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Mélanges, art. De la science psychologique

3. Voir notamment, à cet égard, dans le Cours de droit naturel, la deuxième leçon, intitulée Faits moraux de la nature humaine.

4. Voir, dans la Nouvelle biographie générale , notre notice sur Laromiguière.

l'exercice des capacités ou propriétés, tandis que dans les choses c’est la nature ou plutôt Dieu qui agit. Cette distinction une fois posée, Jouffroy décrit la méthode qui lui paraît devoir être suivie pour arriver à déterminer les facultés de l’âme humaine. Cette méthode lui paraît devoir être la même que celle par laquelle nous déterminons les propriétés naturelles des choses. Le feu produit de la chaleur : il a donc la propriété de la produire. Certains corps conduisent l’électricité, ils ont donc la propriété d’être conducteurs de ce fluide. En général, on reconnaît qu'une chose a plusieurs propriétés quand elle manifeste plusieurs phénomènes d’une nature différente : chaque espèce de phénomènes suppose une propriété spéciale, et l’on reconnaît dans une chose autant de propriétés différentes qu'on y a observé d'espèces distinctes de phénomènes. C’est de la même manière que l’on parvient à distinguer les différentes facultés de l'âme. Guidé par cette méthode, Jouffroy croit pouvoir composer ainsi la liste de ces facultés : 1° le pouvoir personnel, ou ce pouvoir suprême que nous avons de nous emparer de nous-mêmes ainsi que des capacités qui sont en nous, et d’en disposer : cette faculté est vulgairement connue sous les noms de liberté ou volonté, lesquels, d’après Jouffroy, ne la désignent qu'imparfaitement; 2° les penchanis primitifs de notre nature, ou cet ensemble d’instincts ou de tendances qui nous poussent vers certaines fins et dans de certaines directions antérieurement à toute expérience, et qui, tout à la fois, indiquent à notre raison la destination de notre être et animent notre sensibilité à la poursuivre; 3° la faculté locomotrice, ou cette énergie au moyen de laquelle nous ébranlons les nerfs locomoteurs et produisons tous les mouvements volontaires corporels ; 4° la faculté ex-

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pressive', ou ce pouvoir que nous avons de traduire au dehors par des signes ce qui se passe en nous et de nous mettre par là en communication avec nos semblables ; 5° la sensibilité’ ou cette susceptibilité d’être affecté péniblement ou agréablement par toutes les causes intérieures ou extérieures, et de réagir sur elles par des mouvements d'amour ou de haine, de désir ou de répugnance, qui sont le principe de toute passion; 6° enfin, les facultés intellectuelles®, sous cette dénomination, Jouffroy comprend plusieurs facultés distinctes, dont il ne lui paraît possible de donner l’énumération et de décrire les caractères que dans un traité spécial sur l'intelligence. Telles sont, dans la théorie de Jouffroy, les six facultés de l’âme humaine. Il s'étend en de grands développements sur l’action de la première de ces facultés. Dans une analyse aussi délicate que savante, il remarque que l'empire du pouvoir personnel ne s'exerce pas en nous sans interruption. De même qu’un ouvrier prend et quitte tour à tour ses instruments, de même nous sentons la volonté tantôt s’emparer des capacités de notre nature et les employer à ses desseins, tantôt les délaisser et les abandonner à ellesmêmes, sans que pour cela elles cessent d'agir. Il remarque encore qu'ordinairement notre pouvoir personnel ne se retire pas en même temps de toutes nos facultés, et que c’est presque toujours parce qu'il est très-occupé à en diriger une qu'il délaisse les autres. Quelquefois cependant il y a défaillance à peu près complète de la person-

1. Voir le développement de ce point dans les Nouveaux mélanges.

2. Voir, dans les premiers Mélanges, les articles Amitié et Amour de soi, et, dans les Nouveaux mélanges, l’article Sympathie.

3. Voir, dans les premiers Mélanges, l’article intitulé Des facultés de l’âme humaine.

nalité, et c’est cette défaillance qui caractérise l’état de l’âme pendant le sommeil!. Et Jouffroy ajoute que nonseulement le pouvoit personnel ne gouverne pas toujours nos capacités naturelles, mais encore qu’il est facile de prouver qu'elles se sont primitivement mises en mouvement et développées sans lui. Ainsi, par exemple, nousne voulons nous souvenir que parce que nous savons que nous le pouvons. Or, comment saurions-nous que nous pouvons nous souvenir ? comment saurions-nous ce que c’est que se souvenir, si jamais nous ne nous étions souvenus ? 11 faut donc, de toute nécessité, que nous nous soyons souvenus spontanément une première fois, pour que nous ayons pu ensuile vouloir nous souvenir. Et le même raisonnement s'applique à toutes nos facultés. Maintenant, quelle nature Jouffroy attribue-t-il à cette âme, douée des facultés qui viennent d’être énumérées et décrites? Il est très-certainement à regretter que, dans un passage de sa Préface des Esquisses*, Jouffroy ait écrit que jusqu'ici l’immatérialité de l'âme pouvait n’être considérée que commeé une hypothèse. Mais, immédiatement après l'expression de ce doute, viennent de si bonnes et si puissantes raisons en faveur de la spiritualité, que ce qui précède se trouve, pour ainsi dire, effacé, et qu'il semble que le philosophe, hésitant qu'il était d’abord, se soit converti lui-même à une opinion mieux arrêtée. Après avoir établi qu'il est attesté par la conscience que c’est le même principe qui veut, qui sent et qui pense, qu'ainsi le sujet des faits de conscience est simple et unique, qu'’ainsi encore il ne peut étre la matière cérébrale, la-

1. Voir, dans les premiers Mélanges, l'article intitulé Du sommeil. 2. Part. IV : Du principe des phènomènes de conscience.

quelle est composée d'une infinité de parties, Jouffroy expose avec beaucoup de force les raisons qui peuvent nous aider à concevoir l’hypothèse d’une force immatérielle servie par des organes corporels. Son spiritualisme se pose sous des formes plus explicites encore dans un autre de ses écrits ?, composé à une date ultérieure, et qui, par conséquent, peut être regardé comme son dernier mot sur cette question. Il montre que le moi, par un acte d’aperception immédiate de conscience, se saisit lui-même, et, en même temps, saisit tous les phénomènes dont il est le sujet. Au contraire, ce qui se passe dans le corps et dans les organes du corps, le moi n’en est pas informé directement, et, s’il arrive à le savoir, ce n’est qu’à l’aide de procédés complexes et laborieux. Que suit-il de 1à? C’est que le corps n’est pas le moi, et ne sau-" rait être confondu avec lui. Si le corps était le moi, le moi saurait ce qui se passe dans le corps; la vie du corps, les fonctions des organes corporels, les phénomènes qui résultent de l’action de ces organes, lui seraient connus comme sa vie propre, comme ses fonctions et ses phénomènes propres. Or, c’est ce qui n’est pas ; tandis que, d’autre part , le moi, par une simple aperception de conscience, s’atteint lui-même dans son existence une et indivisible, et atteint en même temps les phénomènes qui sont véritablement siens. Deux principes sont donc à distinguer dans l’homme : le corps avec ses fonctions, le moi incorporel ou l’âme avec sa vie propre et l’ensemble des propriétés et des phénomènes qui s’y rattachent. En logique, Jouffroy n’a traité qu’une seule question,

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