‹ Mélanges philosophiquesChapitre 76 sur 88 · ANCIEN RECTEUR D’'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

ANCIEN RECTEUR D’'ACADÉMIE

(Extrait de la Nouvelle Biographie générale, publiée par MM. Firmin Didot.)

Jouffroy (Théodore-Simon) naquit en 1796, au hameau des Pontets, près de Mouthe, département du Doubs, et mourut à Paris, le 4 février 1842. Son père était agriculteur et en même temps percepteur de sa commune. Vers l’âge de dix ans, le jeune Théodore fut confié à l’un de ses oncles, ecclésiastique et professeur au collége de Pontarlier. Ce fut au collége de cette ville qu’il fit la plus . grande partie de ses études classiques; puis il alla, comme élève de rhétorique, les achever au lycée de Dijon. Il y fut remarqué, parmi les plus brillants élèves, par M. Roger, inspecteur général des études et membre de l’Académie française, qui, au commencement de l’année 1814, obtint son admission à l’École normale. Une conférence de philosophie venait d’être confiée à M. Victor Cousin; le jeune Jouffroy suivit cet enseignement; et de même que, quelques années auparavant, M. Cousin s'était senti

philosophe en entendant les leçons de Laromiguière, de même Jouffroy eut conscience de sa vocation en écoutant l'enseignement de M. V. Cousin. En 1817, Jouffroy fut nommé élève répétiteur pour la philosophie à l’École normale, et, en même temps, il fut chargé d'un cours de philosophie au collége Bourbon, aujourd’hui lycée Bonaparte. Il quitta cette chaire en 1820, et, deux ans après, la suppression de l'École normale! lui fit perdre ses fonctions de répétiteur. Il ouvrit alors chez lui des cours particuliers, et devint en même temps collaborateur à quelques journaux politiques ou recueils littéraires, tels que le Courrier français, le Globe, la Revue Européenne, l'Encyclopédie moderne. Un assez grand nombre d’entre les articles qu’il y publia furent reproduits plus tard dans ses Mélanges philosophiques. En 1828, sous un ministère réparateur, Jouffroy reparut dans l’enseignement public, comme suppléant de M. Milon, dans la chaire de philosophie ancienne, à la Faculté des lettres de Paris. Mais ce ne fut qu’à la révolution de 1830 que les portes de l’École normale se rouvrirent pour lui : il y rentra en qualité de maître de conférences de philosophie, en même temps qu'il était nommé, à la Faculté des lettres de Paris, professeur adjoint de l’histoire de la philosophie moderne, dont le titulaire était alors Royer-Collard. Ce fut là que Jouffroy fit une série de leçons sur le droit naturel, qui,

1. Cette école, supprimée en 1822 par M. de Corbière, fut rétablie en 18:26 sous le ministère de M. l’abbé ue Frayssinous, évêque d’Hermopolis. De 1826 à 1828, elle occupa un des quartiers du collége Louis-le- Grand. Vers la fin de 1828, elle fut transférée au collége du Plessis : elle portait alors le modeste nom d’École préparatoire. Son ancien nom, celui d'École normale, ne lui fut restitué qu’à la révolution de 1830. De collége du Plessis, rue Saint-Jacques, où elle resta jusqu’en 1845, l'Ecole normale a été transférée rue d’Ulm.

recueillies par la sténographie et imprimées, constituèrent dans leur ensemble, au nombre de trente-deux, le Cours de Droù naturel. En 1833, nous voyons Jouffroy succéder, au Collége de France, à M, Thurot, qui y avait exercé les fonctions de professeur de lettres et de philosophie grecques. Seulement, ce'cours fut changé pour Jouffroy en un cours de philosophie grecque et latine. Vers le même temps, Jouffroy fut élu membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, d’abord dans la section de morale, puis dans celle de philosophie. En 1835, une première invasion de la terrible maladie qui, sept ans plus tard, devait le conduire au tombeau, força Jouffroy à aller demander la santé au soleil de l'Italie. Ce fut à cette époque qu’il acheva sa traduction des Œuvres complètes de Thomas Reid, travail qui, avec la traduction des Esquisses de Philosophie morale de Dugald-Stewart, et les Préfaces ou Introductions annexées par Jouffroy à ces traductions, contribua puissamment à populariser en France cette philosophie écossaise dont Royer-Collard, dans son cours à la Faculté, avait donné de si savantes analyses. De retour à Paris, Jouffroy quitta, en 1838, sa chaire du Collége de France pour la place de bibliothécaire de l’Université, devenue vacante par la mort de Laromiguière, et, en même temps, il échangea, à la Faculté des lettres, la chaire d’histoire de la philosophie moderne contre la chaire de philosophie, que Laromiguière laissait également vacante. Mais, dès cette même année, sa santé l’ayant forcé à se faire suppléer, il choisit à cet effet M. Adolphe Garnier‘, l’un de ses anciens élèves, qui l'avait aidé

