‹ Mélanges philosophiquesChapitre 10 sur 28 · IXU RÔLE DE LA GRÈCE, ETC · texte numérisé non relu

IXU RÔLE DE LA GRÈCE, ETC

dire, et rappeler ce que nous av(»is vu depuis six ans ? La Grèoe qui, la prmùère, vainquit les barbares^ était depuis trois siàdes leur misénible esclave. Enfin, après avoir si longtemps souffert, se voyant entourée de peu* pies civilisés qu'elle avait droit de regarder comme ses enfants, les voyant riches et puissants, les voyant en paix entre eux et avec le monde, elle s* est soulevée pour la liberté, espérant qu'ils ne la laisseraient pas, et que n'ayant rien de mieux à faire, ils se souviendraient de Léonidas et de Thémistocle. Mais elle avait trop présumé, ungagée dans une lutte inégale, elle y est restée seqle vec son désespoir. Pillée, brûlée, vendue, affamée, elle nous a tendu les bras; elle a demandé à être la dernière parmi nous ; elle consentait â devenir notre servante, notre esclave ; rien, durant six années, n'a pu troubler le sang- froid de nos diplomates, et il a fallu que la charité des artisans lui envoyât du pain pour se nourrir, du linge pour panser ses blessures, et quelques armes pour vendre plus chèrement son dernier soupir ! Et cependant la Grèce est en Europe, et cependant l'Europe est chrétienne, et cependant une chiquenaude de l'Europe pouvait renvoyer en Asie les maîtres indignes de la Grèce. Ah ! sans doute les rois ne savent pas l'histoire ; autrement, une compassion plus prompte aurait brisé plus tôt la ligue ministérielle qui les retenait. Mais enfin, nous sommes sortis de cette honteuse indifférence, et de meilleurs conseils ont été entendus; la force des choses a triomphé des intrigues d'un moment, comme elle fait toujours, et ce coin de l'Europe sera rendu à la civilisation qui en est sortie. Aussi bien la Providence ne peut-elle suspendre le vaste plan qu'elle poursuit depuis quarante siècles, par égard pour M. de Metternich et pour les jésuites qui n'entendent pas comme elle les

destinées de l'espèce humaine. Fallait-il que l'Hellespont cessât de couler, parce que l'imbécile Xercès jetait dans ses flots quelques aunes de chaînes, et frappait de verges .son sein majestueux?

DE l'État actuel de l'humanité.

Parmi les peuples répandus sur la surface de la terre, il n'en est pas deux qui présentent exactement le même état de civilisation. La différence entre quelques-uns est énorme; elle est encore sensible entre ceux qui se ressemblent le plus. Toutefois, quand on envisage l'espèce humaine d'un peu haut, on la voit se diviser en quelques grandes masses, où viennent se ranger à peu d'exceptions près toutes les nations du monde. Ce sont comme autant de familles de peuples , qui ont chacune leur drapeau et leur direction particulière. Dans le sein de ces familles, il y a beaucoup d'inégalités ; les nations qui les composent ne sont point aussi avancées les unes que les autres ; mais toutes se suivent dans la même voie et sont entraînées par le même mouvement. Ainsi,

1. L'auteur place sous ce titre les deux premières leçons d'un cours sur la philosophie de l'histoire, fait par lui en 1826. La première a paru dans le Globe du 13 octobre 1827, tome VI, page 49; l'autre est inédite.

par exemple, quoiqu'il y ait loin de la civilisation de la Russie à celle de la France ou de l'Angleterre, il est facile d& voir cependant que les Russes sont engagés dans le même système de civilisation que les Français et les , Anglais. Ils sont derrière nous, il est vrai, mais ils nous suivent : les mêmes idées les attirent, la même lumière les dirige vers un but qui nous est commun, et autour duquel ils gravitent comme nous, quoique de plus loin. Ce sont des enfants plus jeunes d'une même famille, des élèves moins forts d'une même école de civilisation. On ne pourrait en dire autant des Turcs, bien qu'ils soient comme les Russes une nation de l'Europe. Il est évident qu'ils appartiennent à une autre civilisation que la nôtre. Malgré la puissante attraction que nous exerçons sur eux depuis qu'ils sont venus camper parmi nous, ils ne sont point entrés dans nos voies. Il y a entre eux et nous autre chose qu'entre nous et les Russes. La Russie est la dernière planète de notre système; la Turquie d'Europe appartient à un autre, et il serait aussi dif£kile d'entraîner les Turcs dans notre mouvement que d'em* pécher les Russes de le suivre.

Si ces exemples ont fait comprendre notre idée, il paraîtra tout simple de chercher d'après cette indication les différents systèmes de civilisation dans lesquels Yesr pèce humaine est partagée. Or, si on retranche les tribus sauvages qui n'ont point encore été converties à un ordre de choses qu'on puisse appeler civilisé sans £ftire violence au langage, et qui^ dans des états de barbarie plus ou moins grossiers, sont répandues çà et là sur la surface de la terre; si, dis-je, on retranche cette partie de l'espèce humaine encore étrangère à la civilisation, on verra que le reste se groupe à très-peu d'exceptions près en trois grandes familles, qui sont les nations chrétien-

nés, les nations musulmanes et les nations brahminiqaes. Le christianisme, le mahométisme et le brahmanisme sont les trois grandes écoles, les trois grands systèmes de civilisation qni se partagent tout ce qui n'est point barbare sur la terre.

L'école musulmane occupe TAsie occidentale, le nord et l'orient de l'Afrique, jusqu'à une profondeur incon* nue. L'école brahminîque possède l'Asie orientale et les grandes îles qui la bordent au levant et au sud. L'école chrétienne embrasse l'Europe et l'Amérique; elle pénètre dans l'Asie par le nord et le midi ; elle a des colonies partout. Le reste de l'espèce humaine est sauvage ou ne compte pas.

Environ deux cent trente millions d'hommes sont entraînés dans le mouvement chrétien; le mahométisme en comprend à peu près cent vingt millions ; le brahminisme, dans ses différentes sectes, deux cents. Cent mil* lions de barbares forment le surplus des habitants de la terre. Ils sont tellement épars et circonvenus, que cette portion de l'humanité ne présente aucune force et n'exerce aucune influence.

Les^ nations mahométanes et les nations brahminiques forment deux familles tout aussi distinctes l'une de l'antre qu'elles le sont des nations chrétiennes. De môme que» dans le sein de la famille chrétienne, les peuples ne sont pas tous arrivés au même point et sont divisés d'opinions sur plusieurs questions, de même dans le flein du brahminisme et du mahométisme on trouve des sectes et des degrés de civilisation différents. Mais tout comme, en dépit des différences de civilisation ou d'opi* nions qui les distinguent, tous les peuples de la famille chrétienne sont cependant évidemment engagés dans le même mouvement d'idées, tout de même, malgré les

sectes qui les divisent, et sous les formes diverses que les localités et d*autres causes leur ont imprimées, les nations mahométanes et les nations brahminiques ont respectivement entre elles des rapports d'opinions et d'habitudes qui les rallient à une même bannière et les font graviter vers une forme commune de civilisation. Il y a entre Flnde, la Chine et le Japon, la même diversité et la même unité qu'entre l'Espagne, la France et l'Angleterre. Mais quand on saute de la Chine en France, ou de l'Inde en Turquie, ou de la Perse en Espagne, on sent qu'on change de monde et qu'on passe d'un système de civilisation dans un autre.

