‹ Mélanges philosophiquesChapitre 3 sur 29 · DE L'INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

DE L'INTERPRÉTATION

les sciences qui cesseront d'instruire ou de plaire; je n'en excepte pas même l'histoire de la nature.

Quand on vient a comparer la multitude infinie des phénomènes de la nature avec les bornes de notre entendement et la faiblesse de nos organes, peut-on jamais attendre autre chose de la lenteur de nos travaux, de leurs longues et fréquentes interruptions, et de la rareté des génies créateurs, que quelques pièces rompues et séparées de la grande chaîne qui lie toutes choses?... La philosophie expérimentale travaillerait pendant les siècles des siècles que les matériaux qu'elle entasserait , devenus à la fin, par leur nombre, au-dessus de toute combinaison, seraient encore bien loin d'une énumération exacte. Combien ne faudrait-il pas de volumes pour renfermer les termes seuls } ar lesquels nous désignerions les collections distinctes de phénomènes, si les phénomènes étaient connus? Quand la langue philosophique sera-t-elle complète? Quand elle serait complète, qui d'entre les hommes pourrait la savoir? Si l'Éternel, pour manifester sa toute-puissance plus évidemment encore que par les merveilles de la nature, eût daigné développer le mécanisme universel sur des feuilles tracées de sa propre main, croit-on que ce grand livre fût plus compréhensible pour nous que l'univers même ? Combien de pages en aurait entendu ce philosophe qui, avec toute la force de tête qui lui avait été donnée, n'était pas sûr d'avoir seulement embrassé les conséquences par lesquelles un ancien géomètre a déterminé le rapport de la sphère au cylindre? Nous aurions dans ces feuilles une mesure

iissez bonne de la portée des esprits et une satire beaucoup meii eure de notre vanité. Nous pourrions dire :

— Fermât alla jusqu'à telle page: Archimède était allé quelques pages plus loin.

Quel est donc notre but? L'exécution d'un 3uvrage qui ne peut jamais être fait, et qui serait fort au-de !-us de l'intelligence humaine s'il était achevé ? Ne sommes-nous pas phis insensés que les premiers habitants de la plaine de Sennaar? Nous connaissons la distance infinie qu'il y a de la terre aux cieux, et nous ne laissons pas que d'élever la tour. Mais est-ii à présumer qu'il ne viendra point un temps où notre orgueil découragé abandonne l'ouvrage? Quelle apparence que, logé étroitement et mal à son aise ici-bas, il s'opiniâtre à construire un palais inhabitable au delà de l'atmosphère? Quand il s'y opiniâtrerait, ne serai t-il pas arrêté par la confusion des langues, qui n'est déjà que trop sensible et trop incommode dans l'histoire naturelle? D'ailleurs, l'utile circonscrit tout. Ce «era l'utile qui, dans quelques siècles, donnera des bornes a la physique expérimentale, comme il est sur le point d e i donner à la géométrie. J'accorde des siècles à cette étude, parce que la sphère de son utilité est infiniment plus étendue que celle d'aucune science abstraite, et qu'elle est sans contredit la base de nos véritables connaissances.

Tant que les choses ne sont gue dans notre entendement, ce sont nos opinions; ce sont des notions qui peuvent être vraies ou fausses, accordées ou contredites. Elles ne prennent de la consistance qu'en se liant aux êtres extérieurs. Cette liaison se fait, ou par

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une chaîne interrompue d'expériences, ou par une chaîne ininterrornpue de raisonnements, qui tient d'un bout à 1' bservation et de l'autre k l'expérience ; ou par une cl'aîne d'expériences dispersées d espace en espace entre des raisonnements, comme des poids sur la longueur d un ni sus[)endu par ses deux extrémités. Sans ces poids, le ttl deviendrait le jouet de la moindre agitation qui se ferait dans l'air.

On peut comparer les notions qui n*ont aucun fon i^meat dans la nature a ces forêts du Nord dont les arbres n ont point de racines. 11 ne faut qu'un coup de vent, qu'un fait léger pour renverser toute une forêt d'arbres

Les hommes en sont à sentir combien les lois de l'investigation de la vérité sont sévères, et combien le nombre de nos moyens est borné. Tout se réduit à re enir des sens à la réflexion et de la réflexion aux sens; rentrer en soi et en sortir sans cesse. C'est le travail de l'abeille. On a battu bien du terrain en vain si on ne r^^nt re pas dans la ruche chargé de cire. On a fait bien des amas de cire inutile si on ne sait pas en former des rayons.

