DES OPÉRATIONS PHOTOGRAPHIQUES
DESTINÉE AUX GOMMENÇANS.
Depuis que Ton a modifié les procédés de^M. Daguerre, les commençans éprouvent le plus grand embarras, lorsqu'ils veulent faire un choix parmi tous les nouveaux moyens. Souvent môme il arrive que les ouvrages spéciaux, tout en décrivant avec soin la modification nouvelle, négligent les principes fondamentaux ou n'en donnent qu'un faible aperçu. II en résulte que l'amateur est embarrassé dès les premiers pas et ne parvient à produire une épreuve passable, qu'après avoir fait de longues et fastidieuses tentatives. Je me propose dans ce chapitre» de décrire le procédé le plus simple et en même temps le plus certain. Encouragé par le succès, le commençant ne tardera pas à acquérir l'habitude des manipulations, il pourra bientôt se livrer à de nouveaux essais et mettre à l'épreuve les nouveaux moyens qu'on a successivement proposés pour perfectionner l'opération.
Les règles posées par M. Daguerre sont ((op connues pour que je les reproduise ici, mais je me hâte d'ajouter qu'elles sont toujours la base des opérations photographiques; les modifications récentes tout en changeant la forme, n'ont aucunement modifié le fond de la méthode^
Les opérations photographiques au nombre de huit, doivent être exécutées dans Tordre suivant :
1** Décaper et polir la plaque avec le plus grand soin, de manière à obtenir une surface d'argent aussi pure que possible ;
2° roder cette plaque bien également ;
3"" La soumettre à l'action des substances accélératrices pour augmenter la sensibilité de la couche d'iodure d'argent;
k"" Lui faire subir l'impression lumineuse dans la chambre obscure ;
5° Faire paraître l'image en exposant la plaque impressionnée aux vapeurs mercurielles ;
6*» La laver pour enlever les parties de la couche sensible qui n'ont pas été modiflées par la lumière;
7« Fixer l'image au moyen du chlorure d'or;
8" Sécher la plaque.
Je vais actuellement reprendre chacune de ce^ opérations et en donner une description exacte, de manière que les commençans puissent obtenir promptement un bon résultat.
1** Nettoyer la plaque. Lorsqu'on a fait choix d'une bonne plaque (1), on la place sur une feuille de papier blanc, ou sur la planchette à polir qui accompagne tous les daguerréotypes et que l'on fixe sur le bord d'une table. On prépare ensuite un tampon de coton cardé et on l'humecte d'eau acidulée par l'acide nitrique ou par l'acide acétique, on saupoudre la plaque de pierre ponce ou de tripoli réduit en poudre impalpable et contenu dans un petit flacon coiffé d'un morceau de mousseline , puis avec le coton humecté, on commence à nettoyer la plaque, en ayant soin d'étendre avec rapidité le liquide sur toute la surface ; lorsque le coton noircit, on change le tampon et on sèche la plaque eh employant toujours les poudres dont j'ai déj* parlé.
(1) Voir la brochure cilée précédemment
Il suffit de répéter deux fois cette opération et enfin, de sécher exactement la plaque avec la poudre et du coton sec. Elle est alors prête à recevoir la couche sensible ; [mais si elle est neuve ou qu'on ait fixé Timage au moyen du chlorure d'or, on ne parvient à la polir qu'en employant en premier lieu, de la ponce pulvérisée et de l'huile ; mais il faut alors avoir bien soin d'enlever complètement toute la substance grasse avant de passer à l'application de l'eau acidulée. Dans tous les cas, il ne faut pas craindre de renouveler trop souvent le coton et le papier sur lequel on pose la plaque lorsqu'on ne se sert pas de la planchette.
Dès que la plaque est bien polie, on doit en essuyer exactement les bords et le revers pour enlever les substances qui pourraient encore y adhérer, et la renfermer aussitôt dans la boîte ou dans le châssis.
2^ loder. — Quelle que soit la boîte à iode dont on fait usage, il est toujours prudent de la découvrir pendant quelques secondes avant d'exposer la plaque à l'action des vapeurs , autrement, il serait à craindre de voir l'iode se porter trop vivement sur l'argent et y former des taches.
Pour ioder une plaque , on la place dans le châssis , et avec un peu de coton arraché à la carde, on enlève toutes les parcelles de poudre à polir qui sont restées attachées à sa surface; quand elle est bien nette, on la pose doucement sur la boîte ; au bout de quelques instans, on la regarde pour voir si elle a pris la teinte jaune clair, on la remet alors sur la boîte pendant deux ou trois secondes, et on la renferme aussitôt dans le châssis.
