‹ Mélanges philosophiquesChapitre 18 sur 28 · Eneyelopédie moderne ^ tome XIX · texte numérisé non relu

Eneyelopédie moderne ^ tome XIX

Au delà des phénomènes, il conçoit des causes ; entre les faits, des dépendances; sous les attributs, des exisr

• tences réelles ; et, par delà encore, une cause source de toutes les causes, des lois règles de tout rapport, une existence centre commun de toutes les existencesi un espace qui contient tout, une durée où tout se produit et s'écoule. Il embrasse akisi le visible et Tinvisible, l'apparent et le caché, et élève dans son sein une image du monde, qui est la connaissance humaine.

Or, toutes les fois que" ce principe se développe, un

: phénomèn^ingulier se produit en lui. En atteignant les réalités extérieures , il a conscience de lui-même qui les atteint ; en les trouvant, il se trouve. Saisissant à la fois

/ deux choses, Tune qui connaît^ Tautre qui est connue , se reconnaissant dans la première, et ne se reconnaissant point dans la seconde, le principe intelligent exprime cette différence et cette dualité, en disant moi et non moi.

Dès lors, il se pose au centre de cet univers qu'il embrasse et qui le contient, et il s'en distingue nettement. Dès lors aussi, au centre de toutes les sciences possibles, apparaît et se distingue une science spéciale, qui est celle du principe inteUigent, ou la psychologie.

Cette science est identique à celle du moi; car qui dit moi ? le principe intelligent ; et ce qu'il appelle moi, c'est nécessairement lui. Elle est également identique à la science de l'homme ; car qu'est-ce que l'homme, sinon ce que chacun de nous appelle moi? et qui dit moi, sinon le principe intelligent? et que peut-il appeler moi, sinon lui-même ? Le mm, Yhomme^ le principe intelligent^ sont donc des dénominations différentes d'une même chose; la science de l'une de ces choses est donc la science des deux autres ; la psychologie, qui est la science du prin-

cipe intelligent, est donc par cela même la acience du fiioi ou de rhomme.

On aurait tort d*en conclure que la psychologie est la science de ce composé de matière et de forces diverses, que le même nom d^homrm sert à distinguer des autres êtres organisés. II y a dans ce composé deux choses dis» tinctes : rhomme proprement dit, et VanimaL La physiologie étudie l'animal ; la psychologie l'homme, c'est-à-dire le principe dans lequel chacun de nous sent distinctement que sa personnalité est concentrée, et qui est le principe intelligent. C'est là le moi, ou l'homme véritable, et c'est en ce seins seulement que la psychologie est la science de l'homme.

Le principe intelligent n'est pas seulement intelligent, il est en même temps sensible, volontaire, passionné, locomoteur. C'est ce qu'il reconnaît lui-même, en rapportant à lui, comme à leur sujet ou à leur cause véritable, les phénomènes de la sensibilité, de la volonté, de la passion et de la locomotion ; tandis qu'il ne s'attri-< bue. point et renvoie à Tanimal les phénomènes de la digestion, de la circulation, de la sécrétion de la bile, et une foule d'autres qui se produisent dans le composé avec lequel on voudrait l'identifier. En renfermant l'homme dans le principe intelligent, nous ne le mutilons donc pas; et, en le séparant de l'animal, nous ne faisons que constater dans la science une distinction qui est dans la nature des choses.

De la nature et de la certitude de la science psycholojsiique, • Ce qui est l'objet de la science psychologique, c'est le

principe intelligent; ce qui en est l'instrument, c'est ce iHiême principe. Il y a donc cela de spécial dans la psy- Ichologie, que soa instrument et son objet sont identiques. 'C'est ce qui n'arrive que dans cette seule science. Dans toutes les autres, l'instrument, qui est le principe intelligent, est distinct de Tobjet même auquel il s'applique.

De cette singularité en résulte une autre : c'est que la connaissance ne s'obtient pas en psychologie de la même manière que dans les autres sciences. L'intelligence ne peut s'observer comme elle observe les choses qui ne sont pas elle ; elle a le spectacle de celles-ci, elle les voit, elle les contemple; mais elle ne peut avoir le spectacle [d'elle-même ; elle en a le sentiment ou la conscience. La psychologie est fille de la réflexion, comme toutes les autres sciences le sont de l'attention.

