DISCOURS
Pro/iû/icé lors de F inauguration du iiionuiiie/it Chénier, à Montréal. Messieurs,
Je me suis rendu avec empressement à votre invitation, parce que je suis de ceux qui comprennent qu'il est de notre devoir, à nous qui jouissons des bienfaits du gouvernement responsable, de perpétuer la mémoire de cette génération d'hommes vigoureusement trempé'^ dont le généreux dévouement et les patriotiques résistances nous ont délivrés pour toujours des étreintes d'une oligarchie monstrueuse.
Parmi ces nobles cham])ions de nos libertés, se place en première ligne, le héros de Saint- Eustache, dont la statue, que vous venez de dévoiler, se dress° ici devant nou«;.
Cet hommage, qui vous honore, lui était dû.
Chénier fut le brave des braves ; il i)ersonnifiait exactement cette vaillante jeunesse de l'époque, imprudente peut-être, si l'on considère l'énormité de la tâche qu'elle s'était imposée et les dangers auxquels elle s'exposait ; glorieuse, cependant, à cause de l'imminence de ces dangers, de la grandeur de cette tâche, et du désintéressement qu'elle mettait à l'accomplir ; glorieuse surtout par l'importance du résultat obtenu.
Notre grand et beau pays était alors soumis à l'exploitation systématique d'une minorité arrogante, uniquement préoccupée du souci de ses sordides convoitises, et cumulant pour cet objet toutes ^les fonctions publiques. A ses yeux, le Canada était un
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pays conquis, dont elle se partageait gratuitement les plus riches domaines, et le peuple canadien une race exécrée qu'il fallait ruiner d'abord, et exterminer ensuite. La garantie des capitulations, la foi des traités, scellés du grand sceau impérial, rien n'était sacré pour ces chercheurs de fortunes, recruté, sauf de rares exceptions, parmi les cadets de famille et les décavés de la métropole. Par un travail occulte, lent et persistant, on avait visé constamment, depuis la cession, en violation de cette foi jurée, à l'altération de nos lois et coutumes, à l'extinction de nos croyances, à l'abolition de notre langue. Les revenus publics, au lieu de servir au progrés de la nation, étaient, dans une forte proportion, partagés entre un petit nombre de privilégiés. Et quand les députés du peuple réclamaient le droit inhérent à la branche populaire d'une législature britannique, de contrôler le revenu et la dépense publics, leurs prétentions étaient repoussées avec insolence par un conseil législatif composé, en grande partie, de fonctionnaires salariés, intéressés à conserver la haute main sur les finances du pays, pour leur bénéfice personnel.
Ce pillage, organisé et protégé obstinément par le pouvoir exécutif, durait depuis des années et rendait illusoire le système représentatif, autorisé par la constitution de 1791.
Le pays, en un mot, subissait le joug d'une conspiration en règle, irresponsable de par sa propre autorité, maîtresse absolue du pouvoir et l'exerçant au détriment du bien public, pour le compte et au profit de ses membres.
Telle était l'énormité des abus commis, qu'un grand nombre des hommes publics les plus éminents de la métropole les condamnèrent avec force devant le parlement britannique !
Lord Brougham, le duc de Wellington, lord Ellenborough, lord Gosford, M.VI. Warburton, Hume, Leader, Stanley, Roebuck, et nombre d'autres, blâmèrent sévèrement le gouvernement, lui reprochèrent l'usurpation des droits du peuple canadien et lui attribuèrent les causes de l'insurrection. Lord Durham, lui-même, dans son célèbre rapport, n'hésite pas à reconnaître les fautes commises par l'exécutif canadien, et, lorsqu'il parle des luttes du gouvernement avec l'assemblée législative, c'est pour justifier celle-ci en admettant que sa fermeté à refuser les subsides était le seul moyen à sa disposition pour soumettre les fonctionnaires publics à quelque responsabilité.
" Depuis le commencement jusqu'à la fin des dissensions qui remplissent l'histoire du Bas-Canada, dit-il, je vois que l'assemblée a toujours été en guerre avec le conseil pour des pouvoirs qui lui sont essentiels d'après la nature même du gouvernement responsable."
Tous ces témoignages d'une impartialité incontestable, et la simple exposition des énormes abus de pouvoir dont la perpétration est admise de toute part, démontrent que le grand coupable^ l'auteur véritable de l'insurrection de 1837, c'est le gouvernement despotique de l'époque.
Par sa violation des droits concédés au peuple canadien en vertu de la loi et des traités, il a lui-même fait acte de révolution, et provoqué la population a la guerre civile.
Rien d'étonnant, par conséquent, si, ayant tenté inutile. nent toutes les voies constitutionnelles, nos hommes publics ont, en désespoir de cause, cédé à l'indignation populaire et répondu par la force des armes aux insolentes provocations officielles,
Chénier était au nombre des plus ardents, mais aussi des plus sincères et des plus résolus.
Il s'est lancé dans la bitte avec une héroïque audace, sans en calculer les périls, ni les chances. Et lorsque, au début du combat de Saint- Eustache, il s'est trouvé, avec une poignée de braves, entouré d'une armée de deux mille hommes, cerné de toutes parts par le fer et Tincendie. une seule pensée l'ins])ira, celle du sacrifice.
Volontiers, il renonça, dans un moment de sublime abnégation, aux affections de la famille, aux souriantes perspectives d'un brillant avenir, pour rester fidèle jusqu'à la mort aux vaillants compagnons d'armes qu'il avait entraînés dans cette lutte inégale.
Cette mort héroïque a porté ses fruits.
La défaite des insurgés de 1837 nous a valu la victoire dans l'arène politique. Et si nous jouissons aujourd'hui des privilèges d'un peuple libre ; si nous vivons en paix avec nos concitoyensd'origine britannique ; si la loyauté des Canadiens- Français envers leur Gracieuse; Souveraine est désormais assurée, c'est que les événements de cette époque tourmentée ont révélé aux autorités impériales tous les criminels attentats que ses indignes représentants commettaient ici, en son nom et à son insu. Inclinons-