Ce sont en eCFel tçois systèmes de civilisation qui ont fondé ces trois grandes familles de peuples et qui les séparent si profondément ; et ces trois systèmes de civilisation sont, en d'autres termes, trois religions ou trois philosophies différentes, la chrétienne, la mahométane et la brahminique. Cela n'a.rien de surprenant. Une véritable religion n'est autre chose qu'une solution complète des grandes questions qui intéressertf l'humanité, c'est-à-dire de la destinée de l'homme, de son origine, de son avenir, de ses rapports avec Dieu et ses semblables. Or, c'est en vertu des opinions que les peuples professent sur ces questions, qu'ils se donnent un culte, des lois, un gouvernement, qu'ils adoptent certaines pensées, certaines habitudes, certaines mœurs, qu'ils aspirent à un certain ordre de choses qui est pour eux l'idéal du beau, du bien, du bon et du vrai en ce monde. Toute véritable religion entraîne donc nécessairement après soi, non-seulement un certain culte, mais une certaine organisation politique, un certain ordre civil, une certaine politique et de certaines mœurs. En un mot, toute religion enfante une civilisation tout entière, qui est à

elle comme Teffet est k sa cause, et qui tôt ou tard doit nécessairement et inévitablement se réaliser.

C'est parce quelebrahminisme, lé christianisme et le mahométisme sont trois religions complètes et vraiment originales, que les civilisations des peuples qui les professent sont vraiment différentes. Quelque part que vous alliez, au sein même de l'empire du mahométisme ou du brahminisme, partout où vous trouvez des chrétiens, de quelque secte qu'ils soient, et quelque grossière que soit cette secte, vous retrouvez le caractère de la civilisation européenne. Les climats, les races d'hommes ne peuvent, pas plus que les sectes, effacer cette identité profonde, quoique la surface, les formes, la couleur, si je puis parler ainsi, en soient affectées. Haïti, peuplée de noirs et placée sous la ligne, est entraînée dans notre système de civilisation. Les catholiques grecs de Russie, les protestants de Prusse, les nestoriens d* Asie, les quakers de l'Amérique et les catholiques romains de France, marchent dans les mêmes voies. C'est que les sectes d'une religion ne sont point des altérations, mais des développements et peut-être des perfectionfiements de son principe; ce sont des rameaux du même tronc, nourris delà même sève, et qui doivent porter des fruits semblables; tandis <iue des religions distinctes, comme le christianisme et le mahométisme, sont des arbres différents qui se couvrent de feuilles, de fleurs et de fruits de natures diverses.

La différence profonde et vraie qu'il y a entre les sauvages et les peuples civilisés, c'est que ceux-là n'ont encore que des idées très-vagues sur les grandes questions qui intéressent l'humanité; en sorte que ces idées n'ont pas pu se préciser assez pour se rallier et s'organiser en système. Si la vie errante de la plupart des tribus sau-

vages est un obstacle à ce que ces solutions se précisent, parce que les loisirs et la paix, qu'amènent toujours une habitation fixe et la culture de la terre qui en est la suite, permettent des réflexions plus attentives et plus fortes, on peut dire aussi que l'absence de ces solutions précises entretient la vie errante et isolée des tribus sauvages. Si le système était trouvé, il faudrait qu'elles se fixassent pour en organiser les conséquences ; ce système, plus fort que les idées vagues des peuplades voisines, attirerait celles-ci, les subjuguerait; une agglomération toujours croissante se formerait, et une nation civilisée naîtrait Partout où on a trouvé des nations organisées, comme au Mexique et au Pérou, on a trouvé un système précis et formulé; partout, au contraire, où on a trouvé des tribus errantes et sauvages, on a trouvé en même temps des idées vagues sur Dieu et la destinée de rhomme. Les sauvages de toutes les parties du monde en sont encore, à très-peu d'exceptions, au fétichisme en religion; c'est-à-dire qu'ils en sont encore à chercher l'idée dont ils ont le sentiment mais non pas la conception. Tant que les Pélasges errèrent dans leurs forêts, ils appelaient leurs dieux Oeoi, mais ne leur donnaient point de noms particuliers ; c'est qu'ils n'en avaient point encore d'idées précises, et en étaient au fétichisme. Ils ne se fixèrent et ne se civilisèrent qu'autour des systèmes religieux importés de Phénicie et d'Egypte. C'est en vertu de cette attraction, qu'un système arrêté de solutions des grandes questions humaines exerce sur les hommes qui n'en ont point, que nous voyons la portion sauvage de l'humanité diminuer tous les jours, et se rallier peu & peu aux puissants systèmes des nations civilisées. Ce phénomène se produit d'une manière bien remarquable en Amériqueet en Sibérie. De là les succès faciles de nos

DE L'£TÂT actuel de L'HUMANITÉ. 79

missionnaires chez tous les peuples vraiment sauvages et leur peu de succès chez les peuples civilisés : ils ne peuvent agir sur ceux-ci que par la supériorité de vérité in système chrétien. La supériorité de vérité est aussi une supériorité de force et donne la supériorité d'attraction. C'est aux conquêtes du christianisme que nous re-' connaissons sa supériorité de vérité, comme on l'a fort bien dit, et cette supériorité de vérité lui promet la domination du monde. C'est en vertu de cette même supériwité que les conquérants de Tempire romain et ceux de l'empire chinois ont été conquis aux systèmes de civilisation des peuples qu'ils avaient subjugués.

D'après tout ce qui précède, on peut donc considérer le mcHide comme soumis à l'attraction de trois forces ou de trois systèmes de civilisation différents : le christianisme, le brahnrinisme et le mahométisme. Car, comme nous venons de le voir, les nations sauvages n'ont pas de systèmes, et n'exercent aucune attraction ; elles sont le reste de ia matière première de la civilisation, et ce reste sera tôt ou tard mis en œuvre, ou, ce qui revient au même, ag^oméré aux masses civilisées déjà formées. Et le fait confirme cette vue théorique. L'espèce sauvage diminue tous les jours et de deux manières : d'abord par la conversion de quelques tribus à la civilisation, et en second lieu par Taugmentation rapide de la populatioa chez les peuples civilisés, augmentation qui, ne se produisant pas chez les sauvages où la population reste stationnaire, accroît tous les jours la supériorité relative des ims et la faiblesse relative des autres.

S'il y avait quelque part sur la terre une grande masse de peuples sauvages en contact , comme il y en avait au nord et dans le centre de l'Asie au iv^ siècle , on pourrait admettre la possibilité qu'un système, se produisant

tout à coup au sein de cette masse, agglomérât les peuples qui la composent , et créât tout à coup une quatrième civilisation, un quatrième centre d'attraction. Mais cette masse n'existe pas. Les populations sauvages de l'Amérique sont cernées de toutes parts, et divisées ; en Asie, on sait à peine où les trouver; elles sont isolées dans les tles, faibles et déjà surveillées au centre de la Nouvelle-Hollande. Resterait donc le cœur de l'Afrique ; mais tout le nord est mahométan , ainsi que la côte orientale; les Européens occupent des positions à l'occident et au sud ; il est impossible que ces attractions plus fortes ne dissolvent pas à sa naissance toute agglomération qui tendrait à se former au centre de l'Afrique; sans compter que le climat, le défaut de grandes rivières vers le sud laissent assez présumer que la population de ces régions inconnues est peu considérable. On peut donc considérer les trois systèmes de civilisation existants comme les seuls qui puissent avoir de l'influence sur les destinées du monde. Ce sont donc ces systèmes qu'il faut considérer.

