ÉCOLE D'ÉRÊTRIE
pon, Στίλπωνα δὲ ἐτεθαυμάκει, et, chose plus décisive encore, qu'il excellait dans léristique , ἐριστικῶτατός τε ἦν, assertion fondée sur le témoignage d'Antisthène en ses Successions , καθά φησιν ἀντισθένης ἐν διαδοχαῖς. Voici, ἃ cette occasion, toujours d'après Diogène', un argument qu'il avait coutume de poser : « Deux choses «étant données, l’une est-elle diflérente de « l'autre? Assurément. Or, l’utile et le bien « sont-ils deux choses? Sans doute. Le bien « n’est donc pas utile. » Faut-il en conclure que Ménédème niât sérieusement le caractère d'utilité dans le bien? Ce serait, ce nous semble, attacher trop d'importance à un saphisme, et il ne faut voir autre chose dans le raisonnement proposé qu'un de ces exercices éristiques si familiers à cette école de Mégare dont Ménédème avait été ledisciple. C’est à cette même école que Ménédème avait appris l’art d’envelopper sa pensée, dusxaravonros *, et de soutenir habilement une discussion, ἐν τῷ συνθέσθαι δυσανταγώνιστοςἢ. Diogène de Laërte ajoute que Ménédème rejetait les propositions négatives, et n’admettait que les affirmatives; et que, parmi ces dernières, il ap-
. Diog. L., 1. T1, ἐκ Mencdem.
2 Ibid.
8 Ibid.
. MÉNÉDÈME. 194 prouvait surtout les propositions simples, et condamnait les autres, qu’il appelait conjonctives et complexes, dupe καὶ τὰ ἀποφατικὰ τῶν ἀξιωμάτων, καταφατικὰ τιθείς, καὶ τούτων τὰ ἁπλᾷ προσδεχόμενος, τὰ οὐχ ἁπλᾷ ἀνήρει, λέγων δὲ συνημμένα καὶ συμπεπ-λεγμένα ᾽. D'après le témoignage du même historien, Ménédème joignait à une grande souplesse d'esprit une remarquable facilité d’élocution, ἐστρέφετό τε πρὸς πάντα, καὶ εὐρησελόγει᾽. Antigone de Caryste”, dans Diogène de Laërte, dit que ce philosophe portait une telle ardeur dans la discussion, que son regard étincelait. Diogèneajoute qu'il enseignait avec simplicité, sans appareil, et qu'on ne voyait dans son école ni siéges régulièrement disposés, ni rien de semblable, mais que chacun l’écoutait soit assis, soit debout, soit en se promenant, à volonté. S'il faut en croire le témoignage d’Antigone de Caryste, dans Diogène de Laërte', Ménédème n’a rien écrit ni composé , γράψαι αὐτὸν μηδέν, μηδὲ συντάξαι, et ne fut l'auteur d'aucun dogme, ὥστε μηδὲ στηρίζειν ἐπί τινος δόγματος. 1] est resté pourtant des éré-
1 L. IT, in Menedem.
? L. I], in Meneaem.
Vivait vers la fin du règne de Piolémée-Philadelphe, c’est-à-dire vers 350 avant J.-C.
δ L. IT, in Menedem.
δ Jbid.
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triens un précepte moral, conservé par CGicéron', et qui consistait à dire que le bien réside tout entier dans l'esprit et dans cette faculté de l'esprit à laquelle nous devons de concevoir le vrai. « À Menedemo autem, quod is Eretria « fuit, eretriaci appellati : quorum omne bonum « in mente positum et mentis acie, qua verum « cerneretur*. » Ce précepte, rappelé par Cicéron, n’appartenait pas seulement aux érétriens ; il pouvait être réclamé en même temps par les mépgariques ; et l’adoption commune qu’en firent ces deux écoles, constitue entre elles, indépendamment de tous les rapports qui les unissent d’ailleurs, un lien bien évident. En effet, que disaient les mégariquesavec Euclide?Ilsaffirmaient que lebien, ἀγαθόν, était un, ἕν, etils lui donnaient en même temps les uoms de νοῦς et de φρόνησις. Or, nous retrouvons cette unité, en tant que caractère fondamental du bien, chez les érétriens comme chez les mégariques, puisque les érétriens n’admettaient de bien que celui qui résidait dans l’esprit. Cet omne bonum in mente positum des
1 Acad., IT, 42.
? Ce principe est bien évidemment celui qui inspira la réponse de Stilpon , l’un des maîtres de Ménédème , à Démétrius Poliorcète , lorsque, après la prise de Mégare, ce prince demandant au philosophe s’il n’avait rien perdu : « Non, dit-il, puisque je possède encore tout mon savoir.»
MÉNÉDÈME. 193 érétriens n’est donc autre chose que le ἀγαθὸν ἕν appelé νοῦς par les mégariques. De plus, ce même ἀγαθὸν ἕν auquel les mégariques donnaient le nom de φρόνησις, n’est-il pas précisément le omne bonum positum in mentis acie, qua verum cernitur, admis par les érétriens ? Ces rapprochements n’ont rien de contraint ni de subtil ; ils nous semblent fondés sur une juste interprétation de l’esprit et de la forme des deux préceptes. Et cette analogie n a pas échappé à Cicéron, lorsque, mentionnant le précepte des érétriens, il ajoute : « ΠΠ1 (Megarici) similia, sed explicata « uberius et ornatius. » Non-seulement donc Ménédème fut l’élève de Stilpon et des mégari-ques; mais encore lui et les érétriens ses disciples adoptèrent un dogme philosophique que l’école de Mégare, dès Euclide son fondateur , avait posé comme fondamental.
Quels furent, dans l’école d’Érétrie, les disciples de Ménédème et de son ami Asclépiade ? c’est ce qu’il est impossible de déterminer. Il faut qu'ils aient été bien obscurs, puisque leurs noms ne se trouvent pas mentionnés dans Diogène de Laërte. Ménédème, d’après le récit d'Héraclide, rapporté plus haut, mourut à l’âge de soixantequatorze ans. Sa mort ayant eu lieu, d’après le récit du même historien dans Diogène de Laërte,
1 L. IT, in Menedem.
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sous le règne d’Antigone Gonatas, qui monta sur le trône vers l'an 276 avant J.-C. , on peut conjecturer que Ménédème était né vers 350. L'école d’Érétrie s’éteignit avec son fondateur.