‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 137 sur 139 · REPONSE A L'ADRESSE · texte numérisé non relu

REPONSE A L'ADRESSE

Présentée à r Auteur par le Maire et les Citoyens de Québec, le 27

décembre 1897, à roccasiou du 3O6' anniversaire de son

entrée dans la carrière parletnentaire.

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs,

En effet, c'est bien aujourd'hui le trentième anniversaire de mon entrée dans la vie publique, comme député à l'Assemblée Législative de Québec.

J'inaugurais alors, avec ma jeune province, une ère nouvelle où tous deux nous apercevions le mirage d'un avenir attrayant qui nous entraînait par le charme de son sourire, plein de brillantes ])romesses.

Nous entreprenions ensemble le grand voyage vers l'inconnu. F^lle, nouvellement émancipée, fière de son indépendance, heureuse dans la possession di cette autonomie pour laquelle ses héros des mauvais jours avaient glorieusement combattu ; moi, orgueilleux de mon récent triomphe, ne doutant de rien et jouissant par anticipation de mes succès futurs.

Nous nous sommes ainsi mis en route, contemplant dans un ravissement juvénile, la brillante perspective qui s'offrait à nos regards. J'aurais voulu continuer longtemps cette joyeuse promenade, mais au premier détour du chemin, mes illusions se sont évanouies comme une vaine fumée. De vieux galants, expérimentés dans l'art des coquetteries diplomatiques, s'étaient présentés, et l'ingrate, cédant à leur galanterie savante, s'était envolée avec eux vers les sommets lumineux, me laissant choir désillusionné dans les froides régions où gémit cette tribu aussi intéressante qu'... incomprise, qui se nomme la "loyale opposition de Sa Majesté." J'y suis resté longtemps, bien longtemps, sans cependant maudire mon infidèle ; la servant, au contraire, avec dévouement, dans l'espoir que ma constance inébranlable serait tôt ou tard appréciée.

Mes espérances n'ont pas été vaines ; après de longues années d'attente, j'ai vu mes rivaux disparaître tour à tour par l'effet de violents divorces, et ma longue et patiente sollicitude recevoir enfin sa récompense. Ma compagne du départ m'est revenue souriante ; et nous faisons maintenant, oublieux d'un passé douloureux, le plus heureux des ménages.

Vous voulez bien me féliciter de ce retour de la fortune politique qui, selon vous, est une récompense du devoir accompli, et vous ajoutez que ma modeste carrière parlementaire a été "remplie avec honneur et entourée du respect et de l'estime universels."

Votre témoignage m'est d'autant plus flatteur que j'aperçois dans cette brillante réunion, des adversaires influents avec lesquels j'ai plus d'une fois rompu une lance dans l'arène parlementaire. Ce concours généreux m'offre une ample récompense de tous les désappointements du passé et un fort encouragement à persévérer dans la voie droite que je me suis tracée au début et que j'ai la prétention de n'avoir jamais abandonnée.

A mes amis politiques je fais donc la promesse solennelle de m'efforcer toujours, par un patriotique dévouement aux intérêts

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de ma province, à conserver leur confiance ; à mes adversaires, j'offre l'assurance de maintenir dans mes procédés à leur égard, cette loyauté courtoise dont ils veulent bien aujourd'hui me tenir compte, et qui malgré nos luttes, m'ont conservé leur esùme et leur franche amitié.

\'otre délicate allusion à mes humbles travaux littéraires et aux honneurs, bien au-dessus de mon mérite, que m'ont conférés le gouvernement français et la Société royale du Canada, me sont exceptionnellement sensibles. Mais vous réalisez le plus beau de mes rêves d'avenir quand vous me laissez entrevoir par les travaux d'une enfant qui m'est chère, la continuation des traditions littéraires dans ma famille.

Mesdames, cette démonstration me remet en mémoire une brillante réunion d'antan (pii se rapproche de celle-ci par plusieurs points de ressemblance.

