‹ Mélanges poétiques et discoursChapitre 15 sur 65 · I02 A MADAME · texte numérisé non relu

I02 A MADAME

Soufflaient la cendre du matin ; Et déjà la flamme bleuâtre Égayait le couple folâtre De l'espoir d'un frugal festin.

Appuyée au mât qui chancelle, Et que sa main tient embrassé, La mère les couvait de l'aile Et suspendait à sa mamelle Le plus jeune à son cou bercé.

Ils n'ont, disais-je, dans la vie Que celte tente et ces trésors, Ces trois planches sont leur patrie ; Et cette terre en vain chérie Les repousse de tous ces bords !

En vain de palais et d'ombrage, Ce golfe immense est couronné.

Ils n'ont, pour tenir au rivage, Que l'anneau rongé par l'orage, De quelque môle abandonné !

DESBORDES -VALMORE. loi

Ils n'ont pour fortune et pour joie, Que les refrains de leurs couplets ; L'ombre que la voile déploie ; La brise que Dieu leur envoie, Et ce qui tombe des filets !

Cette pauvre barque, ô Valmore, Est l'image de ton destin.

La vague, d'aurore en aurore.

Comme elle te ballotte encore Sur un océan incertain !

Tu ne bâtis ton nid d'argile Que sous le toit du passager ; Et comme l'oiseau sans asile Tu vas glanant de ville en ville Les miettes du pain étranger.

Ta voix enseigne avec tristesse Des airs de fête à tes petits ; Pour qu'attendri de leur faiblesse L'oiseleur les épargne, et laisse

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