LA VEILLE DES ARMES
L'auicur, C!) voulant poiler aux pieds du roi ce faible tribal de ses sentiments pour un pi ince dont le règne (st l'aurore du bonheur de la France, n'a pas cru devoir s'astreindre scrupuleusement aux formes modernes dn Sacre, formes que l'état présent de notre monarchie modifiera peutêtre encore. Il en a emprunté les jirincipnux traits aux cérémonies guerrières qui , dans les temps chevalcrrsqnes . accompa.^naienl cette augu<;te consécration.
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Orlcliir in dlflius ejiis jtislitia cl ;ibiiiul:tiitia pncîs.
l'sALM.
La nuit couvre de Reims l'anlique cathédrale' ; Mille flambeaux seinanS la voûte tiiompliale, De colonne en colonne et d'arceaux en arceaux, F.tcndent sur la nef leurs lumineux réseaux,
i84 CHAXT DU SACRE.
Et se réfléchissant sivr le bronze on la pierre, Font seqicnter an loin des rnisseanx de himière. De soie et de velours les parvis sont tendus ; Les écussons royanx aux piliers suspendus, Flottant par intervalle au souffle de la brise, Font de soixante rois ondoyer la devise. L'autel est ombragé d'armes et d'étendards ; Ceux que la Palestine a vus sur ses remparts, Ceux qu'enleva Philippe aux plaines de Bovines, Et ceux qui d'Orléans sauvèrent les ruines. Ce panache d'Ivry que lit flotter un roi. Ceux que ravit Condé sous les feux de Rocroy, Ceux enfin qui, guidant les fils de la \ictoire, Du Tage au Eorystl:cue ont porté notre gloire Et n ont rien rapporté de Tienne et d'AusterUtz Que cent noms immortels sur leurs lamlîcaux écrits ! Noirs, souillés, mutilés, teints de sang et de poudre, Décliirés par le sabre ou percés par la foudie, Pendant du haut des murs, entre leurs pUs mouvans, De ce dôme sonore emprisonnent les vents, Et semblent murmurer, en roulant sur leur lance : « Toilo Tombre qui sied au front d'un rni de France 1 »
YEIU.Y. DES A.1MES.
Le temple est vide encore ; aux marches de l'aulel
Un pontife, velu de l'éphod solennel,
Semljle attendre le jour, l'heure, l'instant suprême,
Par la voix de l'airain frappé dans le ciel même ;
Cent lévites, couverts de vêtemens sacrés,
Du brillant sanctuaire entourent les degrés ;
Le regard suit au loin leurs onduleuses files ;
Debout, l'œil attentif, en silence, immobiles,
Ils tiennent d'une main les encensoirs flottans ;
L'autre, pressant la chaîne aux anneaux éclatans.
Semble prête à lancer vers la voûte enflammée
L'urne où déjà l'encens monte en flots de fumée.
On n'entend aucun bruit sous les divins arceaux
Qu'un léger cliquetis du fer dans les faisceaux.
Ou le tinlcment sourd de gothicpies armures
Qui jettent par moment d'aigres et longs murmures.
L'ombre déjà blanchit, tout est prêt, qu'altend-on? —
Entendez-vous là-haut rouler ce vaste son,
Qui, comme un bruit des vonls dans des fniê! s plaintives ,
iS6 CHANT DU SACRE.
Gronde avec majesté d'ogives en ogives, Par les s?.crés échos répétés douze fois, Du dôme harmonieux fait vibrer les parois, Et tandis qu'à ses coups la voûte tremble encore vSemblo sorlir du m:\rljre et rendre l'air sonore ? C'est l'airain de la tour qui murmure minuit : Minuit! rheure sacrée!... Écoutez! àce bruit, Les lourds battaus d'airain, brisant leurs gonds antiques, Ouvren! du temple saint les immenses portiques ; On entend au dehors l'acier heurter l'acier. Le marbre fiissonner scus le fer du coursier, Ou le pas des guerriers, dont le bruit monotone Ebranle, à temps égaux, le caveau qui résonne. Cent chevaliers couverts de l'éclatant cimier Eutient Quel est celui cpii marche le premier.^
Son ].ort majestueux sur la foule s'élève ; L'or fait étinceler le pommeau de son glaive ; Flottante à son côté, son écharpe, à longs plis, Balaie en retombant les marches du parvis. De longs éperons d'or embrassent sa chaussure, Et sur l'éni royal qui coiivrc son armure,
VEILLE DES ARMES. rS;
Du soncluaire en fou {oui l'éclal rcficlô Telle au loin sur ses pas des gerl^es de clarlé. De son casque superbe il lève la visière ; Son panache éclatanl flolle et penche en arrière El laisse contempler au regard enchanté D'un front mâle et serein la douce dignité. Comme un sommet l^attu des coups de la tompêîe, Dont les neiges d'automne ont parsemé le faîte, Avant les jours d'hiver déjà ses cheveux blancs Ont empreint sur ce front la sainteté des ans, Et leur boucle d'argent, qui s'échappe avec grâce, A son panache blanc se confond et s'enlace ; Son œil superbe et doux brille d'un sombre azur ; Son regard élevé, mais franc, sincère et pur. Lançant sous sa visière un long rayon de fiamme, Semble à chaque coup d'œil communiquer son ame ; Dans ce regard sévère et clément à la fois, La nature avant l'homme avait écrit ses droits ; Il semble accoutumé dès sa première aurore, A regarder d'en haut un peuple qui rimploi-e ; Sa bouche que relève une mâle fierté.
Imprime à son visage un aii- de majesté,
t88 chant ru SACr.E.
ISliùs sa lèvre enlr ouverie, oii In grâce respire,
Tempère à chaque instanl Teffroi par un sourire ;
Et celte main qu'il ouvre, et qu'il tend comme Henri,
Tout annonce le Roi ! ... La nef tremble à ce cri :
Mais d'un geste à la foule il impose silence,
Et d'un pas recueil-li vers l'autel il s'avance.
LARCHEVEQUE.
D'où viens-tu ?