Globe, tome IV, page 503; et tome V, page
révélé leurs principes, si nous n'avions fait connaissance en nous-mêmes avec un principe de même nature. G*est 'avec notre conscience que nous comprenons Dieu; c*est avec elle que nous comprenons toute force, toute intelligence, toute volonté; c'est, en un mot, dans le spectacle intérieur de notre propre nature que se révèlent à nous, et l'existence, et la nature, et les lois du monde intellectuel et moral. Tout ce que nous savons * et tout ce que nous pouvons savoir sur ce monde est donc sorti de là, ou doit en sortir. Dans la connaissance de nous-mêmes gît donc le principe de toute la science philosophique, comme, dans la connaissance de la partie du monde physique qui tombe sous nos sens, glt le principe de toute la science naturelle. Toute question philosophique qui peut être résolue vient se résoudre dans quelques-uns des faits de conscience, comme toute question naturelle qui peut l'être vient se résoudre dans quelques-uns des faits physiques qui tombent sous nos sens. Au delà des faits psychologiques, comme aqdelà des faits physiques observables, la science philosophique comme la science naturelle ne procèdent plus que par induction .
Cela posé, on conçoit deux manières de faire la science du monde intellectuel et moral. La première consiste à partir^ ^es questions, et à venir chercher dans la con<^ science les faits de la nature humaine qui s'y rapportent et peuvent seuls les éclairer. C'est ainsi cpe la philosophie a toujours procédé jusqu'à nos jours. La seconde consisterait à observer et à constater, d'abord, tous les faits de la nature humaine, sans songer aux questions ; puis, quand la psychologie serait faite, et que tous les renseignements que nous pouvons avoir sur le monde moral seraient ainsi recueillis, on passerait aux ques-
tions, el on verrait ce que la science peut y répondre de certain. Cette seconde méthode est d'invention moderne: ridée de faire des phénomènes de l'esprit humain l'objet d'une science d'observation méthodique et régulière, tout à fait indépendante de la solution des questions philosophiques, dans l'intérêt même de ces questions, n'a été bien conçue que de nos jours.
Nous avons montré ailleurs * tous les inconvénients de la première méthode. En efiTet, quand on ne recourt aux faits que pour résoudre une question dont on est préoccupé, ordinairement on observe mal; plus ordinairement encore on se contente du premier fait que Ton rencontre, et on se hâte de résoudre le problème parce seul fait, sans soupçonner qu'il y en a vingt autres qui le modifient et le complètent. Quelquefois enfin , on ne songe pas même à recourir à l'observation de la réalité sur laquelle porte la question : inspirés par quelques réminiscences, l'imagination et le raisonne* ment prennent les devants, et façonnent une solution « Voilà ce qui est arrivé aux philosophes, et ce qui a livré la philosophie à l'esprit de système. L'esprit de système a son principe dans cette méthode . Mais, d'un autre côté, ce n'est point par choix que cette méthode a été adoptée et a dominé jusqu'à présent dans la philosophie: rien, parmi les hommes, ne se fait arbitrairement; tout y va selon les lois naturelles de l'esprit humain* Ce qui frappe d'abord dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique, c'est que nous ne comprenons ni l'un ni l'autre. De là, des questions sur ce que nous ne comprenons pas. L'esprit humain se tourmente pendant des siècles pour les résoudre, avant de découvrir comment il doit