Quelles sont leurs forces respectives ^ leurs degrés de vigueur et d'attraction, et, dans la lutte qu'ils soutiennent pour s'emparer du monde, auquel la victoire restera-t-elle, si toutefois le monde doit tomber sous un seul système de civilisation? Nous confirmerons plus tard une vérité que nous avons déjà indiquée , c'est que le plus vrai est par là même le plus fort, et doit finir par absorber les deux autres , et nous chercherons , par r histoire et l'examen, lequel est le plus vrai; mais, dans ce moment, nous ne voulons les juger qu'extérieurement, par les positions qu'ils occupent, les forces matérielles dont ils disposent , et les actes qui manifestent leur vigueur ou leur faiblesse.

Or, les faits prouvent que la civilisation chrétienne est la seule des trois qui soit douée aujourd'hui d'une vertu expansive. En effet, elle est la seule qui fasse des progrès aux dépens des autres, et qui conquière les tribus sauvages à la civilisation.

Le brahminisme n'a point ou peu de sauvages à civiliser : il règne jusqu'aux bords orientaux de l'Asie, et il touche du côté de l'occident au mahométisme et au christianisme ; il est donc partout en contact avec les autres civilisations. Et comme d'ailleurs il ne fait point de colonies, les sauvages des autres pays ne le connaissent point. Il n'entrera donc point en partage de cette masse d'hommes qui restent encore à civiliser.

Le mahométisme ne fait point non plus de colonies : il reste chez lui comme le brahminisme ; le temps où il conquérait les nations par le fer est passé. Or, à l'orient, vers l'Asie, au nord et à l'occident, vers l'Europe, il est arrêté par les civilisations brahminique et chrétienne. Il n'est en contact avec les sauvages qu'au midi, vers le centre de l'Afrique. On ne peut savoir s'il continue de s'étendre dans cette direction, et si les conquêtes immenses qu'il a faites autrefois s'accroissent encore aujourd'hui ; mais on peut affirmer avec certitude que, s'il continue de convertir à lui des tribus sauvages, c'est le simple résultat du contact, et point du tout l'effet de sa volonté ; car on ne remarque aujourd'hui dans le mahométisme aucune trace de ce prosélytisme si ardent chez les nations chrétiennes, et qu'il eut aussi autrefois. S'il lui en restait un peu, il y aurait longtemps qu'il aurait traversé l'Afrique ; car avec quelle facilité n'aurait-il pas attiré dans son système des nations si grossières et si éparses , s'il eût voulu s'en donner la peine. Il suffit de voir avec quelle rapidité le prosélytisme

chrétien a fait la conquête de rÂmérique. Rien ne prouve mieux raffaissement du système musulman et son défaut d'expansion , que la persistance des Grecs d'Europe dans le christianisme, de ces Grecs si longtemps soumis sans défense à son pouvoir absolu* Quel que soit doac l'avantage de position que le musulmanisme ait en Afrique, il^n'y fait que des progrès très-lents. Mais ces progrès même seront arrêtés par l'apparition du christianisme, qui, pénétrant bientôt par le comm^ce d, les colonies dans ce continent inconnu, ira lui disputer, avec une activité bien supérieure, les tribus sauvages qu'il contient.

Si maintenant nous passons au christianisme, nous voyons qu'à l'exception des barbares de l'Afrique , qu'il est toutefois sur le point de disputer au mabométisme, il tient sous sa main tous les sauvages du reste du monde. Et d'abord, il n'y a guère d'îles un peu considérables où il n'ait pris position : les autres , il les visite sans cesse avec ses vaisseaux ; peu à peu toutes les populations insulaires tomberont dans son système. En occupant les côtes de la Nouvelle-Hollande, il enveloppe d'un filet, auquel il est impossible qu'elles échappent,

. toutes les tribus de ce cinquième monde, les plus bar* bares qu'on ait encore trouvées. Il en ira là comme il en est allé en Amérique. La civilisation chrétienne, dé-

* barquée sur le$ côtes , a pris pied et s'est liée tout autour ; puis, cette chaîne immense se resserrant, il a pénétré dans Tintérieur, refoulant toujours vers le centre les tribus sauvages, jusqu'à ce qu'enfin, traquées de toutes parts et renfermées dans un cercle étroit, elles lui cèdent le continent. Voilà commuât la civilisation chrétienne conquerra la Nouvelle-Hollande; voilà comment elle a déjà aux trois quarts conquis l'Amérique,

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qui lui offre encore cependant de nombreuses populations et de Tastes territoires à soumettre. Cette soumisâon s'accomplit de deux manières, qui prouvent égalaient sa supériorité invincible. Les sauvages attirés à elle se convertissent et viennent se perdre dans son sein, ou bien ils lui cèdent leur terre pour se retirer dans des parties plus reculées. Cette terre, elle n'est point embarrassée de la peupler. La civilisation a cette propriété de produire d'autant plus dliommes qu'elle a plus de place à occuper, propriété que la barbarie n'a 'point. Ainsiy soit qu'elle conquière des hommes et des terres, soit qu'elle ne conquière que des terres, elle se recrute toujours.

' On Yoit donc que la masse d'hommes appartenant au système de la civilisation chrétienne, déjà supérieure à celles qui appartiennent aux deux autres , a devant elle une perspective immense d'accroissement, tant aux dépens de la partie sauvage de l'espèce humaine , qu'an vertu de sa propre fécondité. Ajoutons qu'en général les terres occupées par le mahométisme et le brahminisme ont autant d'habitants cpie ces deux systèmes de civilisation en comportent :' aussi ne sache-t-on pas que la population y augmente; tandis que beaucoup dévastes empires chrétiens sont loin d'avoir atteint le maximum de population que comporte la civilisation chrétienne. L'Amérique tout entière est à une distance immense de sa population future ; TEspagne n'a pas le tiers de la population qu'elle peut nourrir sous un système semblable à celui de la France et auquel elle arrivera certainement. La population de la jeune Russie augmente de six cent mille âmes tous les ans.