C'était le 27 décembre 1867 ; les canons de la citadelle avaient annoncé l'ouverture des chambres ; un brillant état-major entourait le nouveau gouverneur qui, du haut du trône vice-royal, lisait avec une solennité de circonstance son traditionnel discours. J'écoutais, sans entendre, distrait et charmé par le ravissant assemblage de tout ce que le vieux Québec possédait de femmes jolies, élégantes, gracieuses; c'est dire qu'elles étaient légion.

Ces femmes si gentilles, mesdames, étaient vos mères. Et je constate, en contemplant mon entourage, que la Québécoise n'a pas dégénéré.

Merci donc de m'avoir rappelé, par votre présence, un des plus beaux souvenirs de ma vie.

A vous, monsieur le maire et messieurs qui m'honorez de cette splendide démonstration et qui avez eu la pensée de l'accompagner d'un généreux cadeau, j'ofîre l'expression de ma plus profonde reconnaissance ; et je vous promets que ma famille conservera perpétuellement ces précieux objets, en mémoire de vos gracieux procédés à mon égard.

Veuillez croire, monsieur le maire et messieurs, que je suis particulièrement sensible à la délicate attention que vous avez eue d'associer madame Marchand et les autres membres de ma famille aux bons souhaits que vous me faites. Je vous en remercie du plus profond de rr.on cœur.

DISCOURS PRESIDENTIEL

Prononcé deiui/ii /a Société Royale du Canada, à fouvertiire de sa i-je Session annuelle.

Excellence,

Mesdames et Messieurs,

Depuis bien longtemps, les économistes soutiennent entre eux des théories aussi contradictoires que complexes sur une question pourtant bien pratique, le progrès industriel.

Tous, cependant, s'accordent à dire que, pour que l'industrie se développe et prospère, il lui faut — outre l'initiative individuelle — l'union et l'organisation du travail.

Or, si l'effort mutuel et organisé est nécessaire au succès des entreprises purement matérielles, les œuvres de l'esprit peuvent encore moins s'en dispenser. Tandis que l'industriel s'enrichit du produit de son labeur intéressé et rémunérateur, le savant, l'artiste, l'homme de lettres, moins âpre au gain qu'avide de savoir et de renommée, se consume physiquement et s'épuise pécuniairement, au cours de toute une carrière laborieuse, à explorer les domaines illimités de la science, ou les régions infinies de l'idéal, sans l'espoir — surtout chez nous — d'un bénéfice appréciable.

C'est le mérite des ouvriers de la pensée de travailler pour autrui, c'est leur gloire.

L'homme de lettres remplit utilement les loisirs de l'artisan, en développant les facultés de celui-ci et en élargissant l'horizon de ses idées ; l'homme de science lui indique les richesses latentes de la nature et lui en révèle l'utilité.

Mais, je le répète, pour donner à l'œuvre intellectuelle son plein développement, le travail individuel, isolé, ne suffit pas : le groupement des intelligences est essentiel afin que, par la comparaison et le contrôle mutuel de leurs études, les apôtres de la pensée puissent vérifier et préciser la portée aussi bien que les résultats de leurs travaux respectifs.

A toutes les époques de son existence, le Canada a possédé de ces hommes d'élite, indifférents aux séductions de la fortune, qui,

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loin de se mettre à la poursuite de celle-ci, ont préféré suivre le cours de leur^ études, sans tenir compte des pénibles sacrifices qu'elles leur imposaient. Ils ont fouillé les replis les plus obscurs de notre histoire pour en exhumer le récit des héroïques exploits par lesquels se sont illustrés nos ancêtres ; ces glorieux aventuriers qui, l'épée au côté et le fusil en bandoulière, traçaient les premiers sillons de la civilisation sur le sol vierge de la jeune Amérique, dont les produits abondants nourrissent aujourd'hui l'univers; ils ont patiemment recherché les ressources naturelles que cette terre nouvelle et féconde recelait dans son sein, et, par les procédés que leur indiquait la science, ils ont fourni à l'industrie canadienne les moyens de mettre à profit toutes ces richesses ignorées.

