‹ Mélanges poétiques et discoursChapitre 10 sur 65 · A NÉMÉSIS · texte numérisé non relu

A NÉMÉSIS

Non, je n'ai point couvert du masque populaire Son front resplendissant des feux du saint parvis, Ni pour fouetter et mordre imtant sa colère Changé ma muse en Némésis !

D'implacables serpens je ne Tai point coiffée ! Je ne lai pas menée, une verge à la main. Injuriant la gloire avec le lulli d'Orphée, Jeter des noms en proie au vulgaire inhumain; Prostituant ses vers aux clameurs de la rue. Je n'ai pas arraché la prêtresse au saint lieu ! A ses profanateurs je ne l'ai pas vendue Comme Sion vendit son Dieu !

Non, non : je l'ai conduite au fond des solitudes Comme un amant jaloux d'une chaste beauté ;

le Var; on semble lui interdire de prononcer le nom d'une liberté qu'il a aimée et chantée avant ses accusateurs. On lui reproche aussi d'avoir reçu de ses libraires le prix de ses ouvrages, l'oète attaqué par un pocîe.ilacru devoir lui répondre dans sa langue , et il a écrit cette ode dans la chaleur de la lutte, le jour même de l'élection.

A NEMESIS. S 5

J ai gardé ses beaux pieds des atteintes trop rudes Dont la terre eût blessé leur tendre nudité ! J'ai couronné son front d'étoiles immortelles, J'ai parfumé mon cœur pour lui faire un séjour. Et je n'ai rien laissé s'abriter sous ses ailes Que la prière et cpie l'amour !

L'or pur que sous mes pas semait sa main prospère N'a point payé la vigne ou le champ du potier ; 1 1 n'a point engraissé les sillons de mon père Ni les coffres jaloux d'un avide héritier : Elle sait oîi du ciel ce divin denier tombe. Tu peux sans le ternir me reprocher cet or ! D'autres bouches un jour te diront sur ma tombe Où fut enfoui mon trésor !

Je n'ai rien demandé que des chants à sa lyre, Des soupirs pour une ombre et des hymnes pour Dieu î Puis quand l'âge est venu m'enlever son délire, J'ai dit à cette autre ame un trop précoce adieu : Quitte un cœur que le poids de la patrie accable !

Page 1