Mais, par malheur, il est plus facile et plu» . court de se consulter soi oue la nnture. Aussi ^ la raison est elle portée a demeurer en elle- > môme et 1 instinct à se répandre au dehors. L'instinct va sans ces.se regaruaut, goûtant.

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touchant, écoutant et ii y aurait peut-être plus de physique expérinientale à apprendre en étudiant les aniruaux qu'en suivant les cours d'un professeur. Il n y a point de charlatanerie dans leurs procédés. Ils tendent à leur but sans se soucier de ce qui les environnci s'ils nous surprennent, ce n'est point leur intention. L'étonnernent est le premier effet d'un grand phénomène; c'est à la philosophie à le dissiper, ('e dont il s'aLnt dans un cours de philosopîiie expérimentale, c'est de renvoyer son audi eur plus instruit et non plus stup^^fait. S'enorg-ueiîlir des p hénomènes de la nature comme si l'on m était soi-même Fauteur, e est imiter la sottise d un éditeur des Essais, qui ne pouvait emeiidre le nom de Montaigne sans rougir. Une grande leçon, qu'on a souvent oceasi{)n de donner, cest l'aveu de son insuiiisance. Ne vaut-il pas mieux se concilier la conllance des autres par la sincérité d'un je n'm ^am rim que de balbutier des mots et de se faire pitié à soimême en s'efforçant de tout expliquer. Celui qui confessée lilvremeîit qu'il ne sait pas ce qu'il ignore me dispose à croire ce dont il entreprend de me rendre raison.

L'étonnement vient souvent de ce qu'on suppose plusieurs prodiges où il n'y en a qu'un; de ce qu on iiua^rine dans la nature autant d'actes |)B,rticuliers qu on nombre de phénomènes, tandis qu elle n'a peut être jamais produit qu'un seul acte. 11 semble môme que, si elle avait été dans la nécessité d'en produire plusieurs, les d tï'érents résultats de ces actes seraient is<des; qu'il y aurait des collections de phénomènes ind(^pendantes les wes des autre», et que cette chaîne générale,

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dont la philosophie suppose la continuité, se romprait en plusieurs endroits. L'indépendance absolue d'un seul fait est incompatible avec l'idée de tout, et sans Tidée de tout plus de philosophie.

Il semble que la nature se soit plu à varier le même mécanisme d'une infinité de manières différentes (1). Elle n'abandonne un genre de productions qu'après en avoir multiplié les individus sous toutes les faces possibles. Quand on considère le règne animal, et qu'on s'aperçoit que, parmi les quadrupèdes, il n'y en a pas un qui n'ait les fonctions et les parties, surtout intérieures, entièrement semblables à un autre quadrupède, ne croiraiton pas volontiers qu il n'y a jamais eu qu'un premier animal prototype de tous les animaux dont la nature n'a fait qu'allonger, raccourcir, transformer, multiplier, oblitérer certains organes? Imaginez les doigts de la main réunis, at la matière des oncles si abondante que, venant à s'étendre et a se gonfler, elle enveloppe et couvre le tout, au lieu de la main d'un homme vous aurez le pied d'un cheval (2). Quand on voit les métamorphoses successives de l'enveloppe du prototype, quel qu'il ait été, approcher un règne d un autre règne par des degrés insensibles, et peupler les confins des deux règnes (s'il est permis de se servir du terme de confins où il n'y a au-

(1) Voyez V Histoire naturelle^ tome IV, V Histoire dt VAnCf et un petit ouvrage latin, intitulé : Dissertatio inauguralis metaphysica, de uivversali naturœ systemate, pro gradu doctoris habita, imprimé à Erlang en 1751, et apporté en France par M. de M*** en 1753.

