‹ Mélanges poétiques et discoursChapitre 11 sur 65 · A NÉMÉSIS · texte numérisé non relu

A NÉMÉSIS

(^uand l'eau pure des lacs se mêle avec le sable, Le cygne remonte et s'enfuit !

Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle, S'il n'a l'ame et la lyre et les yeux de Néron ! Pendant que l'incendie en fleuve ardent circule, Des temples au palais, du cii-que au Panthéon ! Honte à qui peut chanter pendant que chaque femme Sur le front de ses fils voit la mort ondoyer, Que chaque citoyen regarde si la flamme Dévore déjà son foyer !

Honte à qui peut chanter pendant que les sicaires En secouant leur torche aiguisent leurs poignards. Jettent les dieux proscrits aux rires populaires. Ou traînent aux égouts les bustes des Césars ! C'est l'heure de combattre avec l'arme qui reste ! C'est l'heure de monter au rostre ensanglanté ! Et de défendre au moins de la voix et du geste Rome, les dieux, la liberté !

La liberté ! ce mot dans ma bouche t'outrage ?

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Tu crois qu'un sang d'ilote est assez pur pour ïûdi, Et que Dieu de ses dons fit un digne partage, L'esclavage pour nous, la liberté pour toi ? Tu crois que de Séjan le dédaigneux sourire Est un prix assez noble aux cœurs tels que le mien , Que le ciel m'a jeté la bassesse et la lyre, A toi l'ame du citoyen !

Tu crois que ce saint nom qui fait vibrer la terre, Cet éternel soupir des généreux mortels Entre Caton et toi doit rester un mystère, Que la liberté monte à ses premiers autels ? Tu crois qu'elle rougit du chrétien qui l'épouse ? Et que nous adorons notre honte et nos fers Si nous n'adorons pas ta liberté jalouse Sur l'autel d'airain que tu sers ?

Détrompe-toi, poète! et permets-nous d'ètrehommes! Nos mères nous ont fait tous du même limon ! La terre qui vous porte est la terre où nous sommes, Les fibres de nos cœurs vibrent au même son ! Patrie et liberté, gloire, vertu, courage,

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Quel pacte de ces biens m'a donc déshérité .•' Quel jour ai-je vendu ma part de l'héritage, Ésaii de la liberté ?

Va ! n'attends pas de moi que je la sacrifie Ni devant vos dédains ni devant le trépas ! Ton Dieu n'est pas le mien, et je m'en glorifie ; J'en adore un plus grand qui ne te maudit pas ! La Uberté que j'aime est née avec notre ame Le jour où le plus juste a bravé le plus fort ; Le jour où Jéhovah dit aux fils de la femme : Choisis, des fers ou de la mort !

Que ces tyrans divers dont la vertu se joue Selon l'heure et les Ueux s'appellent peuple ou roi. Déshonorent la pourpre ou salissent la boue, La honte qui les flatte est la même pour moi ! Qu'importe sous quel pied se courbe un front d'esclave? Le joug d'or ou de fer n'en est pas moins honteux ! Des rois tu l'affrontas, des tribuns je le bra\ e ; Qui fut moins libre de nous deux ?

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Fais-nous ton Dieu plus beau si tu veux qu'on l'adore; Ouvre un plus large seuil à ses cultes divers ! Repousse du parvis cpie leur pied déshonore La vengeance et l'injure aux. portes des enfej's 1 Écarte cesfau\ dieux de l'autel populaire, Pour que le suppliant n'y soit pas insulté ! Sois la lyre vivante et non pas le cerbère Du temple de la liberté !

Un jour de nobles pleurs laveront ce délire, Et ta main étouffant le son qu'elle a tiré, Plus juste arrachera des cordes de ta lyre La corde injurieuse où la haine a vibré ! Mais moi j'aurai vidé la coupe d'amertume Sans que ma lèvre même en garde un souvenir ; Car mon ame est un feu qui brûle et qui parfume Ce qu'on jet le pour la ternir !

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Saint-Point, 29 juillet 1829.

Celui qui voit briller ces Alpes, d'où l'aurore, Comme un aigle, qui prend son vol du haut des monts, D'une aile étincelante ouvre les cieux, et dore Les neiges de leurs fronts ;

1 Aujourd'hui madame Emile de Girardin.

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Celui-là, l'œil frappé de ces hauteurs sublimes, Croit que ces monts glacés qu il admire et qu'il luit, Xe sont qu'affreux déserts, rochers, torrens, abîmes, Foudres, tempête et bruit !

Mesurons-les de loin, dit-il ; mais si sa route Le conduit jusqu'aux flancs d'où pendent leurs forêts, S'il pénètre au vain bruit de leurs eaux qu'il écoute Dans leurs vallons secrets.

Il y trouve, ravi, des solitudes vertes. Dont l'agneau broute en paix le tapis velouté. Des vergers pleins de dons, des chaumières ouvertes A l'hospitalité ;

Des sources sous le hêtre, ainsi que dans la plaine, De frais ruisseaux dont l'œil aime à suivre les bonds, De l'ombre, des rayons, des brises dont l'haleine PUe à peine les joncs ;

Des coteaux aux flancs d'or, de hmpides vallées, Et des lacs étoiles des feux du firmament,

DELPHINE GAY. pj

Dont les vagues d'azur et de saphir mêlées Se bercent doucement ;

Il entend ces doux bruits de voix qui se répondent, De murmures du soir qui montent des hameaux , De cloches des troupeaux , de chants qui se confondent Aux sons des chahmieaux ;

Marchant sur des tapis d'herbe en fleurs et de mousses; Ah ! dit-il, que ces lieux me gardent à jamais ! La nature a caché ses grâces les plus douces Sous ses plus hauts sommets !

Ainsi les noms qu'au ciel la renommée élève, De leur éclat lointain semblent nous consumer ; Jalouse de ses dons, la gloire leur enlève Tout ce qui laisse aimer !

Ainsi quand je te vis, jeune et belle victime. Qu'un génie éclatant choisit pour son malheur, Je cherchai sur ton front le rayon qui t'anime Et je fermai mon cœur ;

Mais un jour, c'était l'heure où le soin du ménage Retient la jeune fille à son foyer pieux, Où l'on n'a pas eucor composé son ^isage Pour l'œil des envieux ;

J'entrai comme un ami qui ^•ient avec l'aurore Solliciter sans bruit la porte d'un ami, Qiù rentr'ouvre et du seuil que son pied touche encore Demande : A-t-il dormi ?

Les meubles dispersés dans la salle nocturne, La lampe qui fumait, oubliée au soleil. Étalaient ce désordre, emblème taciturne D'une nuit sans sommeil :

Des harpes et des chants, souvenirs d'une fête. Des li\Tes échappés à des doigts assoupis. Et des feuilles de fleurs qui couronnaient ta tête Y jonchaient les tapis.

La veille avait flétri de ta blanche parure

Les longs plis qu'à ton sein le nœud pressait encor.

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