‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 102 sur 139 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

BONVAL, ELMIRE {qui arrive en fredonna7it).

• - Elmire,

Cher papa, j'espère que vos vilaines affaires vont vous laisser le loisir de me conduire chez madame Ducharme, ce soir ; vous savez comme son invitation a été pressante et comme elle serait chagrine de notre absence.

Bonval.

Oui, certainement. {A part ^ Son mari, qui n'a pas soldé ses intérêts, n'est pas précisément du même avis.

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Elmire.

Merci, cher petit père; mais, au fait, ma toilette exige quelques petits achats, et si vous vouliez...

BONVAL

Allons, bon ! Il me semblait que cela commencerait par une saignée à mon pauvre gousset... Voyons, que te manque-t-il encore ?

Elmire.

Oh 1 pas grand'chose.

BONVAL

C'est bien ainsi que je l'entends, et j'espère que le superbe costume de bal dont tu ns tout récemment l'acquisition n'est pas déjà passé de mode.

Elmire {dédaigneusement).

Quoi ! Cette grenadine rose que j'ai achetée la semaine dernière pour la soirée de madame Beaumanoir?

BONVAL

Oui, elle t'allait à merveille ; tu la portes encore ce soir?

Elmire.

Ha! ha! ha! Fi donc, cher vieux père; je ne vous croyais pas aussi arriéré !... Quoi, porter la même toilette deux fois de suite, à huit jours d'intervalle ? Ha ! ha ! ha ! Mais, vous plaisantez, papa !...

BoNVAL.

Au contraire, je ne vois rien de i)laisant en tout ceci...

Elmire.

Qu'est-ce qu'on dirait de moi, je vous le demande, si j'arrivais à cette brillante soirée avec une toilette passée?...

BONVAL

Hum ! Une antiquité de huit jours, c'est du nouveau.

Elmire.

Je vois d'ici les petits airs de dédain et le triomphe des demoiselles Courval, par exemple^avec leurs magnifiques robes en moire antique, toutes tiambantes neuves.,.

BONVAL

Oui, oui. C'est bien superbe ! Tes demoiselles Courval ont beau jeu à déployer leurs étoffes nouvelles ; mais leur coquin de père ferait mieux de payer ses vieilles dettes.

Elmire {ifun air boudeur^.

Eh ! qu'est-ce que cela me fait, à moi, que monsieur Courval néglige ses créanciers ? Tant pis pour eux, ma foi !

BONVAL

Précisément. Tant pis pour eux et tant pis pour leurs filles, lorsqu'elles veulent rivaliser avec les siennes.

Elmire.

Est-ce que vous auriez prêté de l'argent à monsieur Courval, par hasard ?

BONVAL

Malheureusement, oui.

Elmire.

Et vous croyez qu'une pauvre jeune fille dont le père a eu cette complaisance mérite l'humiliation de se voir éclipsée par les demoiselles Courval parce que monsieur Courval est mauvais payeur?

Bonval.

Mais non, ce n'est pas cela

Elmire (pleurnichant).

Mais oui, c'est cela. Vos débiteurs peuvent acheter des toilettes à leurs filles, maintenant, sans s'inquiéter des échéances, puisque c'est moi qui paye leurs dettes.

ERREUR n'est PAS COMPTE 257

BONVAL

Allons ! Allons ! Voilà que ça tourne a l'orage comme d'habitude... Eh ! bien, soit, 'l'u l'auras cette toilette, puisqu'il le faut absolument.

Elmire {joyeuse).

Merci, cher bon papa ; je savais bien que tu plaisantais.

BoNVAL.

C'est évident. {A part.) Mille tonnerres ! il est temps que tout cela finisse !

Elmire.

Maintenant, puisque vous êtes en si belle humeur...

BoNVAL.

Je ne vois pas où tu prends que je sois en belle humeur !... Au contraire, je suis...

Elmire.

Alors, calmons-nous un peu et parlons raison...

Est-ce que je déraisonne, par hasard ?

Elmire.

Oh non ; c'est plutôt moi qui radotte... Ça me fait tant de plaisir, voyez-vous, d'aller à cette soirée. {JD'icii air eâ/i/i.) Et puis, cher vieux père, tu sais combien je t'aime !...

Bon VAL.

Oui, surtout la veille d'une soirée, friponne! Mais, voyons, il y a encore quelque chose là-dessous...

Elmire.

C'est mon chignon, papa.

lîONVAL.