A^oilà leur œuvre.

Mais pendant de longues années elle s'est accomiMie lentement, péniblement, sans éclat, par l'effort énergique, mais isolé, de quelques hommes sui)érieurs dont le patriotisme dominait les découragements.

Il est vrai que, dans les grand? centres, ces vaillants pionniers du progrès intellectuel avaient fini par se retrouver, se concerter, comparer leurs travaux, les discuter, et, par conséquent, les perfectionner. Il a suftî, pour eux. de se rencontrer pour s'entendre et combiner leurs forces dans une œuvre commune et intelligemment organisée.

Il s'en est suivi un rapprochement salutaire entre eux qui donna naissance à de nombreuses associations dont les travaux régulièrement dirigés produisirent des rayons lumineux, mais encore épars, sur différents points du pays. Il manquait, par conséquent, à ces groupes industrieux, étrangers les uns aux autres, un point de concentration unique où leurs forces réunies pussent, dans un commun effort, donner une puissante impulsion à l'œuvre d'agrandissement national. Il fallait, pour cela, qu'une personnalité autorisée, supérieure par sa position à toute rivalité, i)rît l'initiative d'un mouvement d'ensemble parmi les champions de la science et des lettres. Nous l'avons trouvée dans la personne de l'illustre fondateur de notre association, le marquis de Lomé.

Son œuvre fut bientôt fondée, grâce à l'intelligente direction qu'il lui donna et à l'empressement des hommes d'étude à le seconder. Il lui suffit d'un premier appel pour voir se grouper

autour de lui tous les éléments essentiels à l'organisation projetée, et, le 25 mai 18S2, la Société Royale du Canada était inaugurée par une séance publique, tenue dans la salle du Sénat fédéral.

A cette première réunion le marquis de Lorne exposa avec précision et clarté, dans son discours d'ouverture, le but et les avantages de la nouvelle association.

" It is proposed, dit-il, ihat this Society shall consist of a certain number of members who havé made their mark by writings, whether thèse be of imagination or the study of nature."

" The meeting together of our eminent men will contribute to unité on a common ground those best able to express the thoughts and illustrale the history of ihe time. It will serve to strengthen émulation among us, for the discussion of progress made in other lands must breed the désire to push the intellectual development of our own."

'' It will be your province, ajoute-t-il, to aid and encourage the workers in the acquisition of knowledge... "Et il termine i)ar cette conclusion : " Our contrymen will recognize that, in a body of gentlemen drawn from ail our provinces, and conspicuous for their ability, there will be a centre around which to rally."

A cette même séance, sir William Dawson, notre premier président, S'exprimait comme suit :

'' I would place hère first the establishment of a bond cf union

betwcen the scattered workers now widely separated in différent

parts of the Dominion. Our men of science are so few and our

country so extensive thaï it is difficult to find in any one place or

within reasonable distance of each other, half a dozen of workers

in science."

♦ '' De là, ajoute-t-il, un manque de symj)athie, l'absence du

stimulant des discussions et de l'échange des idées qui corrige et

encourage. Le travailleur isolé sent ses énergies sV'puiser, tandis

que ses idées se rétrécissent et deviennent souvent erronées, par

le défaut d'un contîit amical avec des hommes voués aux mêmes

études."

"Un autre objet que nous devons avoir en vue, ajoule-t-il,

c'est de concentrer les travaux des diverses associations locales

dispersées sur différents points du pays, et, par là, en faire

profiter le pays tout entier." " Le pouvoir public pourrait aussi,

selon lui, largement profiter des services d'un corps ainsi recruté

parmi nos savants et nos lettrés, par des consultations sur des mesures d'intérêt public exigeant des connaissances et des études spéciales."

