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L'iNTERPKÉTATION
Ou» sunt in luce tuemur E léoebris.
Lucret., lib. VI.
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AOX JEUNES GEN^ tjrl SE DISPOSENT A L'ETUDS DE U PlillAKMH'HIE iNATURILLE
Jeune homme, prends <•( iig : si tu penx aller jusqu'à la Ad de cet ouvrage, tu m a4m-as pas incapable d'en enteu" dro UD meilleur. Com )<• je m' aui^) moias proposé de Piûstruire que de t'i'xein r il m'importe peu que tu adoptes mes idées ou que lu . s rejettes, pourvu qu'elles emploient toute ton afteiiiiMii, 0 plus habile t'appreadra à connaître les forces <te i.< i iture; il me suffira de t'avoir fait essayer les tienurs A<lieu.
S. Encore un ni<>i, ,'i je te laisse. Aie toujours présent à Tesprit que la ttnure n'est pas Dieu» qu'un homme ^^'est pas \me maciiinn, |u rme hypothèse n'est pas un faitp "A sois assuré que tu n' m <uras pomt compris, partout oà |i croiras apercevoir v|ueiqae chose de contraire à ces Principes.
DE L'iNTERPRÊTATiON
C'est de la nature que je vais écrire. Je laisserai les pensées se succéder sou? ma plume dans l'ordre même selon lequel les objets se| sont offerts à ma réflexion, parce qu'elles n'en 1 représenteront que mieux les mouvements et 1 la marche de mon esprit. Ce seront ou des vues générales sur l'art expérimental, ou des vues particulières sur un phénomène qui pa- , raît occuper tous nos philosophes et les di-| viser en deux classes. Les uns ont, ce mel semble, beaucoup d'instruments et peu d'i-| dées; les autres ont beaucoup d'idées et n'ont point d'instruments. L'intérêt de la vérité demanderait que ceux qui réfléchissent dai- j gnassent enfln s'associer à ceux qui se re- | muent, afin que le spéculatif fût dispensé de se donner du mouvement; que le manœuvre eût un but dans les mouvements infinis qu'il se donne : que tous nos efforts se trouvassent réunis ef dirigés en même temps contre la. résistance de la nature, et que, dans cette espèce de ligue philosophique, chacun fît le rôle qui lui convient.
Une des vérités qui aient été annoncées de nos jours avec )e plus de courage et de ; force (1), qu'un bofxpnysicien ne perdra pointé' de vue, et qui aura certainement les suites ' les plus avantageuses, c'est que la religion des mathématiciens est un monde intellec-; tuel où ce que l'on prend pour des véritésf
rigoureuses perd absolument cet avantag
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(1) Voyez VBistoire naturelle, générale et particulière ▼olmne I, discours I.
DE LA NATDRE 5
quand on l'apporte sur notre terre. On en «
conclu que c'était à la philosophie expérimentale à rectifier les calculs de la g'éométrie, et cette conséquence a été avouée même par les géomètres. Mais à quoi bon corriger le calcul géométrique par l'expérience? N'est- il pas plus court de s'en tenir au résultat de celleci? D'où l'on voit que les mathématiques, transcendantes surtout, ne conduisent à rien de précis sans l'expérience: que c'est une espèce de métaphysique générale où les corps sont dépouillés de leurs qualités individuelles. t>t qu'il resterait au moins à faire un grand ouvrage qu'on pourrait appeler V Application de l'expérience à la géométrie^ OU Traité de l'aberration des mesures.