Mais là s'arrêtent les différences, et Ton n'en peut rien conclure, ni contre la possibilité, ni contre la certitude de la science psychologique. En effet, ni l'identité de l'instrument et de l'objet n'empêche la connaissance, ni la manière dont elle est obtenue n'en affaiblit la certitude.

Ce qui démontre la première de ces vérités, c'est le fait que nous savons à chaque moment ce qui se passe dans le sein deliôtre moi ; et ce qui démontre la seconde, c'est que, de toutes les certitudes, la plus invincible à nos yeux est celle qui s'attache aux dépositions, du sens intime. Rien au monde ne pourrait nous persuader que nous ne pensons pas, que nous ne voulons pas, que nous ne sentons pas, quand nous avons la conscience que nous pensons, que nous voulons et que nous sentons; et la plus absurde de toutes les suppositions serait celle qu'un homme pût penser, vouloir, sentir, sans en être informé.

Aussi bien serait-il étonnant qu'un principe dont l'es-

sence est de connaître ne se connût pas lui-même, ou qu'on dût croire atout ce qu'il affirme, excepté à ce qu*il affirme de sa propre nature.

Il suffit de savoir à quel titre nous croyods pour apprécier la valeur des doutes qu*on a élevés contre la certitude psychologique.

Quand notre intelligence a obtenu la notion d'une réalité quelconque, elle conçoit que cette notion peut être conforme ou non conforme à la réalité connue. Conforme, elle est vraie ; non conforme, elle est fausse. Les raisons que l'intelligence peut avoir de regarder comme vraie la notion qu^elle a obtenue fondent la certitude de cette notion.

Or, l'intelligence est assurément susceptible de commettre des erreurs ; elle le sait , et elle n'adopte pas légè* rement et de prime abord les notions qu'elle acquiert. Mais, lorsqu'elle a pris les précautions qui lui sont inspirées par sa nature pour éviter Terreur, il arrive que les notions ainsi acquises lui inspirent une pleine confiance; elle les regarde comme vraies ; elle y croit.

D'où vient cette confiance? elle n'est autre chose que la foi que l'intelligence a en elle-même. L'intelligence est profondément convaincue qu'il est dans sa nature de voir les choses telles qu'elles sont , et que, si elle se trompe quelquefois, la faute n'en est pas à cette nature, mais aux conditions matérielles auxquelles elle est soumise en cette vie; en sorte que, quand, toutes les précautions contre l'erreur ayant été prises, une chose lui parait vraie, elle pense avec une ferme confiance qu'elle est vraie réellement.

Ainsi la certitude de toutes nos connaissances repose en dernière analyse sur la véracité supposée de notre intelligence. Or, si cette véracité est réelle, elle est ger-

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manente, et ne saurait être suspendue dans un cas particulier. Quel que soit donc l'objet auquel s'applique notre intelligence , la véracité de l'intelligence est la môme. Si donc on l'admet pour une science, on doit l'admettre pour toutes.

La question de savofr si la certitude existe pour une certaine science se ramène donc à celle-ci : l'intelligence juge-t-elle que dans cette science sa véracité puisse être mise à l'abri des causes d'erreurs qui peuvent l'égarer ; en d'autres termes, les notions qu'elle acquiert dans cette science lui inspirent-elles cette pleine confiance qui entraîne son assentiment et sa croyance ? Or, l'affirmative n'est point douteuse en psychologie : les notions que la conscience nous donne nous inspirent une parfaite confiance. La certitude de la science du. moi est donc appuyée sur les mêmes bases que la certitude de toute science possible.

Du pomt de départ de la psychologie. — Puisque le moi se sent continuellement , il a continuellement une connaissance plus ou moins distincte de lui-même. Puisqu'il se distingue continuellement de ce qui n'est pas lui, il sait à chaque instant plus ou moins distinctement ce qu'il est. Ainsi la science du moi est commencée dans la conscience de chaque homme.

D'otf vient que la science du moi ne sort point claire et complète de cette conscience sans cesse renouvelée qu'il a de lui-même ?

L'intelligence humaine, quel que soit son objet, n'atteint jamais, sans l'intervention de la volonté, la con-

naissance claire des choses. L*expérience nous apprend ce fait, et la nature de Tintelligence nous l'explique.