Si maintenant nous considérons les conquêtes que les trois systèmes font ou paraissent devoir faire l'un sur

l'autre, nous trouverons de nouvelles preuves de la vertu expansive que la civilisation chrétienne possède exclusivement. Ni le brahminisme , ni le mahométisme ne pénètrent ni ne cherchent à pénétrer dans les possessions chrétiennes. Le christianisme et sa civilisation s'avancent de toutes parts avec ardeur, avec volonté préméditée, dans les domaines de Brahma et de Mahomet. Ils en méditent ouvertement la conquête. Les mfséionnaires et les sociétés bibliques ne sont institués que pour cela. Mais deux leviers bien plus puissants sont en mouvement pour arracher la vieille Asie à ses vieilles doctrines. Ces leviers sont la Russie et l'Angleterre. Tandis que la première s'apprête à chasser tôt ou tard le mahométisme de l'Europe , elle le tourne par le Caucase et s'en va tarir dans leurs sources, dans les steppes du Nord, les recrues de l'islamisme et du brahminisme. Ce qui se passe en Sibérie est une chose digne de remarque. Ce tiers de l'Asie est parcouru dans tous les sens par les sectateurs vagabonds de Brahma, restes de ces tribus formidables qui conquirent l'Asie et l'Europe. Mais çà et là , au milieu de ces pâtres et de ces chasseurs, des villes s'élèvent comme des oasis dans le désert. Dans ces villes habitées par des exilés ou des commerçants chrétiens , on trouve toute la civilisation, tous les arts de l'Europe. Autour, à une certaine distance, une population sédentaire cultive la terre. Les pâtres asiatiques , attirés par ces petits centres de civilisation, où ils viennent vendre les produits de leurs troupeaux, se laissent charmer par les merveilles de notre Occident. Comme des mouches attirées par le miel, plusieurs cèdent à l'appât ; ils demandent des terres, ils se fixent, et apprennent à dédaigner leur ancienne vie. Ainsi s'agglomèrent peu à peu ces populations coureuses qui n'a-

vaient pu se fixer depuis rorigine du monde; ainsi entrent-elles dans notre mouvement de civilisation. Des colonies allemandes , s'échappant de là presse de l'Europe, vont aussi se réfugier dans ces déserts avec leurs arts et leurs sciences , et contribuent par les succès de leur agriculture et de leurs jeunes associations à précipiter les progrès de ce mouvement.

Pendant que la Russie cerne l'Asie par le nord, depuis les monts Durais jusqu'à l'extrémité du Kamchatka, et ouvre un grand tiers de cette vaste contrée à notre civilisation, l'Angleterre l'attaque par le midi et fait pénétrer notre puissance dans le centre même, du brahminismé. C'est une chose admirable et qui prouve la supériorité de la civilisation chrétienne, que la conduite de la Russie et de l'Angleterre à l'égard des Asiatiques. Loin d'attaquer leurs mœurs et leurs croyances , ils les respectent : ils ne veulent point convertir, et par cela même ils convertiront. Ils se contentent de donner à ces peuples le spectacle de notre religion, de nos institutions, de nos mœurs, de nos idées, comme s'ils avaient deviné cette grande loi de l'espèce humaine, qui la pousse à adopter ce qui est plu^ beau, plus grand et plus vrai. Assurément c'est par prudence et pour leur intérêt, et non par un noble calcul en faveur de la civilisation, que ces deux nations ont adopté cette méthode : la persécution du brahminisme aurait chassé les Anglais de rinde ; mais cette prudence, quand elle se rencontre avec la supériorité, est la meilleure voie de conversion. Sans doute les Anglais sont loin d'avoir produit aucun changement remarquable dans les croyances religieuses de l'Inde : cette vieille forteresse du brahminisme est trop bien gardée par la paresse et l'ignorance. Mais à la longue il arrivera de deux choses l'une,

OU que les croyances de l'Inde s'affaibliront devant les lumières de la société de Calcutta, ou qu'une populatiim européenne ou métis, se multipliant sur ks lives du Gange, se fera faire place par les anciens habitants, et,, s'étendant peu à peu, commencera une nouyelle Europe en Asie. Des deux manières notre civilisation fera des conquêtes, et, entamant le brahmini^ne par le sud^ comme la Russie le circonvient au nord, préparera la chute de ce vieux système.

Ce qui doit hâter ces conquêtes de la civilisation chré^ tienne, c'est son immense supériorité de puissance. Telle est cette supériorité , qu'une de nos nations maritimes anéantirait à elle seule toutes les flottes des nations réunies des deux autres familles. Nous ne sommes pas moins supérieurs sur terre. Non-seulement, la populationxhrélienne étant la plus nombreuse et la seule qui ait des chaaces d'accroissement, nous avons, du côté du nombre, une supériorité qui grandira considérablement par la suite, mais encore partout où nos armées ont été mises en contact avec celles des nations brahminiques ou musulmanes, nous avons montré une autre supériorité bien plus importante que celle du nombre, la supériorité d'habileté, de discipline, d'arnaes, de génie stratégique. Cette supériorité a paru dans les champs de rindostan, lorsqu'on a vu une poignée d'Anglais battre et forcer à la paix les immenses armées asiatiques. Elle a paru en Egypte^ dans la lutte des Français contre les Mamelucks ; en Turquie et en Perse , toutes les ibis que les armées russes ont lutté contre celles de ces deux empires. Telle est cette supériorité , qu'aucun homme de bon sens ne doute qu'une armée russe, anglaise eu française, ne soit en état de battre une armée turque ou chinoise trois ou quatre fois plus nombreuse , et que

quatre ou cinq vaisseaux commandés par lord Gochrane et manoeuvres par des Anglais, ne puissent, en quelques campagnes , anéantir toutes les ûotles des nations musulmanes. Nous ne remportons pas moins par la richesse, qui est le fruit de Tindustrie. Nos machines et la perfection de notre agriculture et de nos arts nom donnent le pouvoir de payer à nos gouvernements, sans nous gêner, des sommes immenses, auprès desquelles les impôts des nations musulmanes et brahminiques ne sont rien. C'est que nous produisons beaucoup, et à bon marché : ce qui nous enrichit beaucoup , et nous permet de consacrer à la chose publique de grandes sommefi. L'Angleterre a dépensé seize milliards depuis trente ans; il a fallu que ses sujets les gagnassent, c'est-à-dire qu'ils produisissent assez pour les payer à leur patrie. Or ces seize milliards n'ont été qu'une faible partie de leurs bénéfices ; car l'impôt n'est qu'une partie médiocre du revenu ; et loin que ce don de l'Angleterre an gouvernement ait appauvri le pays, il est infiniment plus riche qu'auparavant. A quoi tout cela est-il dû, aussi bien que notre supériorité à la guerre? A notre génie dans les sciences, aux progrès que l'intelligence humaine a faits et continue de faire tous les jours parmi nous. En effet, tout cela est le fruit de la science. Aussi Toyons*nous la science, stationnaire chez les nations brahminiques, méprisée chez les nations musulmanes, honorée, cultivée , faisant des pas de géant, et gagnant (fes forces à mesure qu'elle avance, parmi nous. lA est le secret de notre supériorité de puissance ; cette supé~ rioritéde puissance n'est qu'un effets doutla supériorité d'intelligence ou de science est la cause véritable. Et aunme notre supériorité de science n'est point un accident , une affaire de circonstance qui peut disparaître

d'un jour à l'autre, comme il est évident, au contraire, que plus nos idées et nos connaissances font de progrès et moins elles peuvent périr, il est évident aussi que 'notre supériorité de puissance n'est point une bonne fortune accidentelle, mais un fait durable, qui se perpétuera, qui s'accroîtra dans une progression constante et indéfinie. En sorte que la civilisation chrétienne porte avec elle cette supériorité , comme un de ses caractères ineffaçables.

Or., cette supériorité de puissance est une nouvelle circonstance qui semble lui promettre de plus en plus la conquête du monde.