Je ne sais s'il y a quelque rapport entre l'es- ; prit du jeu et le géiiie mathématicien, mais il y en à beaucoup entre un jeu et les mathématiques. Laissant à part ce que le sort met ! d'incertitude d'un côté, ou le comparant avec l ce que l'abstraelion met d'inexactitude de l l'autre, une partie de jeu peut être considé- \ rée comme une suite indéterminée de pro- ' blêmes à résoudre après des conditions données. Il n'y a point de questions de mathématiques à qui la même détlnition ne puisse convenir, et la cAoav du mathématicien n'a pas plus d'existence dans la nature que celle ; du joueur; c'est de part et d'autre une affaire \ de conventions. Lorsque les géomètres ont décrié les métaphysiciens, ils étaient bien y éloignés de penser que toute leur science n'était qu'ime métaphysique. On demandait un jour :
— Qu'est-ce qu'un métaphysicien î Un géomètre répondit :
DE L'iNTERPRftTATIOM
— C*est un homme qui ne sait rien.
Les chimistes, les physiciens, les natura» listes, et tous ceux qui se livrent à l'art expérimental, non moins outrés dans leur jugement, me paraisst^nt sur le point de venger la métaphysique et d a{)pliqaer la même définition au géomètre. Ils disent :
— A quoi servent toutes ces profondes théories des corps célestes, tous ces énormes calculs de l'astronomie rationnelle, s'ils ne dis- -
{)ens! nt point Bradley ou Le Moiiuier d'observer e ciel ?
Et je dis : Heureux le géomètre en qui une étude consommée <ies sciences abstraites n'aura point affait^li le goût des beaux-arts, à qui Horace et Tacite seront aussi familiers que Newton, qui saura découvrir les proprié- ■fiés d'une courbe et sentir les beautés d'un poôte, dont l'esprit et les ouvrages seront de tous les temps et qui aura h' mérite de toutes les académies! Il ne se verra point tomber dans l'obscurité, il n'aura point à craindre de survivre à sa rer.ommée.
Nous touchons au moment d'une grande révolution dans les sciences. Au penchant que les esprits me paraissent avoir à la morale, aux belles-lettres, à l'histoire de la nature et à la physique expéi imentale, j'oserais presque assurer que, avant qu'il soit cent ans, on ne comptera pas trois grands géomètres en Europe: cette science s'arrêtera tout court où l'auront laissée les Bernoulli, les Euler, les Maupertuis, les Clairaut, les Fontaine et les d'Alembert. Ils aunmt posé les colonnes d'Hercule; on n'ira point au delà- leurs ouvrages subsisteront dans les siècles à venir comme ces pyramides ci'Egy pte, dont les mas-
ses, chargées d'hiéroglyphes, réveillent en nous une idée effray;jLiue de la puissance et des ressources des hoiiiujes qui les ont élevées.
Lorsqu'une science commence à naître, l'extrême considération qu'o a dans la société pour les invenieur>, le désir de connaître par soi-même une chose qui t'ait beaucoup de bruit, iVspérance de s idu>trer par quelque découverte, l'ambition de partager un titre avec des hommes illustres, tournent tous les esprits de ce côté. En un moment elle est cultivée par une infinité de personnes de caractères différents : ce sont ou des gens du monde ^ qui leur oisiveté pèse, ou des transfuges qui s'imaginent acquérir dansla science à la mode une réputation qu'ils ont mutilement cherchée dans d'autres sciences qu'ils abandonnent pour elle; les uns s'en font un métier, d'autres y sont entraînés par goût. Tant d'efforts réunis portent assez rapi cernent la science jusqu'où elle peut aller; mais, à mesure que ses limites s'étendent, celles de la considération se resserrent. On n'en a plus que pour ceux qui se distinguent par ime grande supériorité; alors la foule diminue. On cesse de s'embarquer pour une contrée où les fortunes sont devenues rares et difficiles. Il ne reste à la science que des mercenaires, à qui elle donne du pain, et que quelques hommes de génie qu'elle continue d'illustrer longtemps encore après que le prestige est dissi{)é et que les veux se sont ouverts sur l'inutilité de leurs travaux : on regarde toujours ces travaux comme des tours de force qui font honneur ài l'humanité. Voilà l'abrégé historique de la géométrie et celui de toutes