MÉDECINE
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dout bllb bst l'objet. — - HIPPOCRATE.
Là médecine est-elle une science réelle ou chimérique , utile ou nuisible? a-t-elle plus d^avantages que d^inconvénients , ou le contraire ? Voilà une question qu'on agite aussi souvent qu'on y est ramené , c'est-àdire à chaque instant , et sur laquelle il est presque impossible qu'il n'existe pas un dissentiment perpétuel. Dans les matières d'esprit et de goût, on peut espérer quelque rapprochement, quelque accord d'opinions; mais, ici, le caractère et le tempérament, l'état de la santé et celui de l'ame , la crainte ou l'espoir, la joie ou la douleur, la recounoissance ou le ressentiment , nos intérêts les plus'chers et nos adfec-. tions- les plus vives , sont les éléments variés et variar blés dont notre jugement se compose. Doit-on être étonné s'il diffère ? Pour débattre la question avec une
impartialité absolue, il faudrait n'appartenir ni au corps des médecins , ni à celui des malades. On peut ne pas se faire recevoir dans le premier ; mais inévitablement on est immatriculé dans l'autre tôt ou tard : tout homme est malade émérite, malade en exercice , ou malade expectant. Dans ces diverses situations, comment avoir ce désintéressement personnel qui est le meilleur gage de la justesse des opinions ? Sur le fait de la médecine , la société se divise en deux classes principales , les croyants et les incrédules. Les uns , dans un cas de maladie, attribuent à la médecine tout le bien qui se fait ; mais aussi ils lui imputent tout le mal , quoique souvent elle soit innocente de Fun comme de l'autre : ils ressemblent un peu , dans leur foi superstitieuse , a ces habitants de la Chine qui comblent leurs idoles de caresses et de présents , dès qu'il leur survient quelque chose d'heureux , et, au moindre revers, les accablent d'injures et de coups. Les autres font hoi^ neur à la nature de toutes les guérisons qui s'opèrent, et s'en prennent à la médecinç , de toutes celles qui lie se font pas. Suivant eux , on ne meurt jamais de sa maladie , mais toujours de son médecin : ils Vont tue' y voilà leur mot, et ils le disent d'un octogénaire comme d'un adolescent; ils ne mettent pas seulement toutes les morts sur le compte de la médecine, ils y mettent aussi toutes les maladies : peu s'en faudrait qu'ils ne prissent à la lettre le mot de Sganarelle : Hors de là, ou je te donne la fièvre j et ne crussent bonnement que les médecins ont la main pleine d'infirmités et d'accidents qu'ils répandent à volonté sur le pauvre genre humain, pour avoir le plaisir de ne les pas
guérir et puis de s'en faire payer. Je n'ai parlé jusqu^ici que des gens qui veulent être et qui se croient sensés; il en est d'autres qui, sans savoir c^ que c'est que la médecine , ni en quoi elle est digne d'éloge ou de blâme, ont pris le parti de s'en moquer en toute occasion : de ceux-là je ne dirai rien, sinon que je les plains d'être venus si tard et de faire un métier que Molière a rendu bien difficile.
