‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 120 sur 139 · NOS RIDICULES · texte numérisé non relu

NOS RIDICULES

Que sa pédanterie évite avec dédain.

Rien n'égale pour lui le supplice du bain.

L'être à plaindre, à ses yeux, c'est celui qui se lave ;

Et le simple bon goût lui paraît une entrave

Fatale au sentiment hideux du négligé

Qu'il a, dans son audace, en doctrine érigé.

A l'orgueil, fréquemment, se mêle 1' Avarice, Ce travers, compliqué d'absurde et d'artifice. Qui prône l'opulent de haillons revêtu, Fait du sot égoïsme une sombre vertu.

Et brave avec aplomb même le ridicule, L'opprobre, le dédain, — pourvu qu'il accumule.

La Luxure, au contraire, extravagante en tout, Prodigue ses attraits aux dépens du bon goût, Les expose aux regards de la foule banale. Et fait des dons du ciel un objet de scandale ; Tandis que I'Envieux, jaloux de tels appas, S'irrite insensément des charmes qu'il n'a pas. Et, dans les noirs sentiers où son dépit l'entraîne. Le cœur empoisonné d'amertume et de haine. S'exaspère, égratigne et mord à belles dents, Lançant autour de lui ses venins abondants.

Moins sotte, et bonne enfant toujours, la Gourmandise Se délecte au parfum de mainte friandise. Et calcule avec art mille combinaisons Pour donner aux primeurs de toutes les saisons La teinte appétissante et la saveur suprême Qui des maîtres gourmets sont l'éternel problème. Mais autant le gourmet, dans ses goûts délicats. Se fait un vrai bonheur des douceurs d'ici-bas. Autant l'affreux gourmand, dans sa rage gloutonne. Aux vulgaires instincts sottement s'abandonne. Quand, d'un ample repas ayant subi l'effort, 11 s'engourdit, semblable au boa constrictor, Et, dans l'affaissement de ce reptile immonde, Dormant, inconscient des tumultes du monde, Dans un sommeil malsain, bruyant, désordonné, Il tombe, lourd, inerte et congestionné,

Aux mains du plus sournois des démons : la Paresse.

De celui-là fuyez la perfide caresse !

C'est un diable indolent, dont le charme tromi)eur, En pénétrant nos sens d'une molle torpeur, Ralentit les élans de l'immortelle sève Qui stimule nos cœurs et vers Dieu les élève. C'est un lent séducteur de notre volonté, Qui nous fait abdiquer cette noble fierté, Ce germe de grandeur déposé dans notre âme Pour y nourrir l'ardeur de la céleste flamme Dont le cœur s'alimente aux jours des grands combats. La paresse, en un mot, est sans but, sans appas. Mieux valent les excès de la sotte Colère, Dont les trépignements et les coups de tonnerre Eclatent dans l'espace en bruits étourdissants, Répétés par la voix des échos impuissants, Et s'éteignent bientôt, ainsi qu'une fusée Qui s'élève bruyante et retombe épuisée.

Or, la conclusion à tirer de mes vers, C'est qu'ici-bas tout vice a son joyeux revers ; Mais, au-dessus du mal, les grands sentiments régnent, Et la vertu ne fuit que ceux qui la dédaignent. Donc, les vilains péchés qu'on nomme capitaux, Escortés de travers et de méchants défauts. Ont, pour contre-partie à leurs trames fatales, Un vigoureux essaim de vertus capitales, Dont U saine influence et le ferme soutien Assurent sur le mal le triomphe du bien.

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