‹ Mélanges philosophiquesChapitre 16 sur 28 · Préflioe dfs Btquisits âê philoiophiê morûk · texte numérisé non relu

Préflioe dfs Btquisits âê philoiophiê morûk

s'y prendre pour y parvenir. Ce n'est que très-tard, par réflexion, et surtout par l'expérience de ses éternels mécomptes, qu'il sent enfin la nécessité de calculer, de régler ses efforts, qu'il conçoit ainsi l'idée de méthode, qu'il en cherche une, et qu'il trouve la véritable. C'est alors qu'il accouche de cette idée puissante et féconde, que, pour résoudre les questions, il faut d'abord les oublier, et^ étudÎÊiLpatiemment la nature et ses lois, parce que la connaissance de la nature et de ses lois contient k solution, et la seule solution solide de toutes les questions sur la nature. Les sciences naturelles ont été longtemps sous le régiqie des questions comme la philosophie; et longtemps, comme la philosophie, elles n'ont rendu que des systèmes, c'est-à-dire des solutions incomplètes de problèmes isolés, renversées par d'autres solutions aussi vraisemblables, mais non moins incomplètes. Elles sont enfin sorties de ce régime. La philosophie doit en sortir comme elles, et, commes elles, en sortira. Il ne faut que du temps et des eicemples, choses dont on ne doit jamais s'inquiéter, parce que l'avenir est long et l'esprit humain révolutionnaire.

On peut donc considérer la philosophie jusqu'à nos jours conime l'ensemble des systèmes qui ont été imaginés pour résoudre les questions philosophiques avant qu'on eût découvert la véritable manière de les résoudre. On peut donc à juste titre recommencer la philosophie, comme une science qui jusqu'ici avait cherché mais n'avait point trouvé sa véritable méthode. C'est là-de«su8 que se fondent ceux qui prétendent qu'il n'y a qu'un moyen de restituer la philosophie, à savoir de laisser là les questions, et de slûÊÇuper d'abord de constater en nous les lois de la nature morale et intellectuelle, à laquelletoutes lesjpeationaserapportentt etsanslacon-

naissance de laquelle elles ne peuvent être résolues: persuadés qu^une fois les lois connues, les questions se résoudront d*elles-mâines, celles-là du moins qui ne sont point insolubles. Il est certainement impossible de ne pas reconnaître la justesse de cette vue, et de ne pas admettre que la philosophie ne puisse et ne doive être restituée de cette manière. Cette méthode est la méthode psychologique.

En face de cette méthode, qui a ses partisans, s'en élève une autre qui a aussi les siens, et qui mérite de ks avoir, la méthode historique. Quand on songe aux puissantes iîftëllîgeiicés qui depuis Pythagore jusqu'à nos jours ont soulevé et remué dans tous les sens le champ de la philosophie, quand surtout on a parcouru quelques-uns des admirables monuments de leurs recherches, on ne peut guère échapper à cette conviction, non-seulement que toutes les questions de la science n'aient été posées et agitées avant le commencement du xir siècle, mais encore que les faits de la nature humaine qui peuvent éclairer ces questions et concourir à les résoudre, n'aient été aperçus, signalés, décrits dam cette longue et puissante investigation, et que par conséquent il ne soit très-difficile, pour ne pas dire impossible, de tomber en pareille matière sur une idée ou sur un fait nouveau de quelque importance.Or, si cette conviction est fondée, il s'ensuit que la science existe, quoiqu'elle soit inconnue à notre siècle , et qu'elle sortirait toute faite, pour qui saurait l'y découvrir, des immortels ouvrages des philosophes qui l'ont créée. Mais comment trouver ces ouvrages et comment les entendre? La plupart sont écrits dans des langues qui nous sont peu familières; quelques-uns dorment encore en manuscrits dans la poudre des bibliothèques ; en outre.

chacun de ces grands hommes parle un langage philosophique qui lui est propre, et n*est point du siècle ; cha« cun a considéré les questions à son point de vue ; et, dans chacun, la question que Ton voudrait étudier occupe une place différente et se trouve enchaînée aux autres d'une manière particulière : en sorte que c*est un premier travail de la découvrir dans chaque système, un autre de la dégager, un autre de la comprendre, un autre de rapprocher la solution qu'elle y reçoit de toutes les solutions différentes qu'on lui a données dans les autres systèmes, et un dernier enfin de tirer de la comparaison de toutes ces solutions , qui contiennent chacune une portion de vérité, la solution complète, qui est la véritable.