Ne seroit-il donc pas possible d'amener les esprits à une opinion modérée et à peu près uniforme sur la médecine ? Quand je dis la médecine , je dis aussi les médecins, car je n'ai jamais imaginé qu'on pût les séparer. Ce qui constitue réellement la médecine, ce sont les travaux des médecins, c'est ce qu'ils ont observé et pratiqué dans tous les temps et dans tous les lieux ; hors de là , je ne vois plus qu'un être de raison , une abstraction chimérique : aussi la fameuse phrase de J.^. Rousseau, que la médecine vienne donc sans le médecin^ est un pur sarcasme, et signifie simplement que Rousseau vouloit guérir ou mourir tout seul. U est reconnu que ce philosophe se plaît trop souvent à confondre l'état de nature et l'état de société , et que de là découlent la plupart de ses erreurs. Ce tort de sa raison , ou plutôt ce stratagème de son esprit sophistique , se fait sentir à chaque ligne de son éloquente invective contre la médecine : il donne aux nations policées du dix-huitième siècle des leçons qui ne seroient bonnes que pour des patriarches ou des sauvages, en supposant qu'ils pussent en avoir besoin. Si la somme de maux que la nature nous a imposée originellement ne s'étoit pas accrue , ce que nous au-
rions de mieux à faire, peut-être, seroit d^abandonner à la nature elle-même le soin de nous en délivrer par la guérison ou par la mort; mais on ne peut nier que la civilisation n'ait enfanté une foule de maladies qui seroient inconnues sans elle. La nature, qui fait toujours tout ce qu'elle doit, mais ne va jamais au delà, se chargera-t-elle de remédier à des maux quVlle ne nous a pas donnés P ajoutera-t-elle à ce quelle a mis en nous de force vitale , de quoi nous faire soutenir jusqu'au bout les rudes assauts que nos passions factices et intempérantes livrent chaque jour à notre santé ? augmentera-t-elle nos facultés réparatrices en proportion des pertes ruineuses et des altérations profondes que font subir à notre organisation l'abus des choses innocentes et l'usage des choses pernicieuses? non, assurément ; et, si nous voulions guérir d'une manière toute naturelle, en vivant d'une manière qui ne l'est nullement ; si, faisant tant de choses pour devenir malades, nous ne £sdsions rien pour cesser de l'être, il est présumable que nous serions presque tous emportés par nos premiers excès, et que fort peu d'entre nous atteindroient le terme ord»> naire de la vie. Nous nous sommes donné des maladies: nous devons accepter des médecins. Les plaisants diront que ce seroit bien assez des maladies; mais nous sommes convenus de ne pas faire attention aux propos des plaisants.
Originairement, qu'est-ce qu'un médecin? C'est un homme qui a observé sans cesse les faits relatifs à la santé, et. les a enregistrés soigneusement pour en tirer des conséquences au besoin ; qui a reconnu ,
distingué et décrit les diTei*ses maladies diaprés leurs symplâmes particuliers ; de leurs effets sensibles est remonlé h. leurs causes secrètes; a proposé, pour chacune d^elles, le remède qui lui étoit indiqué par le principe même du mal , et a constaté leffet de ce remède, pour en faire de nouveau Tapplication dans tous les cas où la i*essemblance des signes pathologiques aura dénoté une maladie, soit identique, soit analogue. Maintenant, supposez que cet homme a Técu des milliers de siècles, présent à la fois dans tooles les parties du monde connu, et tous aurez à peu près le médecin de nos jours , s'il possède à fond , comme il le doit, la science médicale ancienne et moderne , théorique et pratique , et si , aux lumières réfléchies que les livres lui ont offertes , il a Joint les lumières directes et immédiates que fournit Fexpérîence personnelle. 13 n telle homme n'en sait^il pas plus nécessairement sur la nature d'un mal et les moyens de le guérir , que le malade luHméme et tous les ignorants qui l'entourent? Si l'on m'accorde Ce point (el je doute qu'on puisse me le refuser sérieusement), voilà Tutilité de la médecine reconnue ^ et j'aurai bon marché maintenant de toutes les objections qu'on fait contre elle. C'est une science conjecturale, répète-t-on sans cesse; mais, excepté les sciences du calcul, toutes les autres sont-elles donc si positives? La morale, cette médecine des âmes , qui a aussi ses aphorismes et ses ordonnances , fait-elle autre chose que conjectura* le principe caché de nos actions, d'après nos actions même, et ensuite Tefficacité des préservatifs ou des remèdes qu'elle nous prescrit, d'après la nature plus
