Voir les t. 11, IV, XII, XIX, XX
par Jouffroy lui-même, était restée incomplète; elle a été augmentée, en 1842, d'un troisième volume, par M. Damiron, d’après les notes laissées par Jouffroy. La seconde, 2 vol. in-8, a été publiée en 1843, par M. Damiron, après la mort de l’auteur. La troisième, 2 vol. in-12, a paru en 1858. L'auteur de la présente Notice a donné ses soins à la publication de cette troisième édition, comme il les a donnés également aux publications faites en 1860 et en 1861, des nouvelles éditions des Mélanges philosophiques dont il a été déjà parlé, et des Nouveaux Mélanges, dont il sera parlé ci-après. Le Cours de droit naturel se compose de trente-deux leçons faites à la Faculté des lettres de Paris, par Jouffroy, en qualité de professeur adjoint à la chaire d'histoire de la philosophie moderne, dont le titulaire était Royer-Collard. Après quelques leçons préliminaires, ayant pour objet la description des faits moraux de la nature humaine, l’auteur expose et apprécie le système fataliste, le système mystique, le système panthéiste, le système sceptique, le système égoïste, le système sentimental , enfin le système rationnel, et consacre ses cinq dernières lecons à des vues théoriques.
V. Nouveaux Mélanges philosophiques, 1842, in-8; et 1861, in-12, 1 vol. ; précédés d’une notice, et publiés après la mort de l’auteur, par M. Ph. Damiron, membre de l'Institut, collègue et ami de Jouffroy. Les morceaux dont se compose ce volume sont les suivants : De l’organisation des sciences philosophiques; De la légitimité de la distinction de la psychologie et de la physiologie’; Rapport sur le con-
1. Rapprocher ce morceau de la Préfaces des Esquisses, ainsi que du merceau des premiers Mélanges, intitulé De La Science psychologique.
cours relatif aux Écoles normales; Discours prononcé à la distribution des prix du collége Charlemagne (août 1840); Ouverture du cours d'histoire de la philosophie ancienne à la Faculté des lettres de Paris, en 1828, 1'° leçon; Fais et pensées sur les signes; Leçon sur la sympathiet.
VI. Cours d'esthétique, 1 vol. in-8, 1848 3, publié, après la mort de l’auteur, par M. Damiron, d’après les rédactions et les notes de M. Delorme, l’un des auditeurs de ces cours particuliers, professés par Jouffroy de 1822 à 1828. Ce cours, divisé en quarante leçons, est précédé d’une Préface de l'éditeur, et suivi d’un Appendice composé de trois morceaux ainsi intitulés : Que le sentiment du beau est différent de celui du sublime, et que ces deux sentiments sont immédiats — Beau, agréable, sublime — De l'imitation. Le premier de ces trois morceaux était originairement une thèse pour le doctorat, écrite et soutenue par Jouffroy, en août 1816, lors de sa sortie de l’École normale.
On voit, par les titres de ces divers écrits, que, bien que Jouffroy n’ait pas composé ce qu’on pourrait appeler un système complet de philosophie, cependant toutes les grandes questions de la science ont trouvé place dans ses travaux. Toutefois, Jouffroy est, avant tout, un psychologue, et, comme tel, il s’était formé à la grande et sage école des Écossais. Sans vouloir rien ôter ici au mérite de la remarquable Préface que Jouffroy a mise en tête de sa traduction des ÆEsquisses de philosophie morale de Dugald-Stewart, nous devons faire observer qu'avant lui Reid, dans quelques excellents chapitres de ses Essais sur les facultés intellectuelles de l’homme *, avait montré la
1. Du 7 février 1834, à la Faculté des lettres de Paris. 2. N'a eu jusqu'ici (juin 1861) qu’une édition. 3. Essai premier, chapitres v et vi intitulés : Des vrais moyens de
possibilité d’une science psychologique, et indiqué les moyens à employer pour constituer cette science. L’écrivain écossais s’est même mieux tenu que le philosophe français dans les termes d’une exacte vérité, en ce que, tout en décrivant les moyens de connaître les opérations de l'esprit, il n’a pas craint de montrer, et même dans toute leur étendue, les difficultés attachées à cette étude. Quoi qu’il en soit, il serait injuste de méconnaîftre le talent et la vigueur avec lesquels Jouffroy, dans la Préface dont nous parlons, a soutenu, contre les prétentions d’un physiologisme exclusif, la possibilité d'une science psychologique. Il commence par démontrer, en faisant appel à la conscience individuelle de chacun de nous et à la conscience générale de l’humanité, qu'il y a toute une variété de phénomènes qui se passent dans le for intérieur, tels que nos idées, nos volontés, nos sensations, et que ces faits internes, dont nous avons conscience, sont d’une réalité tout aussi certaine que les choses que notre œil voit et que notre main touche. S'il y a ainsi deux vues, l’une sur le dehors par les sens, l’autre sur le dedans par le sens intime, il y a donc aussi deux sortes d’observations, l'observation sensible et l’observation interne. De même que c’est par une attention persévérante et soutenue que le naturaliste dépasse la connaissance vague et imparfaite que le commun des hommes a des choses extérieures et parvient ainsi à une connaissance plus distincte et plus complète de la nature, de même ᾿ c’est par la considération attentive des phénomènes intérieurs que le psychologue peut élever à l'exactitude d’une
connaître les opérations de l'esprit. — De la difficulté d'étudier les opérations de l'esprit.