La philosophie existe donc ; mais elle n'existe pas pour le commun des hommes , ni même pour les hommes très«éclairés , ni même pour les simples savants, ni môme pour les simples philosophes. Elle n'existe que pour le petit nombre de ceux qui, étant à la fois et trèsérudits et très-philpsophes, ont passé leur vie à en chercher les membres épars dans les monuments qui la contiennent. Que manque-t-il donc à la philosophie, pour être véritablement ? Deux choses seulement : qu'on la connaisse et qu'on l'organise; qu'on la connaisse, c'est-à-dire qu'on traduise etqu'on publie tous les grands monuments qui la renferment ; qu'on l'organise, c'està-dire qu'on arrange les questions dans leur ordre légitime avec les vérités découvertes sur, chacune par les différents philosophes, de manière que tout forme une science méthodique où l'on puisse voir d'un (*oup d'œil et ce que l'on sait et ce qui reste à trouver.

Or, de ces deux tâches, la première seule est difficile à remplir ; car, si elle était remplie, l'organisation de la

science en sortirait d'elle-même. Quelle lumière, en effet, répandue sur la philosophie, si Pyf hagore et son époque^ si Âristote et le péripatétisme, si Zenon etle stoïcisme, si Sextus et le scepticisme, si les Alexandrins, si Descartes, si Leibnitz, si Kant, étaient un jours traduits à Tintelligence du sens commun , comme l'épicurisme l'a été par Gassendi, et comme le sera dans quelques années, par M. Cousin, le platonisme! Quelle large donnée pour comprendre la philosophie ! et comme, à ce spectacle, l'organisation de cette science, à peine entrevue, apparaîtrait et naîtrait d'elle-même ! Voilà ce qui a toujours manqué à la philosophie et ce qui lui manque encore : c'est cette vaste connaissance d'elle-même, c'est, en d'autres termes, sa propre histoire. Voilà ce qui fait qu'on n'a cessé de la recommencer comme une chose éternellement neuve, sans que, dans cette succession de tentatives, elle ait pu trouver le moment de s'organiser. Si les résultats des recherches de tous les grands hommes qui l'ont cultivée étaient sous nos yeux; traduits dans une même langue philosophique, cette organisation sortirait alors du sein de leurs travaux, éclatante du lumière et d'évidence. Aucune des questions de la science n'ayant pu échapper à une si longue, à une si persévérante investigation, toutes les questions philosophiques apparaîtraient; et, dans ce rapprochement, on les verrait se distinguer naturellement en deux classes, les questions de faits et les questions d'induction : les premières que l'observation seule peut résoudre, les secondes qui ne peuvent l'être que par les inductions tirées de l'obserVation ; et, dans chacune de ces classes, on les verrait se distribuer et se ranger dans l'ordre le plus naturel, c'est-à*dire dans celui où le philosophe doit les aborder pour les résoudre. Ainsi seraient donnés les

cadres de la science, et il ne resterait plus qu'à distribuer dans ces cadres les découvertes de tous les philosophes, ce qui ne serait pas moins facile. En effet, si tous les systèmes ne sont que des vues incomplètes de la réalité érigées en images complètes de cette même réalité, ces vues diverses étant rapprochées se concilie» raient comme les faits qu'elles représentent se concilient dans la nature; ce qu'elles ont d'incomplet, c'est*-àdire ce qu'il y a de faux dans les systèmes, apparattrait et s'abstrairait, et les cadres de la science se trou<^ veraient tout à coup remplis de tout ce que le génie des différentes écoles a saisi de vrai sur chaque question» lia contradiction de ces écoles serait donc tout à la fois expliquée et terminée; et l'esprit humain, relevé comme la philosophie des éternelles accusations de leurs enne« mis communs^ se reposerait dans la conviction qu'il y a une vérité pour l'homme sur les questions qui l'intéressent le plus, et que l'homme est capable de la trouver malgré sa faiblesse et ses erreurs.