1. Voir dans la Nouvelle Biographie générale notre Notice biographique sur M. Adolphe Garnier.

dans sa traduction des Œuvres de Reid. En 1840, M. Cousin, devenu ministre de l'instruction publique, appela Jouffroy au conseil de l’Université. Il y siégea jusqu’à sa mort, et fut, à son tour, remplacé par M. Cousin. Dès 1831, Jouffroy appartenait à la Chambre des députés où il avait été appelé par l’arrondissement de Pontarlier. « Jouffroy, dit M. Adolphe Garnier, qui a publié dans le Dictionnaire des Sciences philosophiques un excellent travail sur sa vie et ses écrits, n'occupa point à la Chambre le rang qui appartenait à son mérite. Il fut d’abord étonné de la multiplicité des questions et de la rapidité avec laquelle on les décidait : « La loi est votée, disait-il, avant que j'aie pu la comprendre : » Il ne savait pas encore que souvent on adopte ou rejette une loi, moins d’après le mérite de la mesure en elle-même que d’après le parti auquel on appartient, ce qui abrége le temps et l'étude. Il débuta par proposer à la Chambre le changement de son règlement sur les pétitions ; il voulait que les commissions fussent juges du mérite des demandes, et n’offrissent à la Chambre que celles qui mériteraient de l’occuper. Il pensait qu'on aurait ainsi plus de temps pour traiter des affaires sérieuses. Mais les assemblées n'aiment pâs que les nouveaux venus réforment leurs usages, et la proposition fut rejetée. La promptitude des décisions ne fut pourtant pas ce qui embarrassa le plus Jouffroy : il fut bien plus arrêté par la faiblesse de sa poitrine. Nous dirons, en empruntant une ingénieuse expression de M. Villemain, qu'il aurait pu « se faire entendre à force de se faire écouter ; » mais c’eût été au prix d'efforts pénibles pour l’assemblée, plus pénibles encore pour l’orateur. 11 monta donc rarement à la tribune. Il y parut cependant en deux occasions éclatantes

pour lui : dans la première, il contribua à sauver le ministère par un excellent discours, en montrant qu’il n’y avait entre les ministres et l’opposition qu’une différence de nuances et pas de dissentiment fondamental; dans la seconde, c'était en 1840, chargé de rédiger l'adresse, il crut que le ministère nouveau devait se distinguer de celui qu'il remplaçait par quelque différence profonde; il marqua cette différence, et il fut surpris de se voir abandonné de la majorité, et, par conséquent, du ministère lui-même. Cet échec exercça une influence funeste sur la santé de Jouffroy, déjà fortement ébranlée. Ses amis le pressaient de retourner dans cette Italie où il avait déjà trouvé son salut; il crut pouvoir résister au mal sans changer de climat; mais il ne fit plus que languir, et, en février 1842, après s'être vu lentement affaiblir, il s’éteignit. Il ne démentit pas un seul instant le calme et la fermeté de son âme ; il voulut, pendant les derniers jours, se recueillir dans une solitude complète; il n’admit auprès de lui que sa femme et ses enfants. Il ordonna de fermer les volets de ses fenêtres; il se priva même de la société de la lumière, et demeura seul avec sa pensée jusqu’au moment de sa mort. »

Voici l'indication des divers ouvrages de Jouffroy dans l'ordre chronologique de leur publication :

1. Traduction des Esquisses de philosophie. morale de Dugald-Stewart. 1 vol. in-8. Paris, 18251. Α sa traduction du texte anglais, Jouffroy a joint une Préface, qui, par

son développement, et surtout par l'importance des ques-

tions qui y sont abordées et résolues, a elle-même la valeur d’un véritable livre. Les principaux points traités

Page 1