Pour que nous puissions observer un objet quelconque, il faut que nous le connaissions. Pour que nous le connaissions, il faut qu'il se soit manifesté à nous sans «i^, v^ que nous l'ayons voulu. Il y a donc une connaissance in- / j^

-^olon taire de chaque chose, qui précède inévitablement '^'^^' ^ • l'étude volontaire que nous pouvons en faire.

Or, c'est encore un fait d'expérience , que cette con- ! ; ' naissance involontaire et primitive est toujours obscure, ^ ' et qu'elle ne devient claire que par l'analyse qui sépare et considère isolément chacun des éléments qui la composent.

L'analyse , source de la clarté , est le procédé nécessaire de l'intelligence volontaire; la synthèse, source de l'obscurité , parce qu'elle embrasse et ne distingue pas, est le procédé naturel de l'intelligence involontaire.

Ainsi , comme nous débutons nécessairement par une intelligence involontaire des choses , toute connaissance est d'abord obscure et indistincte. Elle ne devient claire et nette que lorsqu'elle a été analysée, c'est-à-dire lorsqu'elle a été soumise à l'action libre de l'intelligence.

Voilà pourquoi tant que le moi ne s'est pas replié li« brement sur lui-même, là connaissance spontanée qu'il a de sa manière d'être , quoique incessamment Tenou^. / vt velée, reste obscure.

Et de là vient que la plupart des hommes meurent sans avoir obtenu une connaissance nette de ce qu'ils sont.

Pour celui-là seul qui s'est étudié volontairement, c'est-à-dire qui a réfléchi sur sa propre nature, la notion du moi, la science du moi, peut être distincte.

Le point de départ de la science du moi contient donc toute la science du moi^ en d'autres termes, la con-

science obBcure que nous avons tous de nous-mêmes deviendra la science du moi^ quand elle aura été éclair^ cie par la réflexion libre.

Conscience obscure du moi , voilà le point de départ de la psychologie; connaissance claire du moi, voilà la psychologie elle-même : entre le point de départ éX le but, il n'y a qu'une différence de forme. La psychologie n'est autre chose que la conscience de nous-mêmes transformée; c'est le sentimeat du moi, commun à tous les hommes, rendu clair d'obscur qu'il était.

Le moyen ou l'instrument de transformation, c'est la réflexion ; et la réflexion n'est autre chose que l'intelligence humaine librement repliée sur son principe.

Première transformation de la notion primitive du moi^ Qu circonscription de la psychologie. — Qu'y a-t-il dans la conscience que chacun de nous a de soi-même ? La solution de cette question est la psychologie tout entière.

Il Mais nous ne pouvons découvrir tout d'un coup toutes les notions particulières contenues obscurément dans la conscience totale que nous avons de notre moi. Dans ce

! cas, comme dans tous les cas semblables, le phénomène de l'éclaircissement ne s'opère que peu à peu. D'abord, les notions principales renfermées dans la notion complexe apparaissent et se distinguent ; ensuite, dans le sein de chacune d'elles nous distinguons des notions moins étendues qui se résolvent elles-mêmes peu à peu dans des notions plus élémentaires, jusqu'à ce qu'enfin, de subdivision en subdivision, la décomposition atteigne les éléments.

La première chose qui m'apparaisse nettement, lorsque je cherche à me rendre compte de ce que je suis, cest que je me trouve toujours agissant d'une certaine manière, et éprouvant des modificationsqui ne sortent pas de moi, mais que je subis sans les avoir produites et sans pouvoir les éviter.

Ainsi, je ne me trouve pas nu et dépouillé de modifications; je me trouve toujours sous une manière d'être particulière; en sorte qu'il y a toujours complexité dans l'objet qui tombe sous ma vue, complexité dont le moi est l'élément invariable, et dont la manière d'être du moi est l'élément variable.

Dans quelque état et dans quelque moment que je me surprenne, c'est toujours le moi que je rencontre; de plus, je le rencontre toujours agissant ou modifié d'une certaine façon; et enfin, j'observe que l'action ou la modification n'est pas toujours la même, mais varie d'un cas à un autre.

