait la refuser.

(2) l.e grand séminaire de Rouen est dirigé par les Pères des Sacrés Cœurs (dits de Picpus), dont l'eloignement est exigé aujourdhui par un gouvernement persécuteur.

siastiques chargées d'examiner des cas de possession et d'obsession, il a observé, en outre, depuis trente ans nombre de cas extraordinaires parmi les personnes de sa clientèle. Après avoir longtemps partagé, avec ses maîtres des convictions plus ou moins favorables à l'hypnotisme il a douté, cherché et fini par embrasser une doctrine tout opposée. Elle est résumée dans un opuscule récent : Le diable dans Uiypnotisme (i) Telles de ses formules pourront paraître empreintes d'exagération et nous-même nous n'y souscririons pas sans réserves. Mais on verra, par les explications qu'il en donne, que ses conclusions sont des plus sages.

Le docteur rappelle d'abord qu'il a réfuté la thèse principale du P. Coconnier (2), que nous avons critiquée nousmême dans la Suggestion hypnotique. Cette thèse consiste à soutenir qu'il y a un hypnotisme jranc, scientifique, tout à fait distinct de l'hypnotisme superstitieux et qui, par conséquent, se justifie en théorie et en pratique. Mais, comme le montre le docteur Hélot, « Vhypnotisme franc,, ainsi nommé parce qu'on le suppose affranchi de tous les phénomènes préternaturels qui peuvent l'accompagner, n'est qu'un hypnotisme incomplet et tronqué, artificiellement composé de phénomènes choisis, et, pour les besoins de la cause, séparés d'autres phénomènes transcendants, tellement mêlés, enchevêtrés, solidarisésavec les premiers, qu'on n'en saurait distraire une paitie, sans s'exposer à juger faussement de l'ensemble. Vouloir apprécier l'hypnotisme, en écartant arbitrairement les faits les plus graves qu'il porte à son actif n'est-ce pas tomber de gaieté de cœur dans le sophisme de Xénumération incomplète? Si quelques symp-

(i) Publié chez Bloud et Barrai, dans la collection Science et religion^ études pour le temps présent.

(2) L'ouvrage du P. Coconnier, VHypnotisme francy a été réfuté dans plusieurs de ses propositions fondamentales par divers auteurs, qui professent d'ailleurs des opinions différentes sur l'iiypnotisme. Citons, outre le docteur Hélot, le docteur Imbert-Gourbeyre, VHypnotisme et la stigmatisation, et même le docteur Surbled, qui n'approuvait complètement ni les conclusions du P. Coconnier ni les nôtres.

SUR l'hypnotisme 325

tomes isolés se peuvent expliquer naturellement, il ne s'ensuit pas nécessairement que, liés à d'autres phénomènes extra-naturels, ils ne puissent eux-mêmes relever de la même cause. Et si parfois l'état d'hypnose ne présente aucun signe certain d'une intervention extra-naturelle, on ne saurait, en présence des faits si fréquents où cette' intervention est certaine, affirmer a priori que l'hypnose échappe toujours en ce cas à l'ingérence d'êtres supérieurs a notre nature, et ne favorise pas au moins leur action. » Ht cette conclusion du docteur Hélot a d'autant plus de poids qu'elle n'a prévalu dans son esprit qu'à rencontre de préjugés antérieurs, prétendus scientifiques. Après avoir constaté que la thèse du P. Coconnier fut trop bien accueillie non seulement par les incrédules, mais encore par des savants catholiques, il poursuit en ces termes : « Je serais d'autant moins autorisé à leur faire un crime de leur manière de voir que je l'ai moi-même longtemps partagée, et que j'ai mis près de quinze ans, en plusieurs étapes, à me former une opinion contraire... Entraîné presque inconsciemment dans la pratique du magnétisme, j'ai pu étudier de près sa nature, ses inconvénients, ses dangers. Appelé enfin comme expert et témoin dans près d'une centaine d'exorcismes,je me suis convaincu des rapports très intimes que présentent les possessions certaines avec les phénomènes de rhypnose... »

Finalement le docteur Hélot a été amené à nier sans aucune concession la thèse du P. Coconnier: « Pour éviter toute équivoque, dit-il, je poserai donc très carrément la thèse contradictoire : L'Hypnotisme est intrinsèquement MAUVAIS et j'essaierai de la démontrer par trois propositions non moins catégoriques; 1° L'hypnotisme est contraire à r ordre divin quil tend à renverser; 2° Le diable seul peut être l^auteur des phénomènes hypnotiques ; 3° L'hypnoiisme est une évocation au moins implicite du démon. » — Encore une fois nous reconnaissons qu'on peut critiquer ces formules ; mais on a vu déjà et l'on verra mieux encore par ce qui suit que l'auteur lui-même leur donne la meilleure interprétation.

