PRÉFACE. III
PRÉFACE
Daxs l'espace de ces vingt-cinq dernièresannées, des travaux considérables, soit de traduction , soit de haute critique , ont été accomplis en France sur plusieurs points d'histoire de la Philosophie. Toutefois , sauf quelques rares et précieuses exceptions, aucun travail n’a été entrepris sur l’ensemble d’une époque ou d’une école.
Cette tâche est celle que nous nous sommes proposée , en ce qui Concerne la Philosophie Ionienne. A l'exception de quelques dissertations de l’abbé de Canaye, sur Thalès et Anaximandre, insérées dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions , nous ne sachions pas qu'aucun travail important ait été publié
ΙΝ PRÉFACE
en France, sur l’Ionisme. Il n’en est pas de même de l’Allemagne, qui possède sur cette Philosophie les savantes recherches de Goess, de Schleiermacher, de Carus, sans compter les travaux plus considérables de Tiedeman, de Fülleborn, de Bouterwek et de Ritter.
Nous avons réuni, dans le travail que nous soumettons aujourd'hui au jugement du public savant, un très grand nombre de documents. Près de deux cents textes grecs ou latins, consistant soit en fragments de divers philosophes Jouiens , soit en témoignages relatifs à leur vieet sur-tout à leurs doctrines, ont été recueillis par nous des écrits de Simplicius , de Diogène de Laërte, de Sextus-Empiricus, de Platon, d’Aristote, de Plutarque, de Cicéron, de Lucrèce, d'Eusèbe, etc. Nous nous sommes attaché à reproduire intégralement ces différents textes, et à en donner la traduction.
Deux plans s’offraient à nous dans le travail que nous entreprenions : ou bien
PRÉFACE. Y
dborder successivement chacun des points importants de la Philosophie Jonienne , par exemple, la question de la Cause matérielle, la question de la Cause efficiente , etc. , et exposer les diverses solutions que chacune de ces questions avait reçues des divers philosophes ; ou bien retracer, d’après la mé.
thode historique et chronologique, les travaux de chaque philosophe , en partant de Thalès, fondateur de l’Ionisme, pour aboutir à Archélaüs, son dernier représentant. Chacune de ces deux méthodes apportait avec elle ses avantages.
La première, plus scientifique peut-être, et que nous avions d’abord tentée, nous a paru, à côté de ses mérites, entraîner quelques inconvénients graves,en ce que d’abord, elle ne s’accommodait guère des détails biographiques relatifs à chaque philosophe , et que d’ailleurs , elle ne comportait pas, au mêmie degré que la seconde, des textes nombreux, des ἰόmoignages multipliés, des détails circonstanciés, sur la nature de chaque
vi PRÉFACE.
doctrine philosophique. Nous avons dû préférer la méthode monographique, qui vous permettait tout à la fois plus d’abondance et de clarté. Mais en même temps, nous avons, autant qu'il était en nous, opéré l'alliance des deux procédés indiqués, en ajoutant à la série de ces monographies , une /ntroduction sur le caractère général de la Philosophie Jonienne. Joignant ainsi la synthèse à l'analyse, nous croyons avoir réuni les avantages de l’une et l’autre méthode, et évité les inconvénients où l'exclusion absolue de l’une des deux nous eût inévitablement entrainé.