En effet, d'abord elle la met à l'abri de toute conquête de la part des deux autres familles civilisées ; elle la rend inattaquable à tous leurs efforts. En second lieu , elle les met pour ainsi dire à notre disposition, et il sera bien difficile que la volonté ne nous vienne pas de profiter de cette facilité } car il y a dans la force un besoin presque invincible de s'exercer et de se répandre. Ce besoin , qui s'use maintenant dans des guerres intestines entre les nations chrétiennes , devra chercher et trouver un autre aliment , quand ces nations cesseront de se combattre. Et tôt ou tard ce moment arrivera , parce que tôt ou tard il leur paraîtra ridicule et il cessera d'être de leur intérêt de s'entre-détruire. De même que la civilisation diminue le nombre des procès , parce qu'elle donne de l'empire à la justice et de la prépondérance à l'intérêt bien entendu, de même elle tend à éteindre les guerres entre les nations éclairées et raisonnables. Nous apercevons déjà l'aurore de cette nouvelle époque , où les nations européennes demeureront en paix, parce qu'elles sentiront combien elles perdent à la guerre, parce qu'aucune injustice suffisante n'en

foarnira le prétexte. Mais alors cette force sans emploi dans l'intérieur retombera nécessairement sur le dehors. Et, bien que la conquête soit injuste en elle-même, elle entraîne, quand elle est faite par une civilisation supérieure, un très-grand bien, qui est la civilisation de la nation conquise. C'est ce qui est arrivé à l'Amérique, et ce qui arrivera à la Turquie, quand elle aura été conquise par la Russie.

Nous avons vu que l'espèbe humaine se divise en deux portions fort inégales, les tribus barbares et les nations civilisées. Comme il n'y a pas d'exemple qu'un peuple civilisé soit retourné à Tétat sauvage, tandis que l'histoire nous apprend que la plupart des peuples actuellement civilisés ont été primitivement barbares, il est certain, et nous avons admis comme une vérité incontestable , que la destinée des sauvages qui existent encoi:e sur la surface de la terre est d'arriver à la civilisation.

Mais c'est une question de savoir si les tribus sauvages actuellement existantes se rallieront aux systèmes de civilisation établis , ou s'il y a quelque apparence qu'un nouveau système de civilisation puisse sortir quelque part du sein de la barbarie. En examinant cette question nous avons trouvé que cette dernière supposition était tout à fait invraisemblable. La diminution progressive des peuples. sauvages au profit des civilisations voisines ; la faiblesse et la passivité de ces tribus isolées qu'entourent et que circonviennent de toutes parts la puissance et l'activité des nations civilisées; enfin, l'absence d'une masse de barbares assez considé-

rable et assez isolée des systèmes existants de civilisation , pour que dans son sein puisse éclore et se développer lentement un nouveau système, sont autant de raisons qui nous ont £ait penser que le nombre des systèmes de civilisation était désormais fixé, et que la portion encore sauvage de Thumanité s'absorberait peu à peu dans ceux qui existent.

La destinée de la partie sauvage de Fhumaqité est donc attachée à la destinée de la partie civilisée. On peut regarder les hommes qui composent la première comme autant de recrues qui viendront grossir les rangs de la seconde.

La destinée de l'humanité parait donc dépendre uniquement de Tavenir des nations actuellement civilisées, ' comme formant à elles seules l'humanité tout entière. Méditer sur l'avenir de ces nations , c'est donc méditer sur l'avenir du monde.

Nous avons vu que le monde civilisé , autrefois si divers et si multiple, s*était extrêmement simplifié et assimilé. En effet , malgré le grand nombre de nations qui le composent, pour ceux qui ont la vue haute i qui comptent pour rien le temps et qui ne vont point s'achopper à des différences de formes , il marche tout entier sous trois seules bannières, et dans trois seules directions; en d*autres termes, trois systèmes de civilisation se partagent actuellement l'humanité.

Or, de ces trois systèmes, l'un , le système chrétien, nous a paru exclusivement doué de cette vertu expansive qui est la vie d'une civilisation cotnme la végétation est celle des plantes. Lui seul en effet se perfectionne et s'agrandit; lui seul est animé de la double ardeur des améliorations et du prosélytisme ; lui seul fait des étiquetes sur les autres ; lui seul songe à réunir à lui les

barbares ; lui seul les rallie en efTet , et aucun antre ne se trouve en pareille position pour y réussir. Il a donc tous les signes d'une vie forte et vigoureuse. Les deux autres , au contraire , semblent frappés de mort et ont moins l'air de vivre que de languir. Ils semblent n'exister que parce qu'il faut du temps à un système mort , comme à un arbre sec, pour se décomposer. Ils ne font point de conquêtes ni l'un sur l'autre, ni sur les barbares ; envahis par le système chrétien, ils semblent ne lui résister que par leur inertie ; ils portent en un mot tous les caractères de la décadence : car une doctrine recule dès qu'elle n'avance pas , et a cessé de vivre dès qu'elle a cessé de faire des conquêtes.

£n fait donc, le système chrétien est en progrès et en progrès rapide , tandis que les deux autres sont en décadence ; les nations qui le composent s'unissent davantage tous les jours, et forment une masse de puissance à laquelle rien sur la terre n'est capable de résister. Il est iaipossible que le système chrétien soit absorbé dans l'un des deux autres ; il est de fait qu'il les entame et commence à les absorber l'un et l'autre , ou du moins à réduire le territoire qu'ils occupent ; il y a toutes les apparences du monde que bientôt ces conquêtes march^*ont plus rapidement. On ne peut donc s'empêcher de conclure que, si le système chrétien ne périt point par des vices intérieurs , la possession de la terre lui est réservée . Cette civilisation contient donc l'avenir du monde.

Mais, de même que la civilisation chrétienne parall devoir entraîner dans son mouvement tous les , peuples de la terre, de même un petit nombre de nations paraissmi entraîner dans 1» leur la civilisation chrétienne. Ce sûDt celles qui sont à la tête de cette civilisation, c'est^

à-dire la France, TADgleterre et T Allemagne. Il est évident, en effet, que les autres nations chrétiennes aspirent et arriveront tôt ou tard à l'état de lumières , de liberté et de raison où ces trois pays sont parvenus, tandis que ces trois pays eux-mêmes tendent à un but encore inconnu et qu'aucune nation n'a atteint. A ce signe , on reconnaît les peuples les plus avancés du monde , ceux qui ouvrent le sillon et frayent la route à l'humanité.

Toutes les autres nations imitent quelque chose de plus parfait que leur condition , qu'elles voient réalisé dans la condition de quelque nation plus avancée. Les trois peuples que nous avons nommés sont les seuls qui inventent, c'est-à-dîre qui cherchent leur perfectionnement non dans l'exemple de quelque nation plus éclairée , plus heureuse , mieux ordonnée , mais dans le monde des idées et de la vérité.