(2) Voyftz l'Histoire naturelle générale et particulière, tome lY. Description du cheval, par M. d'Aubenton.

cune division réelle), et peupler, dis-je, les confins des deux règnes, d'êtres incertains, ambigus, dépouillés en grande partie des formes, des qualités et des fonctions de l'un, et revêtus des formes, des qualités, des fonctions de l'autre, qui ne se sentirait porté à croire qu'il n'y a jamais eu qu'un premier être prototype de tous les êtres? Mais que cette conjecture philosophique soit admise avec le docteur Baumann comme vraie, ou rejetée avec M. de Bufifon comme fausse, on ne niera pas Qu'il ne faille l'embrasser comme une hypothèse essentielle au progrès de la physique expérimentale, à celui de la philosophie rationnelle, à. la découverte et à 1 explication des phénomènes qui dépendent de l'organisation. Car il est évident que la nature n'a pu conserver ? tant de ressemblance dans les parties et affecter tant de variété dans les formes sans avoir souvent rendu sensible dans un être organisé ce qu'elle a dérobé dans un autre. C'est une femme qui aime à se travestir, et dont les différents déguisements, laissant échapper tantôt une partie, tantôt une autre, donnent quelque espérance k ceux qui la suivent avec assiduité de connaître un jour toute sa personne.

On a découvert qu'il y a dans un sexe le même fluide séminal que dans l'autre sexe. Les parties qui contiennent ce fluide ne sont plus inconnues. On s'est aperçu des altérations singulières qui surviennent dans certains organes de la femelle quand la nature la presse fortement de rechercher le mâle (i).

(1) Voyez, dans l'Histoire naturelle générale ei parHcU" Hère» la Discours sur la génération.

DE î'iNTEfif'RÉTâTION

Dans l'approche des sexes, quand on vient à comparer les s^/niplômes du plaisir de Tun aux s^TiiptÔmes du plaisir de l'autre, et qu'on s'est assuré que la volupté se consomme dan» tous les deux par des élancements également caractérisés, distinct- et battus, on. ne peut douter qu il n y ait aussi di^s émissions sem- "blalUes de fluide sénuiial. Mais où et comment cette émission dans la lemrne? Que devient le fluide? Quelle louie suit-iJ? C'est ce qu'on ne saura que quand la uature, qui n'est pas également mj'stéi ieusf en tout et partout, se sera dévoilée dans un»- autre espèce, ce qui arrivera apparemmeiit de l'une de ces deux manières : ou les tonnes seront plus évidentes dans les organ» s, ou l'émission du fluide se rendra sensible-, a son origine et sur toute sa route, par son abondance extraordinaire. Ce qu'on a vu distinctement dans un être ne tarde pas à se mamb-ster dans un être semblable. En physique ex éri mentale, on ap-

{)rend à apercevoir lespei itspbénomènes dans es grands, de même que. en phj'sique rationnelle, on apprend à connaître les grands corps dans les petits.

Je me représente la vaste enceinte des sciences comnie un j^rmitl terrain parsemé de places obscures et «le places éclairées. Nos travaux doivent avo i pour but, ou d'étendre les limites des places e. i..iiees ou de midtiplier sur le terrain \v> i Hutres de lumières. L'un appartient an k^'i i' qui crée» l'autre à la sagacité qui perleciiuniie*

m LA NàTCRE

Nous avons trois mo.vens principaux î l'ob- / servation de la iiMînre, in retîexion et Texpérience. L'observai iuu recueille les faits, la réflexion les cojui Lue, 1 expérience vérifie le résultat de la coinlunaison. Il faut que l'observation de la nature soit assidue, que la réflexion soit profondt^ et que l'expérience soit exacte. On Vi>it rarement ces moyens réunis. Aussi les génies créateurs ne sont-ila pas conununs.

Le philosophe, qui n'aperçoit souvent la vérité que comme !•> iK»liîiqiie°maladroit aperçoit l'occasion, par côté chauve, assure qu'il est impossible de la saisir, dans le moment où la main du iiuniœuvre est portée par hasard sur le côté (jui a des cheveux. Il faut cependant avouer que. parmi ces manouvriers d'expériences, il y en a de bien malheureux l'un d'eux emploiera toute sa vie à observer des insectes et ne v»Mra rien de nouveau; un autre jettera sur eux un coup d'œii en passant et apercevra le polype ou le puceron hermaphrodite.