Ainsi, traduire et publier dans une même langue philosophique tous les systèmes, et de la comparaison de ces systèmes tirer l'organisation de la science et la science elle-même qu'ils doivent contenir, telle est la seconde méthode qui a été proposée pour restituer la philosophie. Il faut voir maintenant si cette méthodehistorique, plus profondément analysée, est véritable-* ment une rivale de la niéthode psychologique, ou si plutôt, malgré leur diversité apparente, elles ne se ré^ ' soudraient pas au fond dans une seule méthode totale^ dont elles ne seraient chacune qu'une partie insuffisante.

Une chose est évidente, c'est que la philosophie ne sera jamais une science, tant que les faits de la nature

humaine n'auront pas été méthodiquement recueillis et ordonnés, tant que les lois de la nature humaine et de toute nature morale qui en dérivent n'en auront pas élé régulièrement déduites, et tant que la solution des questions philosophiques n*aura pas été méthodiquement tirée de ces lois. Voilà l'édifice qu'il faut élever. Les faits en sont la base :,car, les faits trouvés, les lois s'ensuivent, et les lois déterminées résolvent les questions. Il s'agit donc par-dessus tout et avant tout d'arriver à une connaissance aussi complète que possible des faits de la nature humaine, point de départ nécessaire, fondement véritable de toute la science philosophique.

Or, nul doute que la méthode psychologique n'aille droit à la difficulté, puisqu'elle se donne pour premier objet de déterminer par l'observation tous les phénomènes dé la nature morale et intellectuelle qui peuvent être saisis. Nul doute encore qu'elle ne puisse à la longue parvenir à la résoudre aussi complètement que possible, puisque, après tout, nous ne pouvons découvrir ces phénomènes intellectuels et moraux que par l'observation, et que c'est précisérUent par l'observation qu'elle les recherche, avec la volonté décidée et la résolution prise de l'appliquer jusqu'au bout, sans fixer d'autre borne à ses investigations que l'impossibilité même de les poursuivre.

La philosophie, d'un autre côté, sous le long régime des questions, a découvert presque tous les faits de la nature humaine ; car, toujours ramenée par les questions qu'elle agitait à la seule partie de la réalité mo* raie et intellectuelle qui pût lui donner des luihières sot ces questions, il est peu de faits de cette réalité qui lui . aient échappé. Aussi trouve-t-on une vue psychologique vraie au fond de tous les systèmes. En sorte qu'en réu*

nis sant les vues vraies de tous les systèmes, on aurait une psychologie toute faite, au sein de laquelle viendraient s'expliquer et se concilier tous leç systèmes. Mais, pour reconnaître ces vues vraies au fond de chaque système, il faut que Thistorien de la philosophie ait étudié les faits. Autrement, il ne pourrait démêler ce qu'il y a de vrai, c'est-à-dire de conforme aux faits, et ce qu'il y a de faux, c'est-à-dire d'exclusif et d'incoqiplet, dans chaque système. L'histoire de la philosophie contient donc, tout trouvés, les faits de l'esprit humain^ base de la science ; la méthode historique les a donc sous sa main comme la méthode j)sychologique ; mais, pour les reconnaître dans les systèmes, il faut que l'historien les ait observés dans la réalité; il faut donc qu'il ait parcouru les voies de la psychologie. D'où l'on voit que la méthode historique implique et suppose la méthode psychologique, et que, sans elle, elle ne saurait rendre ce que la science demande avant tout, une statistique des phénomènes de la nature morale et intellectuelle.