Ce n'est pas que ces trois nations , auxquelles, pour être juste , il faut joindre les États-Unis d'Amérique, n'aient à s'imiter encore Tune l'autre sur plusieurs points. L'Allemagne est le pays du monde où les sources de l'instruction sont le plus libéralement ouvertes et le plus sagement gouvernées ; mais elle est loin de la perfection de la France , de l'Angleterre et des États-Unis. L'Angleterre ne l'est pas moins de notre ordre civil et de notre impartialité, et nous, de son esprit public , de son industrie et de quelques-unes de ses institutions; enfin, les trois nations européennes auraient beaucoup à apprendre des États-Unis en économie et en tolérance. Mais, si chacune de ces nations trouve chez les autres quelque chose à imiter, les autres, à leur tour, trouvent quelque chose à imiter en elle. Chacune est donc arrivée, sur quelque point, à l'état ie plus parfait qu'on connaisse , en sorte qu'elle ne peut plus avancer qu'en

inventant. Toutes sont donc, en quelque chose , à la tête de la civilisation chrétienne, et c'est un privilège qu'aucune autre ne partage avec elles. C'est à ce titre qu'elles sont l'exemple des natjons , et Tavant-garde de l'huma- Dite dans la voie de la civilisation.

On peut de même observer que chacune de ces nations a, pour ainsi dire , son emploi dans l'œuvre de la civilisation, c'est-à-dire une faculté dans laquelle elle excelle, sans être néanmoins dépourvue des autres. La Franoe est le pays du monde où les idées sont le plus avancées; il y a chez nous un bon sens dans les esprits et une clarté d'intelligence qui fait de nous la nation philosophique par excellence; aucune autre n'a tant contribué à éclairer le monde , il semble même que les idées des autres peuples ne puissent devenir populaires qy e quand elles ont été clarifiées , mises en ordre et prêchéçs par nos écrivains. Mais nous avons moins de connaissances que l'Allemagne : elle est la nation savante, comme nous sommes la nation philosophique , parce que chez elle la patience d'esprit est aussi éminente que chez nous la clarté d'intelligence. Elle amasse avec une laborieuse curiosité et embrasse avec une mémoire prodigieuse toutes les données de l'histoire et de la science ; mais elle ne sait point en tirer parti pour l'utilité et le perfectionnement de l'humanité; elle ne sait point en extraire ce qu'il y a de général et d'applicable, avec cette mesure, cette justesse, cette étendue et ce tact philosophique qui nous caractérisent. Elle fournit, dans Toeuvre de la civilisation , les matériaux des idées ; nous en tirons les idées; et l'Angleterre, de son côté, applique ces idées. C'est là son rôle et le point où elle excelle. Quoique nous soyons plus pratiques que les Allemands, nous le sommes beaucoup moins que les Anglais ; ils nous préviennent

presque toujours quand il s'agit de tirer parti d'une découverte ou d'uiie vue. Cliez eux, les idées sont aussitôt réalisées que conçues; elles passent rapidement des livres dans les choses. Il en, est de même chez les Américains, qui sont de la même race, de la même école, et qui ont le même génie: Rien n'est plus naturel que ces différences. Les nations comme les individus ont chacune leur génie : il est tout simple qu'elles soient éminentes chacune dans la chose à laquelle son génie convient; et comme une faculté ne se produit jamais qu'au détriment des autres , il est tout simple encore que la nation qui excelle en un point demeure plus faible sur les autres. Du reste c'est une admirable distributioD que celle que nous considérons en ce moment. Sans la science, point d'idées saines ; et sans idées saines, point de pratique habile et heureuse. Et d'un autre côté, la science instruit la mémoire, mais n'éclaii'e pas l'esprit; les idées éclairent Tesprit , mais ne servent au bonheur que lorsqu'elles sont appliquées et réalisées. Les idées sont la science de la pratique, comme elles sont déjà la pratique de la science. Les idées sont donc à la fois plus voisines de la pratique que la science , et plus voi^nes de la science que la pratique. D'où il suit que la nation dont la faculté dominante est celle des idées doit être plus pratique que celle dont la faculté est la science , et plus savante que celle dont la faculté est la pratique. C'est aussi ce que nous voyons : nous sommes plus pratiques que les Allemands et plus savants que les Anglais. Cette même nation doit être en même temps celle des trois qui approche le plus de l'harmonie des trois facultés ; car , placée entre la science qu'elle exploite et la pratique qu'elle éclaire , quoique moins savante que l'une de ses rivales et moins pratique que l'au-

tre, elle leur est peut-être supérieure par une réunion plus complète et un équilibre plus heureux des deux facultés extrêmes où elle n'est point éminente et de la faculté intermédiaire qui est la sienne et où elle excelle. On peut la considérer comme le pivot de la civilisation, puisqu'elle lie ensemble, par la philosophie, la science et la pratique, et que c'est par elle en quelque sorte que la nation savante et la nation pratique sont associées. Du reste, comme de loyaux collaborateurs à la même t&che , les trois peuples se partagent les fruits de leurs travaux. L'Angleterre, qui est redevable à la France d'une partie de ses idées , à TAUemagne d'une partie de sa science, lear renvoie son industrie et son bien-être, comme la France renvoie à l'Allemagne les idées qu'elle a extraites de sa science : en sorte que, par cette admirable distribution, bien que chacune produise plus spécialement un des éléments du résultat, cependant le résultat lui-même revient à toutes et n'appartient exclusivement à aucune.

Tel est le beau spectacle que nous présente la civilisation chrétienne dans les trois nations qui la dirigent. Il existe entre elles une alliance involontaire Vraiment majestueuse et sainte, car elle a pour effet le perfectionnement de l'humanité; et c'est à elles que semblent avoir été confiées par la Providence les destinées du monde.

En effet, la route des autres nations chrétiennes est tonte tracée. Elles suivront les trois nations dirigeantes jusqu'au point où elles sont parvenues. Elles ont à fournir toute la carrière qui les en sépare ; encore un certain nombre d'années, et elles se trouveront où nous sommes maintenant. D'où il suit qu'elles continueront comme nous aurons continué nous-mêmes; que si la voie où

nous marchons , et dont l'issue se cache à nos yeux , aboutit à un abîme, elles y tomberont après nous ; car ayant commencé comme nous , adopté notre direction , embrassé nos principes , les mêmes effets suivront les mêmes causes : notre sort sera le leur. Que si, au contraire , la destinée qui nous attend est une civilisation toujours croissante, une perfection d'idées, de connaissances, d'industrie, de grandeur et de bien-être toujours plus achevée , elles auront part comme nous à cet heureux avenir ; il sera le leur comme il aura été le nôtre : et non-seulement le leur, mais aussi celui de l'humanité tout entière, puisque Thutnanité tout entière semble devoir se rallier à la civilisation chrétienne, et par conséquent partager sa destinée. Ainsi trois peuples, dans la route avancée qu'ils parcourent, traînent après eux toute l'espèce, et ces trois peuples à leur tour sont gouvernés, dirigés, conduits par une élite d'hommes dont les travaux, les pensées, les résolutions et les actes fontles destinées de l'humanité. C'est ainsi que le temps et la force des choses ont tout simplifié sur cette terre, et qu'après quelques milliers d'années, lé monde, d'abord si confus , si divers , si inconnu , si hostile à luimême, s'est ramassé peu à peu et organisé de telle sorte, q^e le philosophe qui spécule sur son avenir peut et doit le chercher tout entier dans celui de cette civilisation dominante dont Paris , Londres et Berlin sont les foyers»