Le but de notre Société, dans l'intention de son fondateur, comme l'indiquent les citations que je viens de faire, était donc de faciliter la diffusion de l'étude des lettres et des- sciences en l'organisant sous une direction régulière et unique, par l'entremise d'une association recrutée dans toutes les provinces canadiennes, parmi les hommes de lettres et les hommes de science.

L>a mission de cette association peut se définir comme suit : Combiner, autant que possible, toutes les forces intellectuelles de notre jeune pays, afin d'en constituer un pouvoir unique et suffisamment puissant pour diriger avec autorité les travaux scientifiques et littéraires parmi nous ; donner à ces travaux une impulsion salutaire en les recueillant de toutes parts pour leur accorder les honneurs de la publicité dans ses annales, lorsque, après examen, ils en seraient jugés dignes ; stimuler, par l'attrait de cette publicité, l'activité et l'émulation des travailleurs méritants, abandonnés à eux-mêmes, sans autre espoir, dans leur isolement, que celui de voir le fruit de leurs veilles rester enseveli dans les poussières de l'oubli ; réunir enfin dans une seule gerbe lumineuse le produit des nombreuses intelligences que le goût des lettres et le pur amour des sciences avait mises en activité, et produire des hommes solidement renseignés qui, chacun dans sa spécialité, pussent, au besoin, fournir à l'Etat des données certaines.

L'expérience fut, dés son début, couronnée d'un plein succès. La plupart des sociétés savantes et littéraires, invitées à s'agréger à cette organisation centrale, s'empressèrent de répondre à l'appel, en déléguant à nos sessions annuelles des représentants chargés de nous communiquer le rapport de leurs travaux accomplis durant l'année précédente. Ces différents rapports, reproduits annuellement dans nos mémoires, font foi du zèle et de l'intelligent concours de toutes ces associations dans l'œuvre éminemment patriotic^ue que nous avons entreprise.

D'autre part, nos collègues, en grand nombre, se sont fait un devoir de soumettre à leurs sections respectives des œuvres d'imagination, ou des études ai)profondies sur des sujets scientifiques, littéraires et historiques ; et la reproduction que nous en faisons chaque année, assure la mise en lumière et la conservation

d'un nombre important de travaux précieux qui seraient autrement demeurés ignorés.

A ce point de vue, notre société a déjà obtenu des résultats d'une utilité réelle ; et si ses succès ont été remarquables, c'est qu'elle a mis dans l'accoinplissement de sa tâche une libéralité qui témoigne de la largeur de vues de ses fondateurs et des continuateurs de leur œuvre.

En effet, la Société Royale du Canada s'est inspirée, dès ses premiers pas, de l'idée large et généreuse que lui avait communiquée son fondateur, celle d'une parfaite égalité entre les deux grandes races dont se compose la population canadienne. Ici, les fils d'Albion et les descendants de la France se rencontrent sur un terrain commun, s'accueillent avec des sentiments de mutuelle cordialité, travaillent ensemble à l'œuvre sublime de l'éducation morale et intellectuelle de notre population, sans autre rivalité entre eux que celle qui résulte de la noble ambition de se surpasser réciproquement dans leurs travaux patriotiques.

Si cet heureux résultat a été si facilement obtenu, c'est que les fondateurs de notre société, avec une grandeur d'âme qui les honore, se sont élevés, dès le début, au-dessus des mesquines jalousies qui divisent les esprits inférieurs, pour fonder une ins" titution réellement nationale; c'est qu'ils ont compris que toutes les forces vives d'une nation, pour la faire puissante et prospère, doivent s'entr'aider, au lieu de se combattre, et contribuer ainsi à la grandeur de la patrie commune.

Notre société a fait ses preuves ; ses mémoires, distribués parmi toutes les sociétés savantes et littéraires des deux mondes, ont été lus avec intérêt et appréciés favorablement par des lettrés de tous les pays. Plusieurs de nos collègues ont produit des études qui ont éclairci des questions restées obscures dans l'esprit des sommités de la science, et dont les classes instruites du vieux monde, d'après le témoignage d'un de nos hommes d'Etat, sir John A. McDonald, ont été surprises et édifiées. Les sections scientifiques avaient devant elles, sur ce jeune continelit, un vaste champ d'études qu'elles ont parcouru avec un zèle et un courage à toute épreuve. Leurs recherches y ont été fructueuses et productives de découvertes intéressantes qui, pour me servir de l'expression de l'un de nos collègues les plus distingués, M. Benjamin Suite, ont attiré l'attention de l'Europe.