Il n'est pas nécessaire d'ioder la plaque dans un endroit obscur, quelques personnes conseillent même de Texposer à la lumière zénithale.
3** Appliquer la substance accélératrice. — Après avoir versé dans la cuve de verre ou de porcelaine, assez de liqueur
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~ 8 — ' accélératrice pour iormer une couche de cinq ou six millimètres d'épaisseur, on couvre la cuvette avec la glace dé* polie et on attend quelques instans que les vapeurs se soient mêlées à Tair contenu dans cette cuvette ; enlevant alors la glace, on y substitue la plaque iodée que Ton examine de temps en temps et qu'on enlève définitivement lorsqu'elle a ticquis une belle teinte rose. Je recommande la liqueur de Reisser ou celle de M. de Valicourt (1) , parce qu'elles donnent presque toujours des résultats ; l'essentiel est d'indiquer un procédé au moyen duquel on puisse réussir avec facilité , autrement l'élève se décourage et renonce à faire des expériences qui, loin de lui procurer un délassement agréable , deviennent une source inépuisable de fatigue et d'ennuis. Aussitôt que la plaque est passée à la couleur rose, il faut la renfermer de nouveau dans le châssis et la transporter dans la chambre obscure, f L'application de la substance accélératrice doit être exécutée dans une chambre où il ne pénètre que la lumière nécessaire pour qu'on puisse distinguer la teinte de la plaque. On peut faire tomber la lumière sur une feuille de papier blanc et examiner la teinte en inclinant la plaque devant ce papier, de façon à lui faire réfléchir son image; de cette manière on reconnaît mieux la nuance produite par la liqueur accélératrice (2).
4" Exposer la plaque à l'action lumineuse. — Il faut commencer par mettre la chambre obscure au point , puis y fixer le châssis, ouvrir le volet et compter un nombre de secondes qui varie nécessairement suivant l'éclairage et la couleur de l'objet. Quand on juge que la plaque est suffl*samment impressionnée , on ferme le volet et on en-
(1) Voir plus loin.
(2) La même liqueur peut servir à plusieurs expériences; si son action s'affaiblissait, on lui rendrait toute son énei^ie en y ajoutant une petite quantité de liqueur fraîche.
lève le châssis pour le porter dans la chambre à mercure, 5" Exposer la plaque aux vapeurs mercuriellès. — Je recommande à mes lecteurs de ne pas soumettre la plaque au mercure dans la pièce où ils appliquent les substances sensibles, parce que les vapeurs que ces dernières fournissent continuellement peuvent nuire à la netteté et parfois^à la formation de Fimage. La pièce dans laquelle on opère doit être tout-à-fait privée de jour et Ton n'emploie qu'une petite bougie pour suivre les progrès de l'épreuve. Dès que la plaque est fixée sur la boîte à mercure dont la cuvette a été préalablement remplie de métal bien pur, on allume la petite lampe placée sous la cuvette; lorsque le thermomètre marque 60 degrés pour les grands appareils et 30 pour les petits, on cesse de chauffer le mercure. Quelques instans après, on regarde la plaque et si l'épreuve doit venir, on aperçoit les premières traces du dessin qui est ordï- ^ nairement complet après une ou deux minutes d'exposition aux vapeurs mercuriellès. Quelquefois on est obligé de chauffer de nouveau le métal. Quand on n'emploie pas le thermomètre, on reconnaît le degré de chaleur à la tempe- * rature de la cuvette ; aussitôt qu'on éprouve en la touchant, un sentiment de brûlure à la pulpe des doigts^ on éteint la lampe et on procède comme ci-dessus.
&" Laver la plaque. — Pour laver la plaque, on verse dans une des bassines de l'eau distillée, et dans l'autre, de l'hyposulfite de soude ; la plaque bien nettoyée sur les bords et sur le revers, est plongée dans l'eau que l'on a soin d'agiter durant environ une minute , puis on transporte la plaque dans l'hyposulfite que l'on agite de même jusqu'à ce que la couche d'iodure d'argent ait complètement disparu ; alors on la plonge de nouveau dans Teau distillée et on lui fait subir un dernier lavage pour enlever l'hyposulfite.