Voici, par exemple, comment il re'pond à une objection proposée par un professeur de l'Université caiholi.juede Lille. Elle est motive'e par la condamnation en bloc des phénomènes hypnotiques. — Réponse : i° « L'Eglise et les théologiens ne se font pas faute de condamner en bloc des séries de faits parce qu'il s'en trouve de mauvais dans le nombre. L'index ne condamnait-il pas en bloc tous les ouvrages sortis d'une plume hérétique ? Et ne proscrit-il pas encore tel ou tel livre de tel auteur, et en bloc les autres ouvrages qu'il a publiés ? — 2° La réprobation que je fais de l'hypnotisme ne s'appuie-t-elle pas sur la condamnation toute semblable que l'Eglise fait des tables tournantes et du spiritisme, où peuvent se glisser cependant des phénomènes purement physiques ou physiologiques parfaitement naturels ? — 3° Je ne condamne, en définitive, que les faits d'hypnotisme certainement surnaturels qui dans l'espèce, ne peuvent venir que du diable, ou les faits évidemment immoraux, condamnation sûrement ratifiée par l'Eglise. Je ne proscris les autres qu'en raison de leur solidarité avec les premiers^ de la difficulté de les en séoarer sûrement, du danger fréquemment justifié de favoriser ou de provoquer des phénomènes franchement mauvais, en ne cherchant que les douteux, et de passer ainsi presque inconsciemment d'une catégorie à l'autre. Si j'ai dit quelque chose de plus, ma plume a certainement trahi ma pensée ».

C'est la même interprétation si modérée que nous trouvons dans la réponse aux docteurs des Chesnais et Alvarez: « La plupart des suggestions sans sommeil furent certainement naturelles et comparables à celles que tous les médecins emploient depuis longtempsavecle mémesuccès, la ?nica partis et l'eau claire, ou la menace du fer rouge, etc. Ce n'est plus là de l'hypnotisme. Mais si l'on a recours à l'hypnose provoquée, avec sommeil, qu'on nous permette de douter qu'elle soit naturelle. Ce simple doute basé sur les premiers effets de l'hypnose {actes invincibles et inconscients) nou^ empêcheront toujours d'y recourir... »Qnele diable « ne s'y montre pas toujours (dans l'hypnose), le fait

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est admissible, mettons qu'il soit probable que parfois même on pu.sse être certain de la naturaiité dl telesTu .//«expériences, nos honorables contradicteurs sont trop bons log.aens pour conclure si légèrement du particulier au gênerai et de 1 absence d'un fait in particulari à sa non existence m génère » (p. 56).

Signalons encore les remarques suivantes qui s'appliquent a certains praticiens catholiques : « Si quelques hypnonstes, et des plus honorables, ont pu se vlnter, comme le docteur Grasset, de n'avoir jamais porté préjudi e àTr! sonne et s, d autres peuvent affirmer que aniais ils n'ont

rencontre de fans vraiment surnaturels, comment ne pas cramdre une grande illusion de leur part ? Combien de foîs nclesa-t-on pas pris en flagrant délit d'oubli ou de sudpression volontaire des circonstances les plus graves et L plus carac.éristiques ?„ (p. 4,) „ Loin de moi la pensée de mettre en doute la bonne foi et la sagacité des maîtres de nos , ours qu, ne retrouvent plus ces phénomènes trans-

enants autrefois si communs; mais comment expliquer

(pi)'' ''"' '"''' ''' '*''■" ^'^"-^ générale ? »

Citons enfin cette parole, qu, résume les conclusions

pratiques du docteur Hélot;elle est aussi modeste dans

cluZT" ''"^ '' ^°"'^ •■ " ^'^ "'-^ P'"« à nous,

catho ques, qui avons montré le caractère au moins accidentellement diabolique de l'hypnose, de nous préoccuper de tr.cer les limites si difficiles à fixer entre le naturel eile surnaturel, c est à nos adversaires de prouver que tel! phénomènes incriminés sont purement naturels. Quant à nous, nous n affirmons rien que nos doutes bien justifiés, et en attendant qu on daigne les lever, nous suivons pru^ demment 1 adage : Dans le doute absliens-toi ,, (,)

route cette doctrine nous n'avons cessé, pour notre part, de eabl.ret de la défendre dans une série de conférences et d études critiques publiées depuis 1S87. Elle peut se

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