SCENE V
ELMIRE, BONVAL BoNVAL {entrant).
Ah ! te voilà enfin ; di.->-moi. je t'en prie, où tu t'es tenue depuis un quart d'heure que je te cherche partout.
Eh ! je n'ai pas bougé d'ici. Que mo voulez-vous donc de si pressant .?
Bon VAL.
Mon enfant, je viens de faire des réflexions sérieuses sur ton compte et nous allons maintenant parler d'une affaire qui t'intéresse au plus haut degré...
Elmire ivoii/ant partir).
Rappelez-vous, ])apa, que si je veux que ma toilette soit prête pour ce soir, je n'ai pas un instant à perdre.
BONVAL
C'est très bien. Mais as-tu jamais songé qu'il peut y avoir quelque chose, en ce monde, de plus essentiel qu'une toilette?
Elmire.
Mon Dieu. non.
BONVAL
Tu n'as jamais pensé à ton avenir.
Elmire.
Lorsqu'on est satisfait du présent, pourquoi s'ennuyer des soucis de l'avenir ?
BONVAL
Pauvre enfant !
Elmire.
Mais cà propos de quoi tous ces préliminaires?
Je t'ai dit tout à l'heure qu'il y a quelque chose de plus important pour une jeune fille que sa toilette.
Elmire.
INIais oui. Et qu'est-ce que c'est que ce quelque chose?
BûNVAL {^solennellement) .
Ce quelque chose, mon enfant, ce n'est pas quelque chose.
Elmire (riant).
Voilà qui est amusant, par exemple !
Bon VAL.
C'est quelqu'un.
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El.MIRE.
Ah !
Bon VAL.
C'est un mari.
El.MIRK.
Ha ! ha ! ha ! un mari !
BONVAL
Oui, un mari. Est-ce que cela te paraît si ridicule, un mari?
Elmire.
Oh ! non. Seulement, c'est drôle...
BONVAL
Quoi, un mari ?
Non, votre idée.
BoNVAL.
Tiens !
Elmire {j-iant toujours).
Oui, c'est bien amusant.
BoNVAL.
Je n'y vois rien de si amusant, moi ; c'est sérieux, au contraire, très sérieux.
Elmire.
Sans doute, c'est sérieux ; mais c'est amusant tout de même. {E//e rit.)
BONVAL
Mais explique-toi dore, méchante enfant gâtée, ou je vais conclure que tu as encore besoin de vieillir avant de songer...
Elmire.
Oh ! pardon, papa ! Je ne suis pas troj) jeune i)Our .'-onger au
mariage... Et la preuve, c'est que nous allons parler sérieusement de tout cela maintenant.
BONVAL
A la bonne heure. Mais il faut avouer que ton sérieux se fait un peu attendre.
Elmire.
Il n'en sera que plus sérieux quand il arrivera.
BONVAL
C'est possible. Pourtant, je ne m'explique guère la légèreté avec laquelle tu as accueilli les premiers mots de ce grave entretien qui doit peut-être décider de ton avenir.
Elmire.
Cela vous paraîtra moins étonnant quand je vous aurai dit que je cherche depuis huit jours à aborder le sujet avec vous...
BoNVAL.
Diable ! Est-ce possible ? Pourquoi ne parlais-tu pas alors ?
Elmire.
C'est que, voyez- vous, il en coûte toujours de faire ces aveux-là...
BONVAL
Hein ! Tu aimes donc quelqu'un ?
Elmire {iiviide et sérieuse).
Oui, papa.
Bon VAL {à part).
Allons ! allons ! ça se complique. Pourvu que les choses n'en soient pas rendues trop loin ! [Haut?) Rappelle-toi, Elmire, que le choix d'un époux est une affaire très grave. Tu n'ignores pas cela, n'est-ce pas ?
Elmire {toujours baissant la vue).
Non, papa.
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BONVAL
Et lorsqu'une jeune personne est arrivée à l'âge de prendre un parti, sais-tu ce qu'elle doit faire, si elle est sage ?
:. . ■. ' .'..'; - Elmire.
Elle doit consulter son cœur.
Point du tout. C'est à son père qu'il lui faut d'abord demander conseil.
Elmire.
Atais il me semble...
BONVAL
Erreur de jeunesse que tout cela. . . "
Elmire.
Quoi 1 n'est-il pas permis d'interroger ses propres sentiments dans un choix aussi important que celui d'un époux. ^
BONVAL
Certainement. Et c'est précisément cette épreuve que recommande la sagesse; mais en la faisant il faut s'appuyer sur l'expérience paternelle, guide infiniment plus sûr qu'un cœur de dix-huit ans, toujours prêt à s'envoler au premier bruit d'amour. ■
Elmire,
.Mais, n'est-ce pas cela que je fais en ce moment, puisque j'ai cherché depuis huit jours l'occasion de vous...
BONVAL
Alors, c'est parfait, et nous ne nous entendions pas, voilà tout... avant de prendre une décision, tu viens...
Elmire.
Oh ! quant à ma décision, elle est toute prise...