7" Fixer l'épreuve. — On place l'épreuve sur le support à chlorurer préalablement mis de niveau , on verse sur la
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plaque une couche de chlorure d'environ trois millimètres et on la chauffe avec une lampe à Talcool dont la flamme doit être assez forte ; mais il faut avoir soin de promener vivement la lampe au dessous de la plaque et d'en chauffer également toutes les parties. Dès que l'on voit des bulles se former à la surface du métal, on cesse de chauffer et après avoir jeté le chlorure qui reste sur la plaque, on la plonge dans l'eau distillée qui doit être renouvelée chaque fois.
Bien que cette description ne me paraisse pas devoir lais-^ ser d'incertitude dans l'esprit du lecteur, je vais, pour plus d'exactitude, reproduire l'instruction publiée par M. Fiseau à l'époque de sa découverte et que j'avais déjà donnée dans mes nouvelles instructions sur le daguerréotype :
— c<On dissout un gramme de chlorure d'or dans un demilitre d'eau distillée, 3 grammes d'hyposulfite de soude dans un demi-litre d'eau également distillée , on verse alors la dissolution d'or dans celle de soude, peu à peu et en agitant; la liqueur d'abord légèrement jaunâtre, ne tarde pas à devenir parfaitement limpide. Elle paraît consister alors en un hyposulfite doid)le de soude et d'or.
» Pour traiter une épreuve par ce sel d'or, il faut que la surface du plaqué soit parfaitement exempte de corps étrangers et surtout de poussière, il faut par conséquent qu'elle ait été lavée avec quelques précautions que l'on néglige lorsqu'on veut s'arrêter au lavage ordinaire.
» La manière suivante réussit le plus constamment : l'épreuve étant encore tout iodée, mais exempte de corps, gras sur les deux surfaces et les épaisseurs , on verse quelques gouttes d'alcool sur la surface iodée (1) : quand l'alcool a humecté toute la surface, on plonge la plaque dans la bassine d'eau, puis de là, dans la solution d'hyposulfite.
(1) On doit employer de TalcoGl absdu; l'alcool ordinaire yrodiHt qiidquefois des taches. G. C.
» Cette solution doit être renouvelée à cbaqae épreuve et contenir environ une partie de sel pour 15 d'eau : le reste du lavage s'eflectne, comme d'ordinaire, seulement Teau doit être autant que possible exempte de poussière.
» L'emploi de l'alcool a eu simplement pour but de faire adhérer parfaitement l'eau à toute la surface de la plaque , et d'empêcher qu'elle ne se retire sur les bords au moment des diverses immersions, ce qui produirait infailliblement des taches.
ï* Quand une épreuve a été lavée avec ces précautions, fût*-elle fort ancienne, le traitement par le sel d'or est de la plus grande simplicité. Il suffit de placer la plaque sur le chftssis en fil de fer qui se trouve dans les appareils, de verser dessus une couche de sel d'or suffisante pour que la plaque en soit entièrement couverte, et de chauffer avec une forte lampe ; on voit alors l'épreuve s'éclaircir et prendre en une minute ou deux une grande vigueur. Quand l'effet est produit, il faut verser le liquide, laver la plaque et faire sécher.
» Dans cette opération, de l'argent s'est dissous et de For s'est précipité sur l'argent et sur le mercure, mais avec des résultats bien différens; en effet, l'argent, qui, par son miroitage, forme les noirs des tableaux, est en quelque sorte bruni par la mince couche d'or qui le couvre , d'où résulte un renforcement dans les noirs. Le mercure au contraire, qui à rétat de globules infiniment petits forme les blancs, augmente de solidité et d'éclat par son amalgame avec l'or ; d'où il résulte une fixité plus grande et un remarquable accroissement dans les lumières de l'image. »
— Après avoir bien lavé la plaque, on la pose sur la fourchette de M. de Brebisson, que l'on incline de manière à faire écouler le liquide par un des angles, tandis qu'on chauffe le dessous de la plaque avec la lampe, en commençant par l'angle opposé ; mais il faut avoir bien soin de tenir la flamme
toujours au dessous de la ligne qui sépare la partie sèche de la partie encore mouillée , et quand la plaque est séchée à peu près aux trois quarts y il suffit d'en chauffer l'angle in~ férieur pour terminer Topération. Si par hasard le liquide en s'évaporant laissait quelques taches sur l'épreuve, il faudrait la replonger rapidement dans l'eau et la sécher une seconde fois.
Cette description succincte, mais exacte des procédés photographiques devra être étudiée avec attention par les commençans, et je ne doute pas qu'ils ne parviennent à faire une épreuve passable après quelques tentatives, souvent même du premier coup, s'ils se conforment scrupuleusement aux préceptes que j'ai cherché à simplifier autant qu'il était possible.