Mais si la psychologie est indispensable à l'historien, l'histoire n'est -elle d'aucune utilité au psychologue? Sans doute, à la rigueur, la psychologie peut, sans le secours de l'histoire, recueillir la statistique dont nous venons de parler ; mais elle montrerait bien peu de jugement en s'imposant cette prétentieuse réserve. En effet, tous les plus grands hommes qui aient honoré rhumanité sont venus tour à tour, et ont jeté un regard de génie sur cette nature morale et intellectuelle dont la connaissance est l'objet de la psychologie. Ils ont interrogé cette réalité aux points de vue divers de toutes les époques, sous les inspirations variées de toutes les questions. Sous combien de faces n'ont-ils pas dû saisir

cette réalité? que de faits, que de nuances n'ont-ils pas <lû démêler? et quel observateur oserait se flatter, même sous la direction de la méthode la plus ingénieuse, de retrouver tout ce qu'ils ont vu, tout ce qu'ils ont senti, tout ce qu'ils ont deviné de vrai et de réel dans ce champ si obscur et si^aste? Or, leurs observations eiistent; elles sont écrites de leur main dans les annales de la philosophie. N'est-ce donc point là un riche trésor d'informations et de renseignements, et conviendrait«'il à personne de le dédaigner? Atout le moins, n'offre--t-il pas au psychologue un moyen de compléter ses propres découvertes, d'en contrôler et d'en vérifier l'exactitude? Est-il des observateurs assez sûrs d'eux*mêmes pour ne pas être charmés de retrouver dans une page d'Aristote ou de Platon la description d'un fait qu'ils viennent d'analyser? en est-il d'une sagacité assez infaillible pour ne jamais rencontrer, dans ces antiques observations, des détails qui leur aient échappé ou des différences qui les obligent à revenir avec fruit sur leurs pas? Bien donc que l'observation puisse à la rigueur se passer de l'histoire dans l'investigation des faits et des lois de la nature humaine, l'histoire cependant peut ifournir de telles indications, abréger tellement le travail, et présenter un commentaire si instructif et une confirmation si éclatante des vérités données par l'observation, qu'il serait tout à fait absurde, dans l'intérêt de la science, de rejeter ses services et de s'enfermer exclusivement dans le point de vue psychologique.

On Voit donc que c'est en portant le flambeau de la psychologie dans les monuments de la philosophie^ pour recueillir à sa lumière les nombreuses observations qu'ils contiennent, et en portant dans la psychologie les indications de l'histoire, pour en diriger, pour ne

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abréger, pour en féconder les recherches, qu'on arrivera le plus promptement et le plus sûrement possible à ce premier grand desideratum de la philosophie : une statistique complète des phénomènes de la nature morale et intellectuelle, d*où doivent sortir, par induction, la connaissance des lois qui la gouvernent, et, par déduc* tion, la solution scientifique de toutes les importantes questions qui s'y rapportent.

Si cela était fait, la science serait faite : car c'est là toute la science; mais l'histoire de la science resterait encore à faire. Or, ce serait trop peu que la philosophie fût organisée, si le passé de la philosophie restait une chose inconnue et inexpliquée. Il est impossible à une science de reposer dans cette ignorance de sa propre histoire ; il est impossible à l'esprit humain de le souf* frir* Si démontrée qu'elle soit à ses propres yeux, une science a besoin, pour se fier, à etle-méme, d'avoir le mot de ses égarements; elle n'est bien sûre d'être dans le vrai que quand elle s'est bien expliqué comment elle a passé et comment elle devait passer par le faux : et la raison en est toute simple. En effet, de qui sont tous ces systèmes sur lesquels nous passerions à l'ordre du jour sans nous donner la peine ni de les comprendre ni de les explique^ f Ces systèmes sont des créations de l'esprit humain. Et quelle est l'autorité que nous invoquons à i Tappui de nos réformes, et à laquelle nous demandons 1 ^ '"-' la sanction de nos méthodes nouvelles? l'autorité de 1 ' ^^• l'esprit humain. Rompre sans façon avec l'histoire d'une J J science au moment où on la réforme, c'est donc renier l'esprit humain en même temps qu'on l'invoque ; c'est lui dire tout à la fois qu'il est admirable et absurde. Mauvais moyen d'obtenir sa fol : car il ne croit que t^'' ; parce qu'il se fie à lui-môoie ; et, si vous le mettez en dé-^

