‹ Mélanges poétiques et discoursChapitre 65 sur 65 · SUR LA MORT DE SA FILLE · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE SA FILLE

Ah ! ce qu'elle aurait fait ?. . . Dans un jour de délire, Au livre de la gloire elle aurait voulu lire ! Sous ses doigts délicats votre harpe eût vibré ; Sa belle ame eût plané loin, bien loin de la terre ; Elle eût voulu des cieux sonder le grand mystère, Et triste, ainsi que moi, peut-être elle eût pleuré!.,.

Elle ne pleura point., . De son jeune visage

Le soleil d'Orient dévorait les couleurs ;

Dieu lui dit : « Yiens, enfant, fuis cette aride plage,

« Viens, dirige tes pas vers le sacré rivage,

« D'une gloire immortelle on y cueille les fleurs. . . »

Loin d'un père adoré si l'on peut être heureuse, Elle l'est au séjour du bonheur éternel ; Mais de ce lieu d'exil, son ombre vaporeuse Sans doute quelquefois descend toute rêveuse, Et vient errer le soir près du toit paternel ?. . .

A l'heure où tout s'endort, lorsqu'une fraîche brise Passe comme un oiseau sur les bords de l'Aulise ' ,

{<) r«'lile rivîèi-p.

Sous un lioscjLiet ombreux, Lamartine, je fuis, Pour pleurer Julia dans le calme des nuits ; Puis je crois voir un ange aux deux ailes de flamme, Qui me montre une étoile, en disant : C'est son amc ! L'astre charmant sur moi jette un regard d'amour, Et son rayon se glisse au terrestre séjour,. .

Écoutons : la nuit en silence Roule son cliar vers le couchant ; La pâle lune se balance Entre des nuages d'argent ; Oh ! quel charme dans la nature !

Le zéphir mollement murmure, La blanche colombe a gémi ; Le rossignol plaintif soupire Des airs doux comme le sourire D'un enfant qui dort à demi !

Combien d'images gracieuses,

SUR LA MORT DE SA FILLE. Oçf A mes regards viennent s'offrir !

Des ombres en robes soyeuses Autour de moi semblent courir !

Des voix qui n'ont rien de la terre Parlent tout bas avec mystère Près de moi, pauvre solitaire, Qui rêve quand le jour a fui ; Qu'il est sublime, ce langage !

Le doux bruit des flots sur la plage Est moins harmonieux que lui !

Vous dont la parole magique Semble un soupir du roi des cieux ; Poète à la voix séraphique, Vous, l'Ovide des cœurs pieux ; N'est-ce pas ? Oui, c'était bien l'heure Où pensif au pied des autels, Comme un timide enfant qui pleure, Vous disiez vos vers immortels?

Oh ! reprenez eiicor la lyre, Invoquez le grand Jéhova ;

yo A M. A. DE LAMARTINE ,

Comme un chérubin qui délire, Chantez. . . la terre applaudira. , .

Mais si vous gardez le silence , Si désormais l'on n'entend plus Cette harmonieuse cadence Qui vibrait aux cœurs des élus ;

Quel autre après vous, grand poète, Osera louer le Seigneur ?

Qui saisira celte palette, Éblouissante do fraicheur ?

Qui serait assez téméraire.

Pour vous suivre au plus haut des cieux

Et jusqu'au sacré sanctuaire

Poser un pied audacieux ?

Qui pourrait, planant dans l'espace, Comme l'aigle amant des déserts, Du Très-Haut contempler la faco Que voile h^ feu des éclairs ?

SUR LA MORT DE SA FILLE. 441 Quel autre le soir, sur la grève, Modulerait des chants plaintifs Au bruit de l'onde que soulève La rame des légers esquifs ?

Oh ! reprenez encor la lyre, Invoquez le grand Jéhova ; Comme un chéru])in qui délire.

Chantez... la terre applaudira.

Hier, à l'heure où la nuit pâle Vient couvrir le vaste univers. Un fantôme en robe d'opale Glissa lentement sur les airs ; Puis une douce symphonie Roula des torrens d'harmonie Enivrans à faire mourir ; Et l'ombre au céleste visage Fit entendre au vallon sauvage.

Sa voix faible comme un soupir. . .

Chanlrc du Dieu puissant qui nous donna la vie,

« Doux ami qui souvent m'endormis sm* ton cœur ; f Mon père, entends la voL\ de ton enfant chérie ; « Oh ! célèbre encor le Seigneur !

« Et puis souris aux chants d'une humble jeune fille, « Pauvre fleur du désert, faible étoile qui brille, « Ou plutôt qui s'éteint sous un ciel tout en deuil ; " A peine de la vie elle a touché le seuil, « Que la main du malheur pâht sou front qui penche; K Mon père, souviens- toi de cette rose blanche, « Qu'elle jette sur mon cercueil ...»

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