Sont-ce les hommes de prénie qui ont manqué à l'univers? Nullement. Est-ce en eux défaut de méditation- et d'étude? Encore moins. L'histoire dt s sciences fourmille de noms illustres; la surface de la terre est couverte des monumeuts de nos travaux. Pour- ' quoi donc pos-e îous- lous si peu de connaissances certaines? Par quelle fatalité les

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sciences ont-elles fait si peu de progrès? Sommes-nous destinés à n'être jamais que des enfants? J*ai déjà annoncé la réponse à ces questions. Les sciences abstraites ont occupé trop longtemps et avec trop peu de fruit les meilleurs esprits, ou l'on n'a point étudié ce qu'il importait de savoir, ou l'on n'a mis ni cnoix, m vues, ni méthode dans ses études; les mots se sont multipliés sans fin, et la connaissance des choses est restée en arrière.

l La véritable manière de philosopher, c'eût ^ été et ce serait d'appliquer l'entendement à l'entendement et l'expérience aux sens, les sens à la nature, la nature à l'investigation des instruments, les instruments à la recherche et à la perfection des arts, qu'on jetterait au peuple pour lui apprendre à respecter la philosophie.

Il n'y a qu'un seul moyen de rendre la phih losophie vraiment recommandable aux yeux du vulgaire, c'est de la lui montrer accompagnée de l'utilité. Le vulgaire demande toujours : « A quoi cela sert-il? » et il ne faut pas lui répondre : « A rien. » Il ne sait pas que ce qui éclaire le philosophe et ce qui sert au vulgaire sont deux choses for^ différentes, puisque l'entendement du philosophe est souvent éclairé par ce qui nuit et obscurci par ce qui sert.

Les faits, de euelque nature qu'ils soient^ sont la véritable kiche.sse du philosophe. Mais un des préjugés de la philosophie rationnelle, c'est que celui qui ne saura pas nombrer ses écus ne sera ^uère plus riche gue celui qui n'aura qu'un ecu. La philosophie rationnelle s'occupe malheureusement beaucoup plus à rapprocher et à lier les faits qu'on possède qu'à en recueillir de nouveaux.

Recueillir et lier les faits, ce sont deux occupations bien pénibles, aussi les philosophes les ont-ils partagées entre eux. Les uns passent leur vie à rassembler des matériaux, manœuvres utiles et laborieux; les autres, orgueilleux architectes, s'empressent à les mettre en œuvre. Mais le temps a renversé I jusque aujourd'hui presque tous les édifices de la philosophie rationnelle. Le manœuvre poudreux apporte ^^ôt u\i tard, des souterrains où il creuse en c veugle, le morceau fatal à cette architecture -élevée à force de tête; elle s'écroule, et il ne reste que des matériaux confondus pêle-mêle, jusqu'à ce qu'un autre génie téméraire en entreprenne une combinaison nouvelle. Heureux le philosophe systématique à qui la nature aura donné, comme autrefois à Epicure, à Lucrèce, à Aristote, à Platon, une imagination forte, une grande éloquence, l'art de présenter ses idées sous des images frappantes et sublimes! l'édifice qu'il a construit pourra tomber un jour, mais sa statue restera debout au milieu des ruines, et la pierre oui se détachera delà mon-

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tagne ne le brisera point, parce que les pieds n'en sont pas d'argile.

L'entendement a ses préjugés; le sens, son incertitude; la mémoire, ses limites; l'ima gination ses lueurs; les instruments, leut imperfection. Les phénomènes sont infinis, les causes cachées, les formes peut-être transitoires. Nous n'avons contre tant d'obstacles que nous trouvons en nous, et que la nature nous oppose au dehors, qu'une expérience lente, qu'une réflexion Iwrnée. Voilà les le^ viers avec lesquels la philosophie s'est proposé de remuer le monde.