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fiance de lui-même, il ne peut plus croire même à ce qui lui parait évident. Il sait que pour lui le chemin de la vérité a été semé d'obstacles ; il conçoit donc que Terreur puisse être ici-bas la préface nécessaire de la vérité, et qu'il ait dû s'égarer longtemps avant de trouver la bonne route; mais, pour qu'il soit sûr qu'il est ' enfin dans le port, il a besoin d'avoir la carte des écueils qu'il a parcourus. Il ne faut point oublier ce besoin quand ou réforme une science: il est aussi impérieux qu'inévitable; et c'est pourquoi toute réforme pareille exige et créeàson profit l'histoire de la science réformée. Or, pour faire l'histoire de la philosophie, l'alliance de l'historien et du psychologue n'est pas moins nécessaire que pour faire la psychologie elle-même ou la science. D'une part, en effet, l'observation complète des phénomènes de la nature humaine doit infailliblement donner tous les faits qui ont servi de germe aux différents systèmes : elle doit donc aboutir à l'explication et à la conciliation de tous les systèmes. Mais, pour que le psychologue arrive à ce résultat si rassurant pour l'esprit humain et qui confirmerait si puissamment les données de la science nouvelle, il faut qu'il connaisse ces systèmes ; il faut donc qu'il ait fait connaissance avec tous les monuments historiques de la philosophie. Mais, d'une autre part, à quoi servirait la connaissance de ces monuments, si l'érudit qui la possède ne les comprenait ! pas r et comment les comprendrait-il, sans la scien ce de i cette réalité morale qui vit en nous,- et dont tous ces systèmes représentent quelque face? Nous ne saurions eu effet nous lasser de le répéter : tous les systèmes ne sont que des vues incomplètes de cette réalité, et, pour distinf vier ce que vaut un système, il faut toujours le confronter avec cette réalité, pour constater jusqu'à quel

point il la représente et jusqu'à quel point il la déGgure. Ainsi s'apprécie chaque système ; et, en parcourant les ^Jdées premières de tous les systèmes, on reconnaît avec admiration que les systèmes ont fait le tour de cette réalité, chacun l'ayant saisie par un côté, et aucun ne l'ayant embrassée tout entière. Cette promenade de l'esprit humain autour d'un objet trop vaste pour être vu en même temps sous toutes ses faces est le spectacle que l'histoire de la philosophie nous présente. Les dif* férents systèmes sont les vues d'après nature qu'il a dessinées chemin faisant dans les stations successives où il s'est reposé. Toujours vraies, mais toujours partielles, ces vues n'ont d'autre défaut que l'inscription que chaque philosophe y a mise. Au lieu d'écrire audessous : Ced est la grande Pyramide, il fallait écrire : Ceci est le côté oriental de la grande Pyramide. C'est à l'histoire qu'il appartient d'effacer au bas de chaque système rinscrigtionjœbitfeuse pour y substituer l'inscription j vraïë. Or, elle ne le peut faire qu'en parcourant les lieux elle-même les systèmes à la main, et en reconnaissant ' dans la réalité le sujet et le cadre de ces dessins partiels. L'histoire des systèmes doit donc être écrite dans le sanctuaire de la conscience. Autrement elle ne serait pas une histoire, mais une nouvelle édition des systèmes ; et cette nouvelle édition serait tout aussi utile que ces belles planches du Voyage d'Egypte, où nos artistes ont supérieurement dessiné des milliers d'hiéroglyphes dont nous n'avons pas la clef.

