‹ Mélanges philosophiques et littérairesChapitre 30 sur 40 · I. ly · texte numérisé non relu

I. ly

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très curieuse d'une époque très mémorable , elles ont moins tenté le zèle des écrivains en état de les bien traduire. Villefoi'e, l'abbé Auger et deux autres traducteurs plus récents , ont seulement frayé la roule , et ont réserré à ceux qui les y suivront toute la gloire d'en atteindre le but. On assure qu'un orateur fameux de notre Assemblée Constituante, qui s'étoit déjà honoré par un chef-d'œuvre d'éloquence et de piété filiale , a pris l'engagement de fournir en entier cette carrière. Son talent prouvé ne permet pas que nous nous bornions à former des vœux pour le succès de son entreprise, et nous pouvons même concevoir plus que des espérances. En attendant qu'il les réalise , un nouveau concurreni se présente avec des titres bien propres à inspirer la confiance. Ce concurrent cstH. Truffer, professeur distingué de l'ancienne et de la nouvelle Université. Parmi les sept fif/T/wejouHaranguescon- Ire Verres, il a choisi les deux dernières, regardées généralement comme des chefs-d'œuvre. L'une a pour objet les vols de statues , de tableaux , de vases et d'au* très objets précieux, queVerrèsa commis dans la Sicile; l'autre les supplices qu'il y a fait subir ti des citoyens romains.

Des sept Ferrines, les deux premières seulement furent prononcées. Verres, tout fort qu'il étoil de son or, de l'éloquence d'Hortenslus et de la partialité (les patriciens, ne put résister à la masse écrasante (le faits avérés dont Cicéron l'accabla dès le début de la plaidoirie : il n'osa point attendre le jugement, et se punit lui-même par l'exil. On raconte qu'il y fut ussez misérable pour ne pouvoir se passer de quel-

qacs secours que la générosité de Cicéron lui fit tenir. 11 n'avoit cependant point eu le courage de se défaire des belles statues et des beaux vases de Corinlhe qui lui avoient fait commettre tant de yiolences et de bassesses, puisque le refus qu'il fit de les céder à Marc-Antoine devint la cause de sa mort. L'accusé et Taccusateur périrent par les mêmes mains. Cicéron composa et publia dans la suite les cinq dernières harangues , sans autre but que de laisser à la postérité un monument de son habileté dans le genre de Taccusation , et un modèle de la manière dont ce genre doit être traité et suivi dans toutes ses parties. Dans la sixième Yerrine, dans celle qui a pour titre de Sf'gnis (sur les Statues), la grande difficulté consifttoit k diversifier le récit d'une infinité de rapines qui, ayant toutes le même objet et étant presque toutes accompagnées des mêmes circonstances, n'auroient ofTert, dans la bouche d'un orateur vulgaire, qu'une longue et insipide énumération de larcins à peu près semblables. On ne peut se faire d'avance une idée de la variété , du mouvement et de la vie que Cicéron a eu l'art de donner à cette masse uniforme et pour ainsi dire inerte. Il apostrophe tantôt les juges, tantôt Verres, tantôt les dieux et les déesses, dont ce préteur insatiable a pillé les temples et enlevé les images. Ici c'est un simple récit, la un tableau animé, ailleurs une véritable action dramatique.

La traduction de M. Truffer est faite suivant un bon système : elle tient le juste milieu entre ces paraphrases négligées où l'auteur original est afPoibli et comme noyé dans un déluge de paroles, et ces

versions pénibles , oftXl est torluré et, pour ainsi dire, cslTQpié par les efforts maladroits de son interprète. De ces deux manières, également vicieuses, la première fut long-temps à l'usage de nos traducteurs en prose et en vers, avant que des écrivains disliugués, concevant tout ce qu'une bonne traductioD pouvoit exiger de talent et rapporter de gloire, eussent fixé, par leurs préceptes et surtout par leur exemple, les véritables règles de l'art de traduire; mais, comme nul état n'est stable, et qu*un genre a^ rivé à sa perfection doit nécessaii'ement dégénérer, nous en sommes venus, en vers comme en prose, ï un excès de ûdélité très infidèle, qui s'attache à la lettre plutôt qu'à l'esprit et à l'effet, dont tout le secret consiste à jeter les mots de notre langue dans des moules qui ne sont pas faits pour elle, et dont tout le résultat est de parler latin avec des paroles françoises; si ce n'est pas plutôt ne pai-ler ni François ni latin.

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