‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 110 sur 139 · GEORGES, BON VAL · texte numérisé non relu

GEORGES, BON VAL

BowAL {dans la coulissé).

S'il vient quelqu'un, vous direz que je suis occupé pendant une heure, entendez- vous ?

Georges.

Décidément, c'est lui cette fois. Tenons ferme. , .

BONVAL

Charmé de vous revoir, mon cher Durand; comment a été le petit voyage d'agrément ? (// serre chaleureusement la main de Georges.^

Georges.

Parfaitement, je vous remercie. {A part.') Il appelle cela un petit voyage d'agrément : deux mille cinq cents lieues sans désemparer !

J'avoue que je me suis ennuyé de vous.

Georges.

C'est trop aimable de votre part. {A part.) Voyons, est-ce qu'il s'agit de moi maintenant ou de mon frère ?

BONVAL

Vous savez l'intérêt que je vous porte. Georges.

Oh! je n'oublierai jamais cela. {A part ^ Je ne m'en doutais guère pourtant.

BONVAL

Mais prenez donc un siège, je vous en prie.

Georges {à part, allant prendre un fauteuil).

La situation devient terriblement embarrassante ! Suis-je moi, ou ne suis-je pas moi ? Voilà la grande question pour le moment.

BoNVAL {/étendant sur tin fauteuiP).

Et vous venez pour une affaire bien importante, je suppose ? {A part?) Laissons-le faire son petit chemin tout seul, le brigand!

Georges.

Mais, oui, mon cher monsieur Bonval, et votre bienveillant accueil me donne une hardiesse que je n'aurais pas eue sans cela.

Bonval.

Oh ! prenez votre courage à deux mains et ne craignez rien. (^ part^ Voyons s'il est aussi habile en amour qu'en affaires.

Georges {avec hésitation).

Je sais, d'ailleurs, quelle estime vous aviez pour mon père.

Bonval («/(r;-/).

Allon; donc ! Où va-t-il remonter à présent !

Georges.

Et permettez- moi de vous dire qu'en la reportant sur son fils, vous ne trouverez pas un ingrat.

Bonval {à pari).

Va-t-il en finir avec ses préliminaires? Ces amoureux sont d'une bêtise !...

Georges.

La demande que je viens vous faire va peut-être vous étonner.

ERREUR n'est PAS COMPTE 283

BONVAL

Au contraire, je m'y attends.

Georges {à pari).

Il s'y attend ! véritablement je n'en reviens pas.

BoNVAL.

Mais procédons, je vous en prie, car avec toutes ces hésitations, vous ne me faites plus l'effet d'un hommes d'affaires et je crains que votre petite promenade ne vous ait causé des distractions funestes.

Georges {à part).

Bon ! encore mon petit voyage d'agrément.

BONVAL

Au reste, je sais que ces choses coûtent toujours a dire. Pour ma part, j'ai été une fois dans une situation semblable et j'admets que je faisais très mauvaise figure.

Georges (^à part).

Il connaît ma situation !

BoNVAL.

C'est donc tout naturel que j'aie de l'indulgence pour vous. Georges {à part).

Décidément, je suis moi-même cette fois. {Haut^ Eh bien, puisque vous voulez me mettre complètement à l'aise, je vais vous parler à cœur ouvert.

BoNVAL.

C'est ce que je désire.

Georges.'

Vous n'ignorez pas, monsieur Bonval, malgré la position indépendante que vous occupez...

BoNVAi, ((? part).

Bon ! le voilà encore lancé !

Georges.

...qu'il est des circonstances où un homme d'affaires a besoin du concours de ses amis pour réaliser ses projets...

BoNVAL {à part).

Singulière demande en mariage que tout cela.

Georges.

Je suis actuellement dans cette position...

BoxvAL {à part).

Mais qu'est-ce qu'il me conte là ?

Georges.

Il m'en coûtait d'aborder un sujet aussi délicat avec vous ; mais^ en homme d'affaires, je mets le sentiment de côté.

BoNVAL {à part).

Oui, le sournois, il réserve cette partie-là pour ma fille.

Georges.

Et je me décide à vous proposer une petite négociation, sachant que le nom que je porte vous inspire une entière confiance.

BoNVAL {à part).

Il appelle cela une négociation !...Hum ! au reste, le mot n'est pas déplacé dans sa bouche... Avant tout, il est de son état. {Hatit.) Et quelle est cette négociation? (^A part.) Je le tiens maintenant.

Georges.

J'ai en vue une spéculation superbe...

BoNVAL {à part).

Bon ! voilà que cela s'appelle spéculation à présent.

Georges.

Et comme il me faut avant tout de l'argent comptant...

BONVAL

De l'argent comptant !

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Georges.

Oui ! c'est indispensable.

BONVAL

Quoi ! pour notre affaire !

Georges.

Non, pour la mienne.

Ah ! pour la vôtre. {A part?) C'est une étrange façon, tout de même, de solliciter ma fille en mariage.

Georges, .• .

Je suis venu vous demander s'il vous serait possible de me prêter, pour quelque jours, une somme de cinq cents piastres.

BOXVAL.

Vous dites que. ..que. ..que...

Georges.

Il va sans dire que je vous donnerai un bonus aux taux que vous voudrez bien fixer vous-même et les meilleurs endossements de la ville...

' BONVAL {à part).

Quel singulier garçon !...^^a foi, j'aime assez cela. ..les affaires avant tout !

Georges.

Est-ce que vous auriez quelque hésitation ?

BONVAL

Oh ! non. ..Mais voyez-vous, ..enfin, la proposition m'a pris un peu par surprise.

Georges {à part').

J'avais compris qu'il s'y attendait ; mais poursuivons nos avantages, {Haut.) J'admets que vous n'êtes pas dans l'habitude de îne faire des prêts.

BONVAL

Ni de vous voir contracter des emprunts; mais la chose s'explique parfaitement et je serai très heureux de vous rendre ce petit service. (^Tirant son portefeuille.^ Tenez, voici justement un chèque au porteur que j'avais préparé pour une autre affaire. (// donne le chèque à Georges.')

Georges.

Je ne saurais trop vous remercier. (// tnet le chèque dans sa poche.)

BONVAL

Vous ne me devez aucun remerciement, mon cher. C'est, comme vous l'observiez, une simple transaction financière, et pour vous mettre à l'aise, je vais vous imposer, comme au commun des emprunteurs, un léger bonus de quinze pour cent, payable tout de suite.

Georges (^àpart).

Diantre ! me voilà pris, je n'ai pas le sou.

BoNVAL.

Est-ce que ces conditions vous conviennent? Georges {â part).

Comment faire?. ..Oh! une idée... {If a ut.) Mais sans doute; seulement je n'ai pas le montant sur moi... Vous me permettrez, n'est-ce pas, d'aller le chercher ? Je vous apporterai en même temps mon billet muni des endossements requis.

BONVAL

C'est parfait. Entre hommes d'affaires, la parole est d'or. Georges {à part).

Nous différons d'opinion à cet égard, et, si j'étais dans l'habitude d'inventer des proverbes, je dirais que l'or en poche vaut mieux que parole en bouche.

BONVAL

Maintenant, mon cher, si vous voulez vous rasseoir, nous pourrons continuer notre entretien...

ERREUR n'est PAS COMPTE 287

Oh ! pardon. Je veux avant tout vous satisfaire, et je cours...

BONVAL

Mais n'avez- vous pas une autre affaire?

Georges.

Pas pour l'instant, merci !...je ne voudrais pas retarder d'une seconde. ..Adieu, M. Bonval ; à bientôt. {^11 sort précipitamment?)

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