Une carrière plus difficile s'offrit aux sections de littérature. Cette mine, tout abondante qu'elle est, avait été déjà exploitée par les lettrés d'outre-mer, et nous surtout, Canadiens-Français, nous éprouvions le grave inconvénient d'un usage habituel de deux langues, qui nous exposait à mêler au pur langage de notre mère patrie, les anglicismes nombreux qui se glissent habituellement dans nos conversations journalières avec nos concitoyens d'origine britannique. Mais, ici encore, si les œuvres de pure imagination étaient exposées à manquer d'originalité et de correction, le sol canadien, avec sa grande nature et les glorieux souvenirs de son passé, offrait une seconde récolte au poète et à l'historien ; témoin la Légende (Tioi Peuple^ qui mérita pour son auteur les lauriers de l'Académie française, et VHistoire du Canada, qui a placé Garneau au rang des plus illustres historiens de notre époque.

Nos sections de littérature, malgré les difficultés exceptionnelles que j'ai indiquées, ont donc démontré leur utilité. Il faudrait, pour en douter, ne pas avoir parcouru nos annales, où l'on trouve, dans chaque volume, au milieu de travaux poétiques et littéraires d'un mérite réel, plusieurs études historiques dues à des recherches patientes, qui exposent sous un jour nouveau et lumineux des faits jusqu'ici contestés, remontant aux premiers temps de la colonie canadienne. Ajoutons à ces travaux des articles d'une grande recherche sur la langue française telle que parlée en Canada, et l'on aura la preuve incontestable de l'utilité et du succès de notre section des lettres françaises.

La section de littérature anglaise, je suis heureux de le constater, a fait preuve d'une égale utilité. Ses annales sont remplies d'études exceptionnellement intéressantes sur l'histoire et la littérature du nouveau riionde, où, je suis heureux de leur en rendre le témoignage, nos collègues d'origine britannique, en se livrant à l'étude, plutôt qu'à la production des travaux littéraires de notre pays ont, comme toujours, fait preuve d'un esprit pratique qui nous fait souvent défaut.

Depuis seize ans, nous poursuivons ainsi notre œuvre, sans mise en scène et sans ostentation, avec la seule ambition de réussir à organiser efficacement le travail intellectuel parmi les nôtres. Nous visons à l'utilité, nullement à l'éclat et aux vaines glorioles. Ces allures modestes de notre société n'ont pas toujours été comprises par ceux qui l'ont observée à distance, et ses

membres, limités en nombre par la constitution qui les régit, ont été parfois soupçonnés de vouloir se retrancher dans un isolement exclusif avec la vaniteuse prétention de se créer, au sein de notre monde littéraire, une distinction usurpée et offensante.

Rien, pourtant, n'est plus éloigné de notre pensée, toute de cordialité et de sollicitude pour nos collaborateurs de l'extérieur.

Peut-être aurions-nous pu, par une démarche bruyante et prétentieuse, attirer plus facilement les regards de la foule et en imposer aux esprits qui n'envisagent que la surface des choses ; mais nous avons préféré le travail consciencieux à la stérile réclame, la solidité au clinquant, sachant bien qu'une association comme la nôtre doit se faire valoir, non par de folles vantardises, mais par d'utiles résultats.

Ces résultats, nous les avons atteints ; nos annales en font foi.

Mais notre mission n'est pas encore complétée.