Quand je m'interroge sur ce qui est moi et sur ce qui n'est pas moi, dans chaque cas je trouve que l'élément constant, c'ést-à-dire ce qui agit et ce qui est modifié, est appelé moi par la conscience, qui appelle non-moi les actions diverses produites et les modifications variables éprouvées.

En passant d'un état à un autre, l'élément constant qui s'appelle moi est convaincu qu'il est le même dans les différents cas; il est convaincu en même temps que les actions et les modifications changent d'un cas à un autre.

Enfin, dans chaque cas particulier, l'élément mm se reconnaît simple sous la multiplicité des actions qu'il produit et des modifications qu'il éprouve.

De là, une première distinction capitale dans la con-

science obscure que nous avons du monde interne. II y a dans le mande interne » il y a dans Tobjet complexe saisi à chaque instant par la conscience , deux éléments distincts , Tua qui est nous , l'autre qui n'est pas nous ; et il y a entre ces deux éléments cette différence ultérieure, que Télément qui est nous est simple dans chaque moment, identique à lui-même dans tous les moments, ^ ;Sx tandis que Télément qui n'est pas nous est mullipla dans chaque cas, et variable d'un moment à un autre.

Poursuivons notre analyse. Bien que l'élément variable et rélément constant soient distincts, il y a entre eux une dépendance. Le moi est le principe des actions qu'il produit, il est le sujet des modifications qu'il éprouve; sans lui, lea actions ne seraient pas; et, s'il n'était pas là pour être modifié, il n'y aurait point de modifications. Ainsi l'élément variable n'existe que par l'élément invariable. En d'autres termes , tout ce qui se passe en nous n'existerait pas sans nous. La réciproque n'est pas vraie.

En effet , nous concevons clairement que nous pourrions exister sans être modifiés. Le principe actif en nous pourrait sommeiller sans produire. L'effet dépend de la cause, la modification du sujet ; mais la cause n'implique par nécessairement l'effet , ni le sujet la modification.

Il y a donc ce rapport entre nous et ce qui se passe en nous , que ce qui se passe en nous ne subsiste que par nous, tandis que nous* pourrions subsister sans lui.

 ces propriétés opposées , nous reconnaissons dans l'élément variable du monde interne le caractère de phénoménalité, et dans l'élément invariable le caractère de réalité.

Nous sommes donc une réalité. Les actions que nous produisons, les modifications que nous subissons, sont

donc des phénomènes. Le monde interne renferme donc une réalité simple et identique à elle-même, qui est nous , et qui subsiste et persiste par elle«méme ; et de plus , une phénoménalité multiple et changeante qui dépend de la réalité d*où elle émane ou qu'elle modifie.

Le moi , qui est une réalité , sent en lui-même per« sister avec lui des attributs invariables comme lui; ce sont ces attributs qui le constituent lui et non toute autre réalité. Mais , par delà ces attributs dans lesquels il se sent immédiatement , et par lesquels il se manifeste à lui-même » il conçoit quelque chose de plus fixe encore, de plus immuable « quelque chose qui n'est pas individuel comme lui, et sans quoi il ne subsisterait pas. Ce quelque chose, il l'appelle de différents noms, tant qu'il ne s'est pas rendu compte nettement de lia nature ; mais dans ce quelque chose , quel qu'il soit , il ne se trouve pas;. ce quelque chose, il ne rappelle pas moi, il ne se sent pas en lui. Alors donc qu'il Tatteint, il sort nonseulement de ce qui est visible pour lui, mais encore de ce qui est lui ; et non-seulement de ce qui est lui, mais encore de ce qui vient de lui ou en dépend. Ce n'est plus ni le moi, ni une action du moi , ni une modification du moi ; ce n'est ni un phénomène , ni une réalité individuelle; c'est quelque chose d'une troisième nature, qu'il ne comprend que négativement; c'est quelque chose qui le dépasse, et à quoi il se rattache ; c'est enfin l'objet encore confusément entrevu de cette autre science, distincte de la psychologie, et qu'on appelle l'ontologie.

La conceptiqn obscure de cet objet invisible , non in*» dividuel et non phénoménal , est bien contenue dans la conscience du monde interne que nous analysons; mais cet objet lui-même n'y est pas compris. Arrivé au point où la réalité moi finit, et où Tintelligence voit poindre ,

pour ainsi dire, cet objet nouveau, la psychologie expire. Ce sont là ses limites du côté de Tontologie.