Terminons enfin ces considérations déjà trop longues. On voit ce que commandent de nos jours les besoins de la philosophie, et à quelles conditions elle peut devenir une science. Ni une psychologie, ni une histoire des systèmes n'y suffirait : sans la psychologie on ne corn-

prendrait pas l'histoire, et sans Thistoire on se défierait de la psychologie. Il faut Tune et Tautre. En second lieu, pour arriver à ces deux grands résultats, fe concours de l'observation et de l'érudition est toujours utile, le plus souvent indispensable. Les systèmes sont pleins de faits psychologiques épars, et la psychologie donne la clef des systèmes. Il faut donc que l'observation appelle l'érudition à son secours pour trouver la science, V ' et que l'érudition s'éclaire des lumières de l'observation pour tracer son histoire. Quanî nous aurons une psychologie bien faite et une exposition complète de tous les systèmes, on verra que la philosophie est une science comme une autre, ni plus ni moins conséquente, qui a marché comme les sciences naturelles, qui a la même méthode, le même critérium, la môme certitude, qui la toujours été et qui est encore plus avancée au fond^ malgré les apparences, mais qui n'est parvenue que plus tard à reconnaître sa véritable méthode et à s'organiser.

Ces deux grandes tâches, une psychologie bien faite et une histoire complète de tous les systèmes, sont cha- ^ cune au-dessus des forces d'un seul homme. La chose est évidente pour l'histoire ; et ceux qui savent avec quelle lenteur se développent les sciences d'observations, concevront qu'une bonne psychologie ne se formera que peu à peu et par les travaux successifs d'un grand nombre d'observateurs. Néanmoins, de ces deux entreprises, rhistoire est celle qui demande, sans aucun doute, la réunion la plus difficile de qualités : car le psychologue, à toute force, peut ignorer l'histoire de la philosophie ; tandis que l'histoire d^ la philosophie, telle qu'elle doit être faite, exige impérieusement dans l'historien toutes les qualités et toutes les connaissances du psychologue.

La traduction seule des monuments de la philosophie ancienne, telle qu*elle doit être faite, est une œuvre d'une immense difficulté. Il ne suffit pas d'être habile philologue pour l'accomplir ; l'intelligence profonde des questions philosophiques et la connaissance de l'histoire de la philosophie sont deux conditions non moins impé* rieusement exigées. Le plus habile helléniste ne comprend point Platon : il suffit, pour s'en convaincre, d'observer j comment la philologie a toujours reculé devant les dialogues les plus métaphysiques de^cet auteur, au point qu'ils sont encore à traduire dans la plupart des langues modernes. Mais il ne suffit pas de traduire, même avec une parfaite intelligence : la traduction proprement dite ne fait que substituer un idiome à un autre. Une se-

. conde traduction est indispensable, c'est celle du langage philosophique de chaque auteur ; c'est-à-dire qu'après avoir;traduit les mots, il faut traduire les idées, ou, ce qui revient au même, les exposer sous les formes simples d'aujourd'hui, sous les formes dii sens commun, accessibles à tous. C'est là ce que M. Cousin a fait pour Platon dans ses arguments. Non-seulement nous pouvoïis lire Platon dans sa traduction, mais le comprendre dans ses arguments, et nous assurer que nous le comprenons bien, en relisant le texte à la lumière des arguments, et en soumettant à une comparaison sévère la pensée de l'original et celle de l'interprétation. Or, cette traduction des idées, sans laquelle celle du texte ne serait qu'un demi-service, n'exige pas seulement un philosophe, mais un philo&ophe qui n'ait point de système qui l'empêche de se prêter au génie et aux idées de Platon pour le comprendre , et qui, de plus, connaisse assez tous les

' systèmes, et la vérité dont tous les système» expriment quelque face, pour ne point s'enfermer dans le point de

vue de Platon et pour pouvoir encore le juger et lui faire sa part en l'exposant. Disons-le, c'est là une réunion rare de qualités, et peut-être faudrait-il en désespérer, si Tair que nous respirons ne douait pas, pour ainsi dire, au berceau, les esprits distingués de notre siècle de celle de toutes ces qualités qui est la plus difficile et la moins commune, nous voulons dire l'étendue.

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