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OU moins bien conoue de dos aiîections internes, c'est-ànlire de nos passions et de nos vices ? Une conjecture ou une observation isolée , jusUGée par une longue série de faits unifonnes, devient un principe -, er Tassemblage d'un certain nombre de principes forme une science. C'est ainsi que la médecine a ses régies fixes , et que , dans les maladies simples et régulières , elle est parvenue à prédii'e la naissance , la durée, la fin et le retour périodique des crises, avec autant de précision et de sûreté que l'astronomie prédit les conjonctions, les phases et les éclipses d'une planète soumise h des lois connues ; mais aussi elle a , comme Tastronomie, ses anomalies, sea astres vagabonds , ses comètes, qui échappent à tousses calculs, et ne se prêtent à des conjectures que pour les mettre en défaut le plus souvent. Les médecins commettent des erreurs: hélas! oui, l'on n'en peut douter; et la meilleure preuve qu'on en ait, c'est qu'ils sont des hommes comme nous. Leurs méprises sont meurtrières : cela est encore trop vrai; il seroit préférable, sans doute, qu'ils descendissent dans les ténébreuses profondeurs de potre organisation, plus avant qu'il n'est permis d'y pénétrer, ou que leurs bévues ne fussent pas plus funestes que celles d'un antiquaire qui prendroit un Septime-Sévère pour un Pertinax , et d'un astronome qui se iromperoit , du Nord au Sud seulement, sur la direction d'une comète. Hais l'un et l'autre sont k jamais impossibles ; et les choses n'en iroient pas mieux, quand ce seroient les malades eux-mêmes qui remplacerotent les médecins. On reprodie aigrement à ceux-ci de n'être pas d'accord
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entre eux. Préféreroit-on quUIs s^entendissent tous pour nous abuser , comme le conseilloit M. Fillerin à MM. Tomes et Desfonandrès , qui avoient eu Fétourderie de disputer devant Sganarelle? La différence de doctrine entre médecins diminue notre confiance et leur considération : ce n'est un malheur que pour eux; et il en résulte des débats qui définitivement tournent au profit de la médecine et de l'humanité. Une vérité combattue résiste et s'affermit , une erreur attaquée se défend , mais k la fin succombe : sans ces contra^ dictions dont nous nous plaignons, tant de faux systèmes qui ont disparu subsisteroient encore. Je n'ajoute plus qu'une considération, et je remprunte à un médecin qui a l'amour et la religion de son art , et qui sait en parler éloquemment; c'est le docteur Pariset. On disputoit avec lui, en ma présence, sur la réalité de la médecine : « Si la médecine , répondit- « il, étoit un art purement cabalistique, croit-K)n « que, dans tous les siècles et chez toutes les nations, « tant d'hommes de génie, qui étoient aussi des m hommes de bien , se fussent appliqués sans relâche k « perfectionner un mensonge et se fussent accordés « unanimement k garder un secret si odieux « sans y c être obligés par la foi du serment? » J'avoue que cette preuve morale fit une profonde impression sur moi , et je crois que les lecteurs n'en seront pas moins frappés. En effet, c'est un noble et puissant aipiment en faveur d'une science, que la réunion du* génie et de la probité dans plusieurs de ceux qui l'ont cultivée. A ce double titre, Hippocrate seul devroit suffire pour mettre la médecine k l'abri de nos soup- I. 8
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çoDs ouLrageants et de nos attaques incoDsidérées.
Les aonales de l'univers onrent un petit nombre de génies vraiment créateurs qui ont , pour ainsi dire, conçu et enfanté une science tout entière; qui, s'ils n'ai ont pas posé les dernières limites , ont du moins embrassé de leur vaste regard, et déterminé par des points fixes, que d'autres yeux ne pouvoient apercevoir encore , l'horizon dans lequel dévoient s'étendre et se renfermer ses conquêtes futures; qui, eoËii, n'ont laissé à leurs innombrables successeurs l'espérance et le pouvoir d'en agrandir un jour le domaine qu'à ia condition de suivre exactement leurs traces, et de partir du point précis où se sont arrêtés leurs pas, pour en faire au delà quelques autres. Hippocraie est un de ces rares génies ; il est le fondateur de la médecine ; et, depuis vingt-deux siècles et plus qu'elle est pratiquée dans l'Europe et dans l'Asie, avec tout ce que l'btcrèt de la gloire et de la fortune peut ajouter d'ardeur à l'intérêt de l'humanité, cette science n'a fait que décrire un long cercle d'erreurs pour s'être éfaitée des principes d'Hippocrate; et , lorsqu'elle y a été l'amenée, ses progrès ont été presque insensibles: comme si les homes assignées k l'art par le grand homme qui L'a inventé, étoient les bornes mêmes que la nature a prescrites k l'audace de nos recherches et a II bonheur de nos découvertes !
