‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 34 sur 139 · SCENE XIX · texte numérisé non relu

SCENE XIX

FAQUINO, DUMONT.

Ah !

{Ils se donnent la main?)

Faquino.

Mon bien cher ami, je suis au désespoir !

DUMONT

Eh, mon Dieu, qu'avez- vous ?

Faquino.

Je reçus hier soir Une lettre...

DUMONT

Une lettre !

Faquino.

Oui, de grande ini])ortance ;

68 MÉLANGES POKTIQUKS ET I.IITKKAIRES

DUMONT

Eh bien ?...

Faquino.

Je ne sais trop par quelle négligence... DuAiONT {souriant et lui tendant la lettre). Connaissez-vous ceci ?

Faquino (feignant la surprise).

Mais, c'est elle!... Oh ! comment

Reconnaître...

DuMONT [saluant profondément).

Baron !.. C'est en me pardonnant...

Fa(,)UIN0.

Hé, quoi !... Vous savez tout !...

DuM()Nr [confus).

Oui... J'osai me permettre...

De lire...

Faquino [simulant le désappointement).

Ah !... Mais c'est fait... Veuillez donc me promettre^ Me jurer, cher ami. d'en garder le secret.

. Dumont.

Puis-je. au moins, demander sans paraître indiscret Pourquoi ce parti pris, oii votre esprit s'obstine A ne rien dévoiler touchant votre origine ?

Faquino.

Pourquoi? Pour éviter l'ennui d'être exposé

Au mépris d'un public toujours mal disposé

Envers ceux qui d'un titre à ses yeux font parade...

Dumont.

Votre mine suffit à prouver votre grade. Moi je l'ai deviné sans en être averti !...

les faux brillants 69

Faquino.

La sagesse est un don que Dieu n'a départi Qu'aux hommes dont le cœur est à la bonne place... Tout le monde n'est pas comme vous perspicace !... Or comment, dites-moi, croirait-on l'étranger Qui, sans aucun garant, oserait se ranger Parmi les grands seigneurs de la vieille Italie ? On le dirait frappé d'une étrange folie ; Ou... quelque vil dessein lui serait imputé, Et son honneur, partout lâchement discuté, Subirait des jaloux la critique sévère.

DUMONT

Cher baron, ce n'est plus le moment de vous taire ; Tout scrupule, à présent, doit être abandonné. Oui, permettez que je...

Faquino.

Voir mon nom soupçonné, Mes titres mis en doute...

DUMONT

Ah ! cher baron, de grâce N'allez pas d'un refus m'infiiger la disgrâce !

Faquino.

Dumont, n'insistez pas !

DlIMONT,

Si ! de tout mon pouvoir.

Au nom de l'amitié, laissez-vous émouvoir!...

Faquino {après une pause, lui touhxnt la main^.

Hélas !... Vous l'emportez !... Je cède à l'influence Qu'exerce sur mon cœur votre |)ersévérance A sonder de mes maux l'affreuse j^rofondcur ;... Sachez donc, puisqu'il faut parler avec candeur, Qu'un titre sans fortune est...

yo MKLANGES POETIQUES ET LITTERAIRES

DUMONT

Je comprends le reste !...

Et je déplore en moi l'aveuglement funeste Qui m'a fait ignorer votre triste abandon. Il fallait sans retard m'informer...

Faquino.

A quoi bon Proclamer ses malheurs quand ils sont sans remède? J'attends patiemment que la fortune cède, Et me rende les biens qu'un inflexible sort M'a fait perdre.

DUMONT

Allons donc ! mais si jf me fais fort De remplacer pour vous cette ingrate fortune, En comblant par un prêt la fatale lacune Qui dans votre budget se laisse apercevoir, Que direz- vous ?

Faquino.

Quel cœur !... On ne peut concevoir D'amitié, cher Dumont, plus noble que la vôtre ! Vous êtes du bonheur le bienfaisant apôtre ! Et j'éprouve vraiment un sensible regret... A vous refuser...

DuMONT {iiésappointe).

Ah !

Faquino {avec fierté).

Mon nom en souffrirait !

Dumont.

Mais vos malheurs pour moi ne sont plus un mystère.

Faquino.

Votre offre m'humilie autant que ma misère !... Du reste, je craindrais...

DUMONT

Mais que craindriez- vous ?

Nous ferions de ce prêt un secret entre nous, Et jamais hors d'ici...

Faquino.

Non, non, merci, vous dis-jc?.

Je dois subir mon sort, c'est l'iionneur qui l'exige ! Je ne puis m'exposer...

DUMONT

Vous exposer à quoi?

Faquino.

Aux indiscrétions...

DUMONT

Vous fiez- vous à moi ?

Faquino, Plus qu'à moi-même, mais...

DuMONT.

Vous n'avez plus d'excuse Et, pour dernier recours, permettez que j'abuse Des nobles sentiments qui...

Faquino.

Non, n'en parlons plus !

DU.MONT

Pour nous brouiller, baron, il suffit d'un ret'us !

Vraiment votre amitié se montre tyrannique ; J'en crains, mon brave ami, la vigueur sympathique Et, s'il est un motif qui puisse m'ébranler, C'est le danger de voir nos rai)ports se troubler.

DUMONT

Alors vous acceptez?...

Faquino.

Mon Dieu ! c'est un supplice De vous résister !... Mais...

DuMONT {d'uti air suppliant).

Rendez-moi le service, S'il vous plaît, cher baron, de prendre mon argent !...

Faquino.

Vous me poussez à bout !...

DuMONT.

Oui, je suis exigeant ; Mais j'insiste, baron...

(// lui tend la main.)

Faquino.

Eh, mon Dieu ! pour vous plaire Il n'est rien, cher Dumont, que je ne puisse faire !

{Ils se serrent la main.)

Fin du Premier Acte.

ACXE 2e

(Mêtnc décor)

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