notion scientifique l’idée vague de ce qui se passe en nous. On peut donc constater d’une manière scientifique les lois des phénomènes intérieurs, et en tirer des inductions par le raisonnement; et, à cet égard, la science des faits internes est placée dans les mêmes conditions que celle des faits extérieurs. Mais cette science est-elle susceptible de transmission et de démonstration ? Ce second point est résolu par Jouffroy non moins péremptoirement que le premier. Rien ne se passe en nous dont nous n’ayons conscience. Il n’est donc pas un seul phénomène intérieur, parmi les faits constitutifs de notre nature morale, que le dernier paysan, comme le plus grand philosophe, n’ait éprouvé et senti plusieurs fois. Seulement, le philosophe, qui a observé ces phénomènes, en a une idée précise, tandis que la plupart des hommes, qui n’étudient pas ce qui se passe en eux, n’en ont qu’une idée vague, et par là qu’un souvenir confus. Eh bien, c’est à cette idée vague, c’est à ce souvenir confus, que s’adresse le philosophe. Il aide ses auditeurs ou ses lecteurs à en faire l’analyse et à en remarquer successivement tous les éléments. Telle est la manière dont Jouffroy estime que peut se transmettre la notion des faits de conscience. Si donc, d’une part, il est possible d’observer et d'étudier en nous les phénomènes du monde intérieur, et si, d’autre part, il est possible de transmettre à autrui la notion ainsi acquise de ces phénomènes, la psychologie mérite de prendre place parmi les sciences positives; et que deviennent alors les dédains des naturalistes exclusifs, pour qui la science de l’homme se ramène tout entière à la seule étude des fonctions physiologiques ? Jouffroy a pris soin, du reste, de poser d’une manière bien nette la limite qui sépare la psychologie d'avec la physiolo-
gie‘.Le monde interne lui paraît de tous points limité par la conscience, et, avec lui, la psychologie, dont l’objet est d’éclaircir ce que la conscience sait du for intérieur. Le corps est donc exclu de l’objet de la psychologie : « Chose singulière, dit Jouffroy ?, si le corps était l’homme! Mais (6 moi ne se reconnaît pas dans cette masse solide , figuτόρ, étendue , et perpétuellement changeante, qui l’enveloppe , et qu’il nomme lui-même le corps. Non-seulement il ne s'y trouve pas, mais il la regarde comme une chose extérieure à lui, qui, à la vérité agit sur lui, et sur laquelle il agit, mais qui, malgré ces rapports d’action réciproque, ne se confond pas plus avec lui que les planètes qui gravitent dans les cieux. »
Jouffroy s’est moins attaché dans ses écrits à résoudre des questions psychologiques, sauf cependant plusieurs questions de psychologie morale, qu’à déterminer avec précision l’objet, la certitude, le point de départ et la circonscription de la psychologie. Toutefois, on rencontre dans ses premiers et dans ses nouveaux Mélanges, plusieurs pages sur l'Amour de soi, sur l’Amitié, sur la Sympathie, qui sont autant de formes de la sensibilité, et notamment une étude sur les Facultés de l'âme humaine. À l'exemple de Laromiguière *, Jouffroy ne veut pas que l’on confonde les facultés avec les simples capacités. L'homme seul lui paraît posséder de véritables facultés, parce que chez l’homme seul le pouvoir personnel intervient dans
1. Voir indépendamment de la Préface des Esquisses, l’article intitulé De la science psychologique, dans les Mélanges philosophiques.