La Société Royale, forte de ses antécédents, doit maintenant entreprendre courageusement le rôle dirigeant qui lui incombe ; prendre en main la grande cause des sciences et des lettres ; la populariser ; en répandre les bienfaits, non seulement, comme ci-devant, par la publication périodique des travaux de ses membres, et la discussion rapide et incomplète des sujets historiques ou scientifiques, dans de courtes sessions annuelles ; mais en substituant à ce travail intermittent, un travail ininterrompu ; en propageant constamment le goût des choses de l'esprit; en les faisant aimer, surtout de notre jeunesse.

J'admets que ce rôle, pour être bien rempli, exige des conditions difficiles à atteindre. Celle qui s'impose en première ligne, c'est le rapprochement plus intime et plus fréquent des intelligences vouées aux mêmes études ; et ce n'est pas dans des rencontres passagères, séparées par un intervalle de douze mois, que nous y parviendrons ; mais, au contraire, par des réunions plus fréquentes, dans le cours de chaque année.

Il nous faudrait, pour cela, l'installation permanente d'un local constamment accessible, qui finirait par devenir le refuge attrayant des classes studieuses, le quartier général des lettrés et des érudits.

Jusqu'ici, la modicité de nos ressources n'a pas permis d'ajouter à notre organisation, ce complément essentiel. Les contributions individuelles de nos membres et le subside annuel qu'a bien voulu

nous accorder le Parlement fédéral ont été presque entièrement absorbés par les frais de publication de nos annales, et si nous avons aujourd'hui l'avantage de tenir nos sessions annuelles dans ce superbe édifice, nous le devons à Textrême obligeance des autorités de l'Ecole normale d'Ottawa.

Cependant, avec des moyens aussi limités, notre société a déjà beaucoup accompli.

Elle a surtout donné au mouvement intellectuel, dans notre pays, un vigoureux élan qui a stimulé l'ardeur de bien des esprits supérieurement doués, dont les brillantes facultés n'auraient pu, sans notre concours, trouver l'occasion de se développer.

Quand pourrons-nous compléter notre organisation dans le sens que j'ai indiqué ?

Bientôt, je l'espère, si nous i^ersévérons avec énergie dans la voie ouverte devant nous, et si nous réussissons, comme j'en ai la confiance, à démontrer au public canadien l'utilité exceptionnelle de notre œuvre au point de vue du prestige national.

Permettez-moi, Mesdames et Messieurs, d'exprimer en terminant, un sentiment, que j'éprouve jjrofundément et que. j'en suis certain, vous i)artagez avec moi.

Des rumeurs récentes et malheureusement trop bien fondées nous rappellent que nous avons, ce soir, pour la dernière fois, l'avantage de siéger sous la présidence de celui qui, avec son illustre épouse, s'est te.lement identifié au peuple canadien, en s'intéressant à tous ses besoins, en aidant à tous ses progrès, que nous nous étions habitués à les considérer comme des nôtres. Et nous nous étions flattés de l'illusion qu'à raison des liens de puissante sympathie qui nous attachent à eux, leur séjour au milieu de nous i)ourrait se prolonger indéfiniment. Nous les avons vus s'associer généreusement à tous nos travaux ])hilanthropiques, ? toutes nos œuvres d'avancement social. Lord Aberdeen a été le digne représentant de la grande Souveraine dont la sagesse administrative nous a valu les libertés politiques que nous possédons. L'illustre compagne de Son Excellence nous a donné ici le reflet des vertus individuelles et des qualités sociales qui distinguent cette Reine illustre.

La Société Royale manquerait donc à son jiKis pressant devoir si elle ne profitait de cette occasion pour exprimer à Leurs Excellences sa reconnaissance des sollicitudes qu'elles nous ont manifestées en toute occasion, ainsi que les profonds regrets qu'elle a ressentis en apprenant leur départ prochain. Et s'il est un adoucissement possible aux émotions soulevées ])ar cette séparation inattendue, c'est celui occasionné par la pensée que Leurs Excellences conserveront un bon et durable souvenir du peuple cmadien, qui les a si bien appréciés et qui ne les oubliera pas.

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