‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 36 sur 139 · MARIANNE, NICOLAS · texte numérisé non relu

MARIANNE, NICOLAS

Nicolas.

Nom d'un nom, quel tracas ! quel ennui ! quel supplice ! J'en mourrai, c'est bien sûr.

Marianne.

Dis-moi donc, Nicolas, D'où vient cette fureur ?

NiCOI-AS.

Ah ! ne m'en parle pas !

Il faut y mettre un terme ou j'en perdrai la tête ! Ainsi me surmener, oh ! ça n'est pas honnête !

Marianne.

Mais de quoi s'agit-il ?

Je suis brisé, rendu !

Marianne.

Quelque chose t'agace 1

8o mélanges poétiques et littéraires

Nicolas.

Ereinlé, morfondu !

A peine ai-je le temps de manger une croûte ; Du matin jusqu'au soir, toujours, toujours en route ! Je m'essouffle à courir, et ne fais plus qu'un rond, Servant de messager d'ici chez le baron. C'est à n'y plus tenir !... Depuis que cela dure, J'en ai pris une entorse avec une foulure... Marianne, on me traite ainsi qu'un vrai mulet. Et si j'avais du cœur autant que de mollet, Je les enverrais paître avec leurs paperasses !

Marianne.

C'est cela, Ton se lie à tes instincts bonasses.

Nicolas.

J'en conviens.

Marianne.

Mais pourquoi l'échange quotidien De ces lettres sans nombre?

Nicolas.

Hé, je n'en sais trop rien.

Marianne.

Mais on saisit toujours quelque fait qui transpire.

Nicolas.

D'après ce qu'on peut voir, les choses sont au pire.

Est-il bien possible ?

Nicolas.

Oui, sans appréhension, Notre maître partout s'est porté caution Des achats du baron ; même, il lui fait l'avance D'argent pour subvenir à sa folle dépense ; Cela seul représente un fort joli montant.

les faux brillants 8l

Marianne.

En effet.

Nicolas.

Mais, bien plus, et voici l'important.

Marianne.

Ah !

Nicolas.

Chaque fournisseur lui présente sa note ; Pour le dévaliser à l'envi l'on complote ; Bref, ce matin j'ai vu tout autour du bourgeois Dix commis bien comptés se pressant à la fois.

Marianne.

Que faisait le bonhomme ?

Nicolas.

Il payait avec grâce En disant à chacun : " Monsieur, grand bien vous fasse."

Marianne.

Mais ce vilain baron l'a doiic ensorcelé !

Nicolas.

C'est mon idée. Et moi, jour et nuit attelé, J'aide sans le vouloir à sa... sa manigance.

Marianne.

Mon pauvre Nicolas, soit dit sans médisance. Ton baron, selon moi, n'est qu'un attrape-sot, Qui pratique sur nous son métier.

Nicolas.

C'est le mot.

Marianne.

Et l'on annoncera bientôt dans la gazette

Son départ imprévu sans tambour ni trompette.

Nicolas.

Voilà tout justement ce que je me disais.

Marianne.

On devrait l'exposer au grand jour.

Nicolas.

Je le sais.

Marianne.

Mais tu sers ses desseins.

Nicolas.

Que veux-iu que j'y fasse?

Marianne.

Dévoiler tes soupçons.

Nicolas.

Oui, pour que l'on me chasse !

Marianne.

Quand le devoir commande on ne recule pa-"^.

Et s'il faut que je parte?...

Marianne.

Eh bien, tu partiras.

Nicolas.

Moi, m'en aller ?

Marianne.

Sans doute 1

Nicolas.

Où faudra-t-il que j'aille?

Marianne.

Où tu voudras.

les faux brillants 83

Nicolas.

Oui-dà ! Pour coucher sur la paille, En attendant qu'ailleurs je trouve un autre emploi ? Merci bien !

Marianne.

Seras-tu plus à plaindre que moi ?

Nicolas.

Toi, Marianne ?

Marianne.

Oui, moi.

Nicolas.

Comment, l'on t'a chassée ?

Marianne.

Pas encor, mais j'en suis fortement menacée.

Depuis que du baron les noms sont proclamés,

Ma maîtresse a le cœur et la tête entiammés ;

P^lle ne rêve plus que grandeur, que noblesse,

Et de ses vieux amis l'intimité la blesse ;

On ne peut rien lui dire, à moins de la flatter,

Sans s'exposer à voir sa colère éclater.

J'ai cherché, par le jeu d'un honnête artifice,

Tout en disant comme elle, à dom|jter son caprice ;

Mais l'orgueil en son âme étouffe le bon sens ;

Et moi, je viens d'apprendre à mes propres dépens

Qu'à vouloir corriger les sottises des autres,

Nous risquons fortement d'en commettre des nôtres.

Nicolas.

Tout juste, et le moyen d'éviter cet ennui, C'est de filer son nœud sans s'occuper d'autrui. Mais, à propos, déjà depuis longtemps, mignonne. Tu connais la tendresse où mon cœur s'abandonne, Sans vouloir par un mot me donner quelque espoir 1

Marianne {riant aux celais).

Mieux vaut tout ignorer parfois que trop savoir.

Nicolas.

Bon ! te voilà toujours avec tes fariboles !

Je ne puis là-dessus hasarder deux paroles

Que, par des mots badins lancés d'un ton moqueur,

Tu ne fasses rentrer jusqu'au fond de mon cœur

Les tendres sentiments dont sans cesse il déborde !

Marianne (^souriant).

Et cela te déplaît, Nicot ?

Nicolas.

Miséricorde !

Tu me tiens sans pitié toujours sur les tisons : Loin de rien éclaircir, tout ce que nous disons M'embrouille davantage. Et dés que je m'explique Un peu, crac ! on dirait qu'une mouche te piqu?, Et tu files... Mon Dieu ! quelques mots de ta part, Pourtant, me suffiraient !

Marianne.

Nous y verrons plus tard.

Nicolas (</*//// ton suppliant).

Marianne ! pourquoi te montrer si cruelle ?

DuMONT {t/û//s la coulisse).

Nicolas !

Marianne.

Tiens, voilà le bourgeois qui t'appelle !

Nicolas {se toui-iiant vers la coulisse). Oui, monsieur !

{Marianne s'échappe de f autre côté, et A^icolas, la regardant aller, ajoute .•)

Allons, bon ! celle-ci qui s'enfuit !

Et l'autre...

Du-MONT Qiaus la coulissé).

Nicolas {faisant un souâ/rsau/).

...qui partout me poursuit!

Nicolas !

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