Avant Hippocrate , la véritable médecine n'existoit piis. Les sectes philosophiques qui expliquoîent ou plutôt invenloient à leur gré les éléments constitutifs et hs lois générales de l'univers , daignoient quelquelois laisser tomber leurs regards sur le corps humain,
et alors interprétoient y chacune selon son système , les phénomènes de la Tie et les mystères de notre or* gatiisation; mais elles n en tiroient aucune conséquence applicable a Tart d'entretenir ou de rétablir la santé. De leur côté , les trois écoles de médecine , que formoient autant de branches de la famille des Asclépiades j faisoient consister toute la science dans un certain nombre de recettes transmises de père en (ils, ou inscrites sur des tablettes dans les temples d'Esculape; mais , dans leur empirisme héréditaire , elles n'imaginoient pas de remonter jusqu'aux principes et aux lois de l'économie animale , seul moyen de bien connoitre la nature des accidents qui y portent le trouble, et d'en induire avec quelque certitude la nature des moyens qui peuvent y rétablir Tordre. En un mot, les philosophes discouroient sur le physique de Thomme, sans qu'aucune expérience Tint confirmer leurs spéculations , ni aucun résultat les rendre utiles ; et les Asclépiades agissoient sans qu'aucun raisonnement éclairât leur pratique , l'afTermit dans sa marche , et lui permît de faire des pas plus rapides. C'étoient comme les deux moitiés d'une même science qui étoient restées séparées pendant long-temps, et qu'on n'avoit pas encore songé à réunir pour en former une science complète. Hippocrate, de la race des Asclépiades et le dix-huitième descendant d'Ësculape , étudia la physique générale et la métaphysique sous les plus célèbres philosophes de son temps, enleva, pour ainsi dire, à ceux-ci la partie de la médecine qui étoit sans usage entre leurs mains , et la réunit dans les siennes k celle que déjà il possédoit à titre d'héritage. Cette
heureuse combinaison de moyens, qui étoit moins une reTolution dans la science qu^une création 'de la science elle-même , a été attestée par les plus grands philosophes et les médecins les plus renommés de Tantiquité; entre autres Celse a dit: Hippocrates Cous y primas qaidem ex omnibus memorid dignis , ab studio sapientiœ disciplinam medicinœ separavity vir et^rte et facundià insignis. « Hippocrate de l'île de « Cos, le premier de tous les médecins dignes de mea moire, homme également fameux par son éloquence « et par son habileté , sépara la médecine de Fétude a de la philosophie ; « c'est-à-dire , ravit aux écoles de philosophie la science physiologique qu'elles avoient en quelque sorte usurpée, et la restitua aux écoles de médecine , à qui elle appartenoit légitimement.
Avant Hippocrate, les médecins passoient tout le jour au coin des rues ; et , là , les malades en voyoient , venoient, ou enfin se faisoient apporter pour les consulter. Il ne faut eh rien conclure contre la dignité de cette profession chez les Grecs. Dans nos mœurs , telles que le climat les a créées en partie , le coin des rues et des carrefours n'est un poste convenable que pour ces chirurgiens ou ces vétérinaires de la plus humble espèce , dont les uns démantèlent les mandibules de la populace, et les autres mutilent nos animaux domestiques. Mais, sous le beau ciel de la Grèce, dans des villes ornées de places et de portiques magnifiques , ce n'éloit pas dans le sombre intérieur des édifices , c'étoit en plein air, c'étoit dans des galeries ou des vestibules ouverts , que se traitoient toutes les affaires publiques et privées; c'étoit là que les politi-
ques débitoient des nouvelles k leurs dupes , les philosophes |des rêves a leurs disciples , et enfin les médecins des ordonnances à leurs malades. Hippocrate établit le premier la coutume de visiter les malade s chez eux, et de s'établir quelquefois à leur chevet, pour suivre les promptes variations des grandes maladies aiguës , saisir à temps les points critiques , et administrer aussitôt les^^emèdes. Il fut donc Tinvenleur de la médecine clinique , comme il Favoit été de la physiologie médicale.