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I Nous avons distingué deux sortes de philosophie, l'expérimentale et la rationnelle. L'une a les yeux bandés, marche toujours en tâtonnant, saisit tout ce qui lui tombe sous les mains, et rencontre à la fin des choses précieuses et tâche de s'en former un flambeau; mais ce flambeau prétendu lui a jusqu'à présent moins servi que le tâtonnement à sa rivale, et cela devait être. L'expérience multiplie ses mouvements à l'infini; elle est sans cesse en action ; elle met à chercher des phénomènes tout le temps que la raison emploie à chercher des analogies. La philosophie expérimentale ne sait ni ce qui lui viendra ni ce qui ne lui viendra pas de son travail, mais elle travaille sans relâche. Au contraire, la philosophie rationnelle pèse les possibilités, prononce et s'arrête tout court. Elle dit hardiment :

— On ne peut décomposer la lumière.

La philosophie expérimentale l'écoute et se

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tait devant elle pendant des siècles entiers; puis, tout à coup elle montre le prisme et dit : — La lumière s^ décompose.

Esquisse de la physique expérimentale.

La physique expérimentale s'occupe en général de Vexistew-e, des qna/ifés et de \ emploi.

L'existence embrasse X kt.sioire^ la description^ la génération^ la conservation et la destruction,

Vhisfoire est des lieux, de l'importation, de l'exportation, du prix, des préiug-és, etc.

La description, de l'intérieur et de l'extérieur, par toutes les qualités sensibles.

La génération, prise depuis la première origine jusqu'à l'état de perfection.

La conservation, de tous les moyens de fixer dans cet état.

L^ desfr action, prise depuis l'état de perfection jusqu'au dernier degré connu de décomposition ou de dépérissement, de dissolution OU de résolution.

Les QUALITÉS sont générales ou particulières.

J'appelle générales celles qui sont communes à tous les être» et qui n'y varient que par la quantité.

J'appelle particulières celles qui constituent l'être tel; ces dernières sont ou de la substance en masse ou de la substance divisée ou décomposée.

L'emploi s'étend à la comparaison^ à V application et à la combinaison

La compaimison se fait OU par les ressemblances ou par les différences.

^application doit être la plus étendue et Ift plus variée qu'il est possii>le.

La comhmaison est analogue pu bizarre.

Bft L*INTERPRÉTiTIOîf

Je dis analogue ou bizarre., parce que tout & son résultat dans la nature, l'expérience la plus extravagante ainsi que la piiiD raisonnée. La philosophie ex|)ér2mentale, qui ne se

{)ropose rien, est toujours contente de ce qui ui vient; la philosophie rationnelle est toujours instruite, lors môme que ce qu'elle s'est proposé ne lui vient pas.

La philosophie expérimentale est une étude innocente qui ne demande presque aucune préparation de l'âme. On n'en peut pas dire autant des autres parties de la philosophie. La plupart augmentent en nous la fureur des conjectures. La philosophie expérimentale la réprime à la longue, on s'ennuie tôt ou tard de deviner maladroitement^

Le goût de l'observation peut être Inspiré à tous les hommes; il semble que celui de l'expérience ne doive être inspiré qu'aux hom mes riches.

L'observation ne demande qu'un usage habituel des sens; l'expérit^nce exige des dépenses continuelles. 11 serait à souhaiter que les grands ajoutassent ce moyen de se ruiner à tant d'autres moins honorables qu'ils ont Imaginés. Tout bien considéré, il vaudrait mieux qu'ils fussent appauvris par un chimiste que dépouillés par des gens d'affaires; entêtés de la physique expérimentale, qui les amuserait quelquefois, qu'agités par l'ombre du plaisir, qu'ils poursuivent sans cesse, et

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qui lear échappe toujours. Je dirais volontiers aux philosophes dont la fortune est bornée, et qui se sentent portés à la physique expérimentale, ce que je conseillerais à mon ami, s'il était tenté de la jouissance d'une belle courtisane :

— Ldidem habeto, dummodo te Lais non haheat. C'est un conseil que je donnerais encore à

ceux qui ont l'esprit assez étendu pour imaginer des systèmes et qui sont assez opulents pour les vérifier par l'expérience :

Ayez un système, j'y consens; mais ne vous en laissez pas dominer : Laïdem habeto,

La physique expérimentale peut être comparée dans ses bons effets au conseil de ce père qui dit à ses enfants, en mourant, qu'il y avait un trésor caché dans son champ, mais qu'il ne savait pt^int dans quel endroit. Ses enfants se mirent à bêcher le champ, ils ne trouvèrent pas le trésor qu'ils cherchaient, mais ils firent dans la saison une récolte abondante, à laquelle ils ne s'attendaient pas.