Ton chignon !

Elmire.

Oui. Madame Durosier, ma coiffeuse, prétend qu'il ne convient plus du tout à mon âge...

BoNVAL.

Il faut qu'elle ait un furieux toupet, cette coiffeuse, pour soutenir une pareille énormité... Mais, tu ne l'as que depuis un mois, tout au plus !...

Elmire.

f Songez donc, papa, qu'une jeune fille qui grandit...

Bonval.

N'a jamais assez de chignon, n'est-ce pas .'*... Eh bien, passe encore pour le chignon. Mais j'espère que c'est tout.

Elmire.

Il le faut bien, puisque vous êtes de si mauvaise humeur.

Bonval.

Moi, de mauvaise humeur ! mais point du tout. Je suis très gai, au contraire... {^A pai't.) Oui, horriblement gai, sacr-r-risti !

Elmire.

Alors, si cela vous fait plaisir, j'ai encore...

Bonval.

Comment ! tu n'as pas fini .'...Mais, as- tu entrepris de me ruiner... de me...

Elmire (p/curnic/nintj.

Vous voyez bien que vous êtes fâché contre moi. Il en est toujours ainsi quand je me hasarde à vous demander quelque chose... Pourtant ya ne m'arrive pas si souvent !...

Bonval {à part).

Bon, encore des larmes ! Ah, elle me fera mourir, cette enfantlà, positivement! {Haut.') Allons, allons ! Elmire, ne pleure pas comme cela... Qu'est-ce que tu voulais me demander.^... Voyons...

Elmire (^essuyant ses larmes).

Et vous promettez que je l'aurai?

BONVAL

Peut-être ; mais sachons d'abord de quoi il s'agit.

Elmire.

Eh bien ! il s'agit de mon collier de perles...

Ton collier de perles ? Celui que je t'ai acheté pour le dernier anniversaire de ta naissance ?

Elmire.

Oui; vous vous le rappelez?

BONVAL

Parbleu, si je me le rappelle ! Il m'a bien coûté assez cher... L'aurais-tu i^erdu?...

Elmire.

Oh non ; mais figurez- vous que cette insupportable grimacière, Malvina Beauteint, en a un semblable.

Bonval.

Qu'est-ce que ça fait, cela ?

Elmire.

Ça fait que je ne porterai plus le mien.

Bowal.

Tu ne porteras plus le tien !

E1.MIKK.

Non. ■ •

lîONVAL.

Alors, que veux-tu en faire ? .'....

26o mklanges poktiques kt litteraires

Elmire.

Je veux l'échanger.

BONVAL

L'échanger! et contre quoi?

Contre un autre, avec des perles beaucoup plus grosses...

BONVAL

Oh ! voilà qui est trop fort, par exemple !... Mais. pauvre enfant, tu veux donc me dévaliser... m'assassiner.. me...

Elmire {boudani).

Quand je le disais que vous étiez en colère.

Bonval (sans Fentoidre).

Tu me prends donc pour un millionnaire !

Elm ire (pleur h i chant ) .

C'est juste. Je n'ai plus un mot à dire. Vous pouvez faire encore des avances à votre cher monsieur Courval ; il sait en faire un bon usage, au moins, lui ; ses jeunes filles ont tout ce qu'elles désirent, tandis que moi, pour compenser ses emprunts, je suis privée du strict nécessaire... Eh bien ! puisque c'est là mon sort, je vais m'y conformer rigoureusement; vous n'aurez plus, désormais, à déplorer mes extravagances;... ma décision est prise ;... je me retire complètement du monde, pour m'enfermer toute seule dans ma chambre, comme une pauvre prisonnière ; et je ne mangerai rien du tout... et je pleurerai des journées entières; et je me laisserai mourir de chagrin, et... quand je serai morte... eh bien! vous n'aurez plus de dépenses à faire pour votre petite fille...

Box VAL iys' attendrissant).

Mon Dieu ! Elmire. calme-toi donc, je t'en prie. On l'échangera, ce vilain collier de perles, puisque tu y tiens tant.

Elmire {oubliant son chagrin^.

Vrai ! Vous l'échano;erez?...

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BONVAL

Je te le promets ; mais à condition que tu n'aies plus rien à me demander.

El. MIRE.

Sois tranquille, cher papa, je ne te demanderai plus rien de la journée.

Bon VAL.

C'est bien le moins ! (^A part?) Décidément, il faut que tout cela finisse ! (// sort?)

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