‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 35 sur 139 · ELISE, MARIANNE · texte numérisé non relu

ELISE, MARIANNE

Elise {i/cva/if //ne f^/acè).

Comment me trouves-tu ?

Marianne.

Charmante.

El.ISE.

Et mes cheveux.

Tombent-ils bien ainsi ?

Marianne.

Rien de plus gracieux !

Elise (.st retoiiriia>it).

Ma robe ?

Marianne.

Elle est parfaite.

Elise.

Et mes boucles d'oreilles ?

Marianne.

Ah ! franchement, ce sont deux petites merveilles ! Elise {tniJa/it le brai).

Agrafe-moi ceci... Prends garde ! Allons, tout doux, Je ne suis pas de fer !

(^Marianne haiisu' les rf^aiilcs. Elise se mire.)

Bien. Mes autres bijoux, Où sont-ils ?

Marianne (//// tauiaiit itit coffret).

Les voici. {Eiisr y c/iois/t un ioUicr de brillants qu'elle passe à son cou^.

La gentille toilette !

{^A part, voyant Elise essayer un sourire ileT'ant la glace?)

On s'arme jusqu'aux dents.

Elise.

Me voilà toute prête, Et j'attends bravement.

Marianne.

Qui donc attendez-vous ?

Elise.

Eh ! qui veux-tu qu'ainsi nous recevions chez nous, Si ce n'est le baron ?

Marianne.

Le baron !... Ah. j'ai hâte Qu'il arrive 1

Elise.

Oui ! Pourquoi ?

Marianne.

Pour voir de quelle pâte Est fait un vrai baron, et quelle mine il a ; J'en aurai le cœur net au moins.

Elise.

Que dis-tu là ?

Je dis que je m'y perds. Tout ici me surpasse ! Meubles, bêtes et gens, rien ne demeure en place ; Et, dans ce branle-bas, pour cri de ralliement. C'est le nom du baron qui revient constamment. Cet homme, dont on fait ici tant de tapage. Est donc bien important ?

Elise.

C'est un grand personnage, D'un mérite très rare, et chez nous, sans égal.

Marl\nne.

Vous ne permettez pas qu'on en dise du mal ?

Elise.

Certes, non ! Et malheur à quiconque s'avise D'en dire... ou de souffrir même que l'on en dise !

Marianne.

Mais votre sœur, je crois, juge ses qualités Avec moins de,..

Elise {piquée).

Ma sœur dit des absurdités, Et si par ses conseils tu deviens insolente, A sortir de ces lieux tu ne seras pas lente.

Marianne.

Ah ! pardon si mes mots n'ont pas été polis ! On ne doit pas chercher, dans tout ce que je dis. Expressions de choix, et parole profonde ; C'est par l'intention que l'on juge son monde. Loin de moi le dessein de vous manquer d'égard. Et je retire tout pour réparer l'écart ; Donc le baron n'est pas, j'en prends votre parole, Ce qu'on en dit partout, un imposteur frivole ;

{Alouvcment ifE/ise.)

On a tort d'affirmer qu'en vous parlant d'amour, Au gousset paternel il veut faire la cour...

Elise {ii-riféc).

Les monstres !...

Marianne.

Et qu'il est de cette confrérie Qu'on nomme... chevaliers?... chevaliers d'industrie?.

Elise.

Juste ciel ! est-il vrai que l'on en parle ainsi ?

Marianne.

Oui... mais bien plus encore, on se répète aussi...

Elise.

Qui sont ces vils menteurs ?

Marianne.

De bien méchantes langues Qui, sans rien respecter dans leurs basses harangues, Imputent leurs méfaits au compte du prochain.

Elise.

Et tu les laisses dire ?...

Marianne.

Oh ! moi, je n'en crois rien. Mon Dieu ! non, pas un mot, puisque cela vous blesse. J'ai pour avis toujours l'avis de ma maîtresse; Et, quand même on viendrait, preuve et pièces au poing, Me démontrer les faits, mot pour mot, point par point, Encor j'hésiterais, sans votre avis, d'y croire... Mais je vous entretiens d'une ennuyeuse histoire...

Elise.

Le public, Marianne, est fort impertinent !

(^Maria/me fait un s/]ç/c' t/\7t//u'si(>//.')

Il a tout mon mépris.

Marianne.

Le mien pareillement.

Elise.

Se permettre sans gêne un langage semblable ! Mais c'est d'une insolence !

Marianne.

Oh ! c'est abominable.

Elise.

Pour tenir ces propos, il faut être jaloux Du mérite d'autrui !

Marianne.

Jaloux !... ils le sont tous.

Elise.

Et ceux qui devant moi parleront de la sorte, Seront mal reçus.

Oui, mettez-les à la porte Sans avis ni procès.

Elise.

Je n'y manquerai pas.

Mais qui t'a rapporté ces détails ?

Marianne.

Nicolas.

Il court souvent la ville et sait ce qui s'y passe Tout comme la police.

Elise.

Il faudra qu'on le chasse !..

M a R I a N N E Çt/i'i(>//ifrfét'') .

Ah ! le jmuvre Nicot ! Il nva fait ces rapports Sans vouloir au baron im|nuer aucuns torts. Oui, tout innocemment, car...

{Baissdi/t la vue.)

Entin, il repose En moi sa confiance... et... me dit mainte chose Qu'aux autres il n'a pas le goût de répéter.

Elise.

Qu'il prenne garde à lui... Toi, va tout apprêter Afin que, sans effort, le baron reconnaisse Dans notre intérieur l'élégante richesse

Dont s'ornent les logis où règne le haut ton ; Car, un baron...

Ah !. c'est un monsieur tout de bon, A ce qu'il paraît.

(Elise (^ûtcc cxalfatioif).

Oui, c'est l'idole des dames, Qui charme leurs loisirs et captive leurs âmes Par les beaux compliments qu'il sait leur débiter ; Dans l'art du savoir-vivre, on ne peut l'imiter. Il compte dans ses biens plus d'un vaste domaine ; Ses noms sont de longueur à faire perdre haleine...

Marianne.

Un baron, c'est tout ça? {A fart.) Je n'y vois pas plus clair.

Elise.

On peut le distinguer seulement à son air, Qui trahit le secret d'une antique noblesse Sous des dehors charmants.

Marianne.

Ce baron m'intéresse.

Serait-il, par hasard, ce jeune et beau causeur. Le contraste frappant de cet autre, un poseur Qui se sert en parlant de mots indéchiffrables, Prononcés d'un ton sec, avec des airs capables, Et qui...

Elise {indignh).

Silence !... Oser lui faire un tel affront ! Marianne.

•Quoi! celui-là. c'est?...

Elise.

Oui, sotte ! c'est le baron.

Marianne {étouffant un fou rire).

Je ne m'en doutais pas

Elise.

Assez d'impertinence !

A mon père je vais citer ton insolence.

{Elle sort furieuse.)

Page 1