Il suit de tout ce qui précède que la question la plus grande et la plus importante que la philosophie puisse poser est celle de l'avenir de notre civilisation. Sans qu'ils le sachent, elle est pour tous les hommes une question de famille, pour tous les peuples une question nationale. Mais combien n'est-elle pas d'un intérêt plus

pressant encore et plus vif pour nous, qui soipmes les enfants immédiats et les citoyens actuels de cette civilisation! Nous avons pu nous tromper dans nos prévisions : peut-être toutes ces probabilités qui nous ont fait voir l'espèce humaine tout entière ralliée un jour au système chrétien, ne sont-elles que des illusions. Nous concevons qu'on le suppose ; et que pour ceux qui ne savent point saisir l'unité sous les différences dans le spectacle actuel du monde, la nécessité sous les accidents dans les événements de l'histoire^ et qui, pleins d'un respect superstitieux pour l'obscur avenir, n'osent point l'enchaîner d'avance aux lois d'une raison qui mourra demain, nous concevons que pour ceux-là nos spéculations ressemblent à des rêvçs. Mais si les destinées de notre civilisation nç sont point celles du monde, il est certain du moins qu'elles sont les nôtres. Citoyens do la France, de l'Angleterre, de l'Allemagne et de l'Europe, nous devons songer à servir notre pays : c'est notre intérêt et notre devoir. Et comment le servir, si nous ne comprenons point sa position ; et comment la comprendre, si nous ne savons ni d'où nous venons ni où nous allons, si nous ignorons par x|uel enchaînement de causes ce qui nous entoure a été produit, quelles autres causes cachées nous travaillent, et quel avenir eltes nous préparent? Et cependant ces questions, qui songe à se les poser? qui s'inquiète de les résoudre? Ouvrons lesyeux et regardons^ Dans cette fourmilière politique qui s'agite autour de nous pour monter au pouvoir et gouverner nos destinées, quel est lepygmée qui n'a point la prétention de les régler et par conséquent de les connaître? Et cependant, quel est celui de ces hardis compétiteurs qui ait jamais pris une année, que disje? un mois, une semaine sur ses affaires pour y réflé-

chir? Serait-ce donc que la politique est une chose si simple, qu'il suffise d'avoir atteint l'âge de raison pour la comprendre, ou que, par une grâce spéciale, elle se révèle tout à coup à ceux qui s'y consacrait ? Sans doute il est une politique de ménage à laquelle suffisent les lumières du simple bon sens et l'expérience de la vie. Entouré des liens de la société, chacun sent dans son village de quel côté la chaîne le bleàse, et le moindre paysan peut remonter jusqu'à la main du sous-préfet qui la tire ; un degré de sagacité de plus, on arrive an préfet; et, sans être bien éclairées, vingt personnes par département peuvent atteindre la source du mal, l'indiq]Qer et délibérer du remède. Mais ce n'est point dans de pareilles questions que gît la destinée d'un peuple , pas plus que la destinée d'un homme ne consiste à être bien nourri, chaudement vêtu et commodément logé; elles peuvent intéresser la santé du corps social et concourir à lui donner de la force ; mais la santé et la force sont des moyens et ne sont pas le but. L'homme a-t-il rempli sa destinée quand il se porté bien ? Les médecins eux-mêmes ne le pensent pas. L' a-t-il remplie davantage lorsqu'il a fait fortune ? A ce compte les derniers jours de l'homme enrichi manqueraient de destinée, et la vie tout entière de ses enfants n'en aurait point. Non, le bon sens et le catéchisme protestent à la fois contre cette doctrine. Le but de la vie est moral , non animal ; le corps est une nacelle fragile qui porte l'homme sur l'océan de la vie ; le pilote doit la sauver des écueils, mais ce n'est point pour la sauver qu'il navigue ; autrement il eût été absurde de quitter le port. Ne prêtons point cette absurdité à ]a Providence quand notre conscience l'en absout. La Providence ne fait pas de cercles vicieur* et la vie des nations n'en est pas plus un que celle des

individus. Elles non plus ne quittent point leport uniquement pour ne point périr, et n'arrivent point à rexistence seulement pour éviter de la perdre ; elles aussi ont teur mission à remplir en ce monde ; et pour elles aussi, par delà la science qui s'occupe de la santé du corps social, il en est une autre qui s'occupe de sa destinée. Pour administrer un pays, la première peut suffire ; mais il faut posséder la seconde pour le gouverner. Et c'est précisément de celle-ci que nos hommes d'État ne s'inquiètent point. Économistes , administrateurs, légistes, nous avons de tout cela ep abondance ; de ces homme-là on en forme en France à la douzaine ; nous en avons des fad)riques, comme de médecins ; mais d'hommes politi- .ques, mais d'hommes d'Ëtat, nous n'en avons point, et, à la manière dont vont nos affaires, on s'en aperçoit^» Et comment en aurions-nous, quand les questions dont la solution réfléchie peut seule les former, ne sont pas même posées, pas même soupçonnées de ceux qui sont assis au gouvernail ; quand, au lieu de regarder à l'horiion, ils regardent à leurs pieds ; quand, au lieu d'étudier l'avenir du monde, et dans cet avenir celui de l'Europe, et dans celui de l'Europe, la mission de leur pays, ils ne s'inquiètent, ils ne s'occupent que des détails du ménage national? car nous en sonimes venus à ce point de dégradation en politique, de ne comprendre même plus la signification du mot^ et de nous imaginer que nous faisons de la politique quand nous nous occupons dé nos affaires intérieures* Et qu'on ne dise pas que nous nagerons. Non-seulement nos hoomies d'État se Fimaginent, mais ils agissent en conséquence. Ne craignez pas qu'ils jettent leurs regards de l'autre côté de la frontière : le dehors n'est pas leur affaire* Que leur importe le inonde, l'Europe^ l'humanité? Soigner la

France, organiser la France, rendre la France heureuse et florissante, n'est-ce pas là tout l'objet de la politique; n'est-ce pas là, par conséquent, toute leur mission? Ainsi font- ils; et, de moitié avec les chambres qui pensent de même, ils font et défont les règlements de l'équipage, laissant à la garde de Dieu et au bon plaisir des vents la marche du navire. Et de là, deux résultats : le premier, que les affaires intérieures vont fort mal ; car il en est de la santé d'une nation comme de celle d'un individu : le moyen de la rendre détestable, c'est de passer lâa vie à s'en occuper ; le second, que la France n'agit plus au dehors, ou que, quand elle le fait, c'est toujours en vertu d'une nécessité et pour un but intérieur : deux traits caractéristiques de la politique de. notre époque, et qui lui feront beaucoup d'honneur dans l'histoire ! Que dirait Richelieu, s'il revenait, et qu'il pût causer une heure avec les ministres de la France au dix-neuvième siècle ? Chose singulière ! ce serait l'homme d'État d'autrefois qui aurait des leçons à donrier aux hommes d'État d'aujourd'hui; et cela, après deux siècles écoulés, deux siècles de progrès, deux siècles de révolutions , deux siècles pendant lesquels l'humanité a fait des pas qui ont si prodigieusement élargi Thorizon politique. Car, il ne faut pas qu'on s'y trompe, la civilisation, en avançant, a élevé la mission de l'homme d'État; l'instruction et les vues qui suffisaient jadis à un Richelieu ne suffisent plus aujourd'hui. II ne s'agit plus aujourd'hui en politique de la balance de l'Europe, mais de l'avenir de l'humanité. Les guerres civiles de l'Europe sont finies ; la rivalité des peuples qui la Composent va s'éteignant, comme s'éteignit, sous la domination d'Alexandre, la rivalité des cités grecques, et comme s'effaça , sous l'unité de la domination royale,