Transportons-nous maintenant à Tautre extrémité du monde interne ou de cette sphère de phénomènes embrassée par la conscience, et marquons également de ce côté le^ bornes qui séparent la psychologie de la science du monde externe.

Ici, l'extrême multiplicité des phénomènes ne nous permet pas d'indiquer à quel point chacun d*eux cesse d'être visible pour la conscience. C'est dans l'analyse spéciale de ces phénomènes que l'on peut seulement conduire chacun d^eux, du point où il se rattache au moi, jusqu'au point où il se perd dans le monde externe» et cesse d'apparaître à l'observation interne.

Qu'il nous suffise de dire que, de toutes parts, le monde interne est délinyté par la conscience, et avec lui la psychologie ; car l'objet de la psychologie est d'édairc\t ce que la conscience sait de nous-mêmes , et là ou la conscience ne pénètre point, il n'y a rien à éclaircir*

Mais, de même que la réalité moi se rattache à quelque chose d'invisible à l'œil interne, de même les phénomènes se rattachent à quelque chose qui n'est point contenu dans la sphère de la conscience. Les modifications que le moi subit ont une cause ; les actions qu'il exerce ont un but. Les phénomènes, en un mot, qui sont dans le monde interne, ne tiennent au moi que par une extrémité. L'extrémité opposée ne demeure point suspendue et flottante ; elle se rattache nécessairement à quelque réalité extérieure; et c'est ainsi que le moi est lié à la nature extérieure et communique avec elle.

Telles sont les premières distinctions que la réflexion nous manifeste en nous ; telle est la circonscription exacte qu'elle donne à l'objet de la conscience.

DE LA SCIENCE PSYCIIOLOGlQtjL'. âOl

Dès lors, et par le fait seul de celte première décom-r position, le corps est exclu de l'objet de la psychologie! Chose singulière, si le corps était Thomme! car l'homme est certainement dans ce qu'il appelle soi ; il n'est pas là où il reconnaît lui-même qu'il n'est pas; et si, d'une part, il se place dans un principe actif et sensible, simple et identique à lui-même, dont il a une perpétuelle conscience; si, d'autre part, il ne se reconnaît plus dans les modifications inétendues et sans forme qu'il éprouve, par cela seul qu'il ne se sent pas en elles et qu'elles sont multiples et variables ; à plus forte raison il ne se reconnaît pas dans cette masse solide, iigurée, étendue, com-j posée, et perpétuellement changeante qui l'enveloppe,:' ' "^ et qu'il nomme lui-même le corps, x^k \^ ^

Non-seulement il ne s'y troiïvêpas; mais il la regarde comme une chose extérieure à lui, qui agit sur lui et sur laquelle il agit, qui sert d'instrument à ses volontés sur la nature extérieure, ou d'instrument à la fatalité extérieure sur lui, qui, à tous ces titres, est avec lui dans des rapports intimes, permanents et tout spéciaux, nfîai^ qui, malgré ces rapports, ne se confond pas plu^ avec lui que les planètes qui gravitent dans les cieux ou les invisibles soleils qui en éclairent les profondeurs.

i02 fSYCËOLOàtE.

DE l'amour de soi.

\ Le phénomène de la sensation, dans sa simplicité, est tout à la fois une affection agréable ou désagréable pour la sensibilité qili l'éprouve, et un signe déterminé pour l'intelligence qui l'aperçoit ; par ce double caractère, il donne naissance à deux séries de phénomènes psychologiques, dont rune se développe dans la sensibilité même, et dont l'autre se produit dans Tintelligence. Nous allons suivre dans cet article les effets de la sensation dans la sensibilité; car il paraîtra bientôt que les mouvements variés qu'elle y excite émanent d'un même principe, et que ce principe est Yamour de soi.

C'est comme affection que la sensation devient pour la sensibilité une cause de développement : comme signe, elle n'excite que des faits intellectuels. Or, comme affection^ elle ne revêt que deux formes essentiellement distinctes : elle est agréable ou désagréable. Une affection, qui ne serait ni agréable ni pénible à quelque degré, ne •serait pas ; car, dans cette hypothèse, nous ne serions

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