L'année suivante, un des enfants dit à ses frères :

— J'ai soigneuse rTjent examiné le terrain que notre père nous a laissé, et jé pense avoir découvert l'endroit du trésor. Écoutez, voici comment j'ai raisonné : Si le trésor est caché dans le champ, il doit y avoir dans son enceinte quelques signes qui marquent l'endroit; or, j'ai aperçu des traces singulières vers l'angle qui regarde l'orient; le sol y paraît avoir été remué. Nous nous sommes assurés, par notre travail de l'année passée, que

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le trésor n'est point à la surface de la terre; il faut donc qu'il soit caché dans ses entrailles? Prenons incessamment la bêche, et creusons jusqu'à ce que nous soyons parvenus au souterrain de l'avarice.

Tous les frères entraînés, moins par la force de la raison que par le désir de la richesse, se mirent à l'ouvrage. Ils avaient déjà creusé profondément sans rien trouver; l'espérance commençait à les abandonner et le murmure à se faire entendre, lorsqu'un d'entre eux s'imagina reconnaître la présence d'une mine à quelques particules brillantes; c'en était en effet une de plomb, qu'on avait anciennement exploitée, qu'ils travaillèrent et qui leur produisit beaucoup. Tell» est quelquefois la suite des expériences suggérées par les observations et le? idées systématiques de la philosoph e ratioi melle. C'est ainsi que les chimistes et les <iéomètr^'S, en s'opiniâtrant à la solution de problèmes peut-être impossibles, sont parverms à des découvertes plus importantes que cette solution.

La grande habitude de faire des . expériences donne aux manouvriers d'opérations les plus grossiers un pressentiment qui a le caractère de l'inspiration. 11 ne tiendrait qu'à eux de s'y tromper, comme Socrate, et de l'appeler un démon familier. Socrate avait une si prodigieuse habitude de considérer les hommes et de peser les circonstances, que, dans les occasions les plus délicates, il s'exécutait secrètement en lui une combinaison

Fronjpte et juste, suivie d'un pronostic dont événement ne s'écartait guère. îl jugeait des houimes comme les gens de goût jugent des ouvrages d'esprit, par sentiment. Il en

est de môme, en physique expéri mentale, de l'instinct de nos g:rands manouvriers : ils ont vu si souvent et de si près la nature dans ses opérations, qu'ils devinent avec assez de précision le cours qu'elle pourra suivre dans les cas où il leur prend envie de la provoquer par les essais ses plus bizarres. Ainsi le service le plus important qu'ils aient h rendre à ceux qu'ils initient à la philosophie expérimentale, c'est bien moins de les instruire du procédé et du résultat que de faire passer en eux cet esprit de divination par lequel on subodore, pour ainsi dire, des procédés inconnus, des expériences nouvelles, des résultats ignorés.

Comment cet esprit se comm unique -t-il? Il faudrait que celui qui en est possédé des(^endît en lui-même pour reconnaître distinctement ce que c'est, sut)st'tuer au démon familier des notions intelligibles et claires, et les développer aux autres. S'il trouvait, par exemple, que c'est u?ie faalité de supposer ou d'apercevoir des op/tositious ou des anntng/es, gui a sa source dans une connais-mnce pratiqué' des qualités physiques aes êtres considérés solitairement^ ou de leurs effets réciproques^ quand on les considère en combinaison^ il étendrait cette idée, il l'appuierait d'une infinité de faits qui se présenteraient èt sa n^emcire; ce serait une nistoire fidèle de toutes les extravagances apparentes qui lui ont passé par la tête. Je dis extravagances, car quel autre nom donner à cet enchaînement de conjectures fondées sur des oppositions ou des ressemi)lances si éloignées, si imperceptibles, que 1 s rêves d'un malade ne paraissent ni plus bizarres ni plus décousus. Il n'y a quelquefois pas une propo-

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sition qui ne puisse être contreorce, son; en elle-même, soi t dans sa liaison avec celle qui la précède ou Qui la suit. C'est un tout si précaire, et dans les suppositions et dans les conséquences, qu'on a souvent dédaigné de faire ou les .observations ou les expériences qu'on en concluait.

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