la diversité des provinces de la France. La Grèce devint une seule nation sous Alexandre; et I^question qui était auparavant entre Lacédémone, Athènes , la Béotie et la Macédoine, fut entre la Grèce ^t la Perse. Et de même l'Europe commence à n'être plus qu'une nation depuis qu'il y a une Amérique, une Asie, une Afrique. C'est de l'unité de l'Europe contre ces masses, et de la balance de ces masses entre elles que l'homme d'État doit à présent s'occuper. M. Canning avait commencé aie comprendre; c'est là son titre de gloire et la pensée qui lui a valu d'un bout à l'autre de l'Europe les applaudissements du sens commun que cette pensée av^it fait tressaillir. Les grandes idées couvent longtemps dans les esprits avant de s'y préciser : celui-là a du génie qui le premier les met en lumière. Le ministre qui, sortant le premier d,es idées étroites du patriotisme, conduira la politique de son pays, non vers le but usé de son agrandissement et de l'abaissement de ses voisins, mais au profit et dans le sens de l'union de l'Europe et de la civilisation du monde par l'union et les idées de l'Europe, ce ministrelà sera l'homme d'État du dix-neuvième siècle, et fera la puissance et la gloire de sa patrie, précisément parce qu'il aura abjuré le dogme du patriotisme. Mais encore une fois, vainement un ministre aurait cette idée, s'il ne savait pas ce qu'il faut savoir pour gouverner selon cette idée, c'est-à-dire s'il ne savait pas d'où vient l'humanité et où elle va , c'est-à-dire encore s'il n'avait pas une opinion arrêtée sur la loi de son développement. Connaître les intérêts respectifs, les forces et les faiblesses des différents peuples de l'Europe, ne suffit plus à la politique du dix-neuvième siècle ; les grandes lignes de la géographie du monde, les grandes masses d'hommes qui se dessinent sur sa surface, le lien spirituel qui

lOa PHILOSOPHIE DE L'HISTOmE.

constitue chacune 4e ces masses, Tâine qui les échauffe, Tesprit et les idée» qui les poussent, leurs forces matérielles, leur position, leur énergie intimé, et les couse** quences de toutes ces données pour Tavenir de chacune, voilà l'ordre de faits que la politique d'aujourd'hui doit considérer et .embrasser ; voilà quelle doit être la base de ses spéculations. Ajoutons l'histoire de toutes ces masses, qui contient ^ la révélation de leur areoir et celle de l'avenir de l'humanité.

Répétons-le en finissant : nous ne concevons pas qae tant de gens de conscience se jettent dans les affaires politiques et poussent ou tirent le char de notre tôttune dans un sens ou dans un autre, je ne dts pas seulement avant d'avoir songé à se poser ces grandes questions, mais encore avant de les avoir agitées en euz^ mêmes et examinées avec la maturité convenable. Car jl faut qu'ils conviennent qu'ils agissent en aveugles dans une affaire où les plus graves intérêts sont oompromis Se conduiraient *ils de la sorte, s'ils étaient chargés de décider du bonheur ou du malheur , de la ruine ou de Télévation d'une Camille? et, par hasard, les intérétsdel'humanité, de l'Europe, de leurs pays seraientiis moins sacrés que ceux d'une famille, et le fiait de les compromettre par légèi^eté et paresse de s'instruire, moins coupable et moins honteux? Je sais qi>e la marche de l'humanité est tracée, et que Dieu n'a pas laissé son avenir aux chances des faiblesses et des caprices de quelques hommes. Mais ce que nous ne pouvons ai empêcher ni faire, nous pouvons du moins le retarder ou le précipiter par notre mauvaise ou notre bonne conduite. La Providence n'est point sage pour nous dispenser d'être bons : elle gouverne le monde ; mais dans les larges cadres de la destinée qu'elle lui a'faite, il y a

DE L'âTAf ACTUEL DE L'HUMAIUTÉ. 103

place pour la vertu et la folie des hc^nmes , pour le dévouem^it des i^ros et l'égoïsme des • lâches. Il est du devoir de tout homme de bien qui , par sa position ou sacapadté, peut influer sur les affaires de son pays , de s'en mêler ; il est du devoir de tous ceux qui s'en mêlent de s'éclairer sur le sens dans lequel ils doivent diriger leurs efforts. Or, on ne peut y parvenir que par le moyen que nous avons indiqué, c'est-à^iire en cherchant où en est le pays et où il va, et en examinant, pour le découvrir, où va le monde et ce que peut le pays dans la destinée de l'humanité. Telle est notre morale politique; ^ voilà pourquoi la question que nous avons posée, si mqestueuse pour le philosophe qui y voit l'avenir de l'humanité, si intéressante pour le citoyen obscur qui y voit celui de son pays, nous parait infiniment importante pour l'homme qui se sent la mission d'influer sur les affaires de sa patrie et qui a résolu d'accomplir cette mission avec conscience et gravité.

Ngkus l'avouons, c'est surtout comme philosophe que nous nous sentons attiré à l'examen de ce grand problème. Persuadé de la vérité des conjectures que le tableau du monde nous a inspirées sur l'avenir de la civilisation chrétienne, voyant dans la destinée de cette civilisation celle de l'espèce humaine, cet intérêt l'emporte dans notre esprit sur tous les autres, d'autant mieux que, loin de les exclure, il les embrasse etles comprend tous. Nous avons été conduit à cette recherche par un autre intérêt encore, qui se rattache plus spécialement à nos études philosophiques. C'est le désir de provoquer la naissance d'une philosophie de l'histoire plus large et plus forte que celle qu'on a faite jusqu'ici parmi nous. Il nous semble que jusqu'à présent on a trop considéré les nations et pas assez l'humanité ; trop

104 PHILOSOPHIE DE L'HIStOlRE.

les institutions, les religions, les mœurs, et pas assez le développement de l'esprit humain, qui est la raison des mœurs, des religions, des institutions. La première méthode a dérobé aux yeux la marche même de la civilisation, dont on ne trouve que des fragments isolés dans la civilisation de chaque peuple. Car la civilisation d'un peuple n'est pas la civilisation; c'est la succession des civilisations particulières qui est la civilisation ; et, pour comprendre sa marche, il faut voir comment les civilisations particulières s'élèvent, se lient, se coordonnent et se succèdent. La seconde méthode a laissé dans l'ombre le principe même xie la civilisation, qui est quelque chose de plus profond que les institutions et que tous les faits extérieurs ; car toutes ces choses meurent et se succèdent, tandis que la civiUsation ne meurt pas. Ce principe, que nous mettrons en lumière, lie entre elles toutes les institutions, toutes les religions, toutes les diversités de mœurs, toutes les formes de l'humanité, et les réduit à n'être plus que des événements de son histoire : ce qui simplifie extrêmement l'histoire de l'humanité, et lui donne une physionomie, une unité, une clarté toutes nouvelles.

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