FAMILIERE
a M. \)icioï I§ufl0.
Déjà la première hirondelle, Seul être aux ruines fidèle, Revient effleurer nos créneaux Et des coups légers de son aile
Battre les gotliiques vitraux Où rhabitiide la rappelle.
Déjà l'eiTante Pliilnnièle, Modulant sou brillant soupir, Trouve sur la tige nouvelle Une feuille pour la couvrir ; Et de sa retraite sonore Où son chant seul peut la trahir, Semble une voix qui vient d'éclore Pour saluer avec l'aurore Chaque rose qui va s'ouvrir.
L'air cai-esse, le ciel s'épure, On entend la terre germer ; Sur des océans de verdure Le vent flotte pour s'embaumer *, La source reprend son murmure ; Tout semble dire à la nature :
Encore un printemps pour aimer !
Encore un degré vers la tombe Où des ans aboutit le cours !
Encore une feuille qui tombe
De la couronne de nos jours, Sans que ta main l'ait savourée, Sans que ton cœur l'ait respirée !
Cependant nos printemps sont courts !
Épris de la seule nature, Horace, ambitieux d'oubli.
Lui confiant sa vie obscure, Écoutait réteruel murmure Des cascades de Tivoli.
Souvent assis sur ces ruines D'où je voyais mourir le jour Sous l'ombre de ces deux collines Qui cacbaient son humble séjour , .l'allai, plein des mêmes pensées.
Chercher ses traces effacées Aux lieux par son ombre habités ; Et livrant ses vers au zéphyre A leur écho faire redire Les sons plaintifs de cette lyre Qu'il a deux mille ans répétés !
Fuyant le tumulte des villes , Aux lieux où les vagues tranciuilles
Lavent les bords silencieux, Tirgile, assis sur le rivage, Charmait les rochers de la plage, De ses concerts mystérieux.
Dans la solitude qu'il aime.
Il marquait du doigt l'arbre même Qui devait ombrager ses os.
Et voulait que dans le lieu sombre Le concert des mêmes échos Berçât le sommeil de son ombre Du doux bruit des vents et des flots J'ai vu la retraite enchantée Oîi , las d'une vie agitée Par les orages du malheur, Le Tasse, suivi par l'envie, Revêtait, pour cacher sa ^ie, Les hiuaables habits d'un pasteur.
Au penchant du cap de Sorrente, Au pied d'un agreste rocher, P5ords où la vague transparente Berce le paisible nocher, Sous l'oranger de la colline
On voit encor rhinul>le ruine De ce poétique séjour ; L'écho des vents et des cascades Y roule à travers les arcades Des sons de tristesse et d'amour !
Et toi, leur enfant, lu t'exiles Des lieux par la muse habités, Pour traîner des loisirs stériles Dans l'air corrompu des cités !
Oiseau chantant parmi les hommes, Ah ! reviens à l'ombre des bois ; Il n'est qu'au désert où nous sommes Des échos dignes de ta voix 1 Viens respirer avant l'aurore L'air embaumé qui semble éclore Des baisers des fleurs et du jour, Et mêlant ton ame encor pure Avec le ciel et la nature.
Rêver et chanter tour à tour
Non loin de la rive embellie.
ÉPITKE.
Où la Saône aux flots assoupis
Retrouve sapenle, et l'oublie
Pour caresser les verts tapis
Où son cours cent fois se replie ;
Au pied des monts où Ton croit voii'
La nuit s'enfuir, le jour éclore,
Dont les neiges que le ciel dore,
Comme un majestueux miroir,
Sur nos champs projettent encore
Les premiers reflets de l'aurore
Et l'ombre lointaine du soir ;
Entre deux étroites collines
Se creuse un oblique vallon,
Tel que Virgile ou Fénelon
L'auraient peint de leurs mains divines ;
Le double mont qui le domine
Et le défend de l'aquilon
Sous le poids des forêts s'incline,
Et de pente en pente décline
Jusqu'au lit boj'dé de gazon
Où notre humble ruisseau sans nom
Déroule sa nappe argentine
EPITRE. i3
Et dans son onde cristalline Aime à bercer le doux rayon De la lune qui rilliiniine.
Le tiède regard du soleil Le colore dès son réveil De ses lueurs les plus dorées, Et le soir ses teintes pourprées Peignent le nuage vermeil Où nage son disque, pareil A des roses décolorées ; Et grâce à l'aspect de ces lieux, Tour à tour éclatan l et sombre , Chacun de ses pas dans les cieux , Par un contraste harmonieux , Y fait lutter le jour et l'ombre !
Les champs, les fleurs, les eaux, les bois, L'émail ondoyant des prairies, Semés sur ses pentes fleuries, S'entrelacent comme par choix.
Et semblent se pHer aux lois Des plus riantes symétries. Le saule penché sur les eaux.
T baigne ses tristes rameaux D'où ses larmes tombent en pluie, Et qu'en agitant ses berceaux L'haleine du zéphyr essuie .
Sur le tronc mousseux des ormeaux La vigne avec grâce s'appuie, Et couvre de ses verts arceaux La moisson par l'été jaunie.
L'onde amoureuse du rocher, D'où l'entraîne un courant rapide, En retombe en nappe limpide, Y remonte en poussière humide, Semble chercher à s'attacher A ses flancs en perle liquide Qu'un rayon du jour ^ient sécher ; • Et, roulant sans bord sur sa pente Que son écume au loin blanchit, Bouillonne, fuit, dort ou serpente, Gronde, murmure, et rafraîchit L'air que chai^me sa plainte errante.
Suspendue aux flancs des coteaux, L'humble chaumière des hameaux
Blanchit à travers le feuillage ; Le couchant dore ses vitraux, Et du toit couvert de roseaux La fumée en léger nuage Monte et roule ses plis mouvans, Et cède aux caprices des vents Qui la bercent sur le bocage.
Au sommet d'un léger coteau Qui seul interrompt ces vallées , S'élèvent deux tours accouplées Par la teinte des ans voilées, Seul vestige d'un vieux château Dont les ruines mutilées Jettent de loin sur le hameau Quelques ombres démantelées j Elles n'ont plus d'autres vassaux Que les nids des joyeux oiseaux, L'hirondelle et les passereaux Qui peuplent leurs nefs dépeuplées ; Le lierre au lieu des vieux drapeaux.
Fait sur leurs cimes crénelées
iG EPITRE.
Flotter ses touffes déroulées, Et tapisse de verts manteaux Les longues ogives moulées, Où les vautours et les corbeaux , Â-battant leurs noires volées, Couvrent seuls les sombres créneaux De leurs sentinelles ailées.
Ce n'est plus qu'un débris des jours, Une ombre, hélas ! qui s'évapore.
En vain à ces nobles séjours.
Comme le lierre aux vieilles tours, Le souvenir s'attache encore ; Minés par la vague des ans, Sur le cours orageux du temps Leur puissance s'en est allée ; Tls font sourire les passans.
Et n'ont plus d'autres courtisans Que les pau\Tes de la vallée.
Autour de l'antique manoir.
Tu n'entendras d'autre murmure Que les soupirs du vent du soir Glissant à travers la verdure,