Il est aussi le premier, qui , considérant le corps humain comme une machine composée de solides et de fluides, et, par conséquent, soumise h toutes les lois de la dynamique et de l'hydrostatique , ait fait usage des mathématiques pour en expliquer le jeu et les altérations. Abusant de cette application ingénieuse et utile , les médecins , désignés par le nom de mécaniciens , n'ont plus voulu voir , dans toute l'économie animale , que des leviers , des contrepoids , des pompes aspirantes et foulantes; en un mot, que des forces et des résistances. Mais, en cela, Hippocrate, comme on l'a dit de Fontenelle, a été le chef d'une secte dont il n'étoit pas. Ses écrits prouvent qu'il a reconnu dans nos humeurs une sorte d'attraction et d'aIBnité à peu près semblables h celles que la physique générale et la chimie ont découvertes depuis entre les parties de la matière inanimée ; et c'est sur ce fondement que semble avoir été établie la doctrine des sympathies, dont les partisans sont les adversaires naturels des mécaniciens. Il étoit dans la destinée d'Hippocrate que toutes les écoles le voulussent pour maître , toutes^
les sectes pour fondateur. Les sectes empirique, méthodique et dogmatique se sont attribué cet honneur k Fexclusion Tune de Fautre; chacune d^elles prétendoit être la fille légitime d'Hippocrate , et repoussoit les autres comme des sœurs adultérines : toutes aToient des droits égaux dont elles abusoient également. Leurs différents systèmes sont dans les livres d'Hippocrate ; mais ils y sont comme vérités partielles , et c'est à tort que des sectes les en ont détachés pour en faire des vérités générales et uniques. Les siècles qui se sont écoulés depuis Hippocrate , ont été illustrés par l'invention de plusieurs grandes vérités physiques et métaphysiques , dont ses ouvrages , mieux interprétés alors y ont offert des traces légères, mais non pas équivoques. Je n'en citerai que deux exemples : le premier est le principe de la formation des idées , renfermé dans une phrase d'Aristote , et glorieusement développé par Locke ; l'autre est la circulation du sang , dont la découverte a immortalisé le nom d'un autre Anglois, celui du docteur Harvey : ces deux grands phénomènes de nos deux natures avoient été devinés et indiqués par Hippocrate. Les sciences les plus hautes et les plus utiles lui ont d'importantes obligations. C'est dans son fameux Traité de VAir^ des Eaux et des Lieux y que des moralistes et des politiques ont trouvé le type de leurs idées sur Tinfluence des climats. Montesquieu n'a fait, qu'étendre et appliquer à la législation ce qu'Hippocrate avoit dit des températures , des saisons et des positions topographiques, relativement à l'hygiène. Les jurisconsultes ont donné force de loi à ses déci-
skms en matière de droit canonique , civil et criminel ; ainsi ses ouvrages sont devenus le code de la médecine légale. Enfin les littérateurs eux-mêmes ont admiré , ont pu prendre pour modèle son style éminemment nerveux, précis, rapide et clair, qui joint la simplicité naïve à la richesse métaphorique , exerce profondément la pensée sans jamais la fatiguer , frappe par des énoncés lumineux , et saisit par de vastes aperçus.
Ce qu'on pourroit nommer la discipline médicale dHippocrate , n'est pas moins sublime que sa doctrine. Pénétré de rexcellenceet de la dignité de son ai*t, il exige que ceux qui le pratiquent soient ornés, non seulement de toutes les lumières de l'esprit, mais encore de toutes les qualités de l'ame. Ce précepte , répandu dans ses divers écrits , est l'objet unique d*un traité tout entier , de celui qui a pour titre : De riecenti omatii Medici* « Le médecin, dit-il, doit avoir de la discrétion et des mœurs ; autrement il sera le fléau des familles , en divulguant les secrets domestiques et en corrompant la vertu des femmes et des filles. Après s'être formé dans l'exercice de son art aux dépens des gens pauvres et obscurs, il ne doit pas, dès qu'il est parvenu aux honneurs de sa profession , se vouer exclusivement au service des gens riches et puissants. Qu'il n'aborde ses malades , ni avec cet air de gaieté ou de distraction qui insulte à leurs maux , ni avec ce ton brusque et bourru qui repousse leur confiance. Que, sachant différer ses besoins, interrompre son repos et , k plus forte raison , sacrifier ses plaisirs, il vienne avec empressement à la voix de tous ceux qui souffrent , leur parle avec douceur et avec
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décence , les interroge avec soin , les écoute avec attention , ne repousse pas leurs désirs par caprice , et ne cède point à leurs fantaisies par lassitude ou par indifférence. EnGn, qu'exempt d'orgueil et d'envie, il ne rougisse point d'mvoquer les lumières de ses rivaux dans les cas difGciles , et n'attende pas , pour s'y résoudre, qu'il ne soit plus temps de demander des conseils. ■ J'aime à croire qu'en tout ceci du moins tous nos médecins sont les fidèles disciples d'Hippocrate.
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