‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 82 sur 139 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

FATENVILLE. DUCLOS.

DucLos (//// te/ii/a/it la main).

Vous voila donc enfin, M. le citadin ! Il paraît que l'on consent difficilement à quitter la ville. Vous êtes attendu avec impatience depuis bientôt trois semaines, et je vous avouerai que je commençais à désespérer.

Fatenville.

Oh ! mes occupations, mon cher M. Duclos ! vous n'imaginez pas toutes les difficultés qui se présentent, lorsqu'il s'agit de couper court aux affaires pour prendre quelques jours de délassement. Il a fallu toute l'estime que je vous porte pour m'empêcher de vous manquer de parole.

2o8 MÉLANGES POETIQUES ET LITTERAIRES

DUCLOS

C'est très aimable de votre part et soyez assuré que vous êtes le bienvenu. Je crains seulement que notre modeste campagne ne vous offre qu'une bien faible compensation pour toutes les brillantes distractions de la ville ; mais nous allons faire de notre mieux pour rendre votre séjour agréable. D'abord, mon cher Fatenville. rappelez-vous qu'ici vous êtes chez vous.

Fatenville.

Ne soyez pas en peine de moi. {S installant dans un fauteuil) Je suis heureux de goûter un peu de repos, surtout après la rude campagne électorale que nous venons de terminer.

Duclos {désappointé).

Vous vous occupez de politique !

Il le faut bien, mon cher monsieur ; qu'est-ce que deviendrait le pays si nous ne nous en mêlions pas ?

Duclos.

Il est vrai.

Fatenville.

J'admets que nos services ne sont pas toujours appréciés. Malgré nos protestations de dévouement, le public s'acharne à nous imputer des vues intéressées et, bien souvent, nos plus belles périodes, les plus sublimes élans de notre éloquence, restent sans effet. Il y a lieu de se décourager, à la vérité ; pour ma part, je m'en console facilement en songeant que les plus grands génies ont été incompris... {Lorgnant autour de r appartement.) Mais, mon cher M. Duclos, savez-vous que vous êtes très bien installé ? Parole d'honneur, si ce n'était que le silence et la tranquillité qui nous entourent, je me croirais dans un salon de ville !

Duclos.

Hé ! Hé ! vous êtes trop flatteur, mon cher ami. Il y a loin de tout ceci à vos somptueux appartements de la ville et je vous dirai franchement que, si vous observez ici quelque élégance, c'est à ma petite Rose qu'il faut s'en prendre.

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Fatenville.

Qu'est-ce que c'est que ça, votre petite Rose?

DUCLOS

C'est ma fille.

Fa'IEN VILLE.

En effet ! (A part.) J'avais oublié son nom.

DUCLO.S.

C'est bien le seul reproche que je puisse lui faire, de me causer un peu trop de dépense, avec tous ces ornements superflus qui, en fin de compte, ne rapportent ri^n... Mais, que voulez-vous ? Elle est fille unique et je ne puis rien lui refuser.

Fa TENVILLE.

C'est une faiblesse bien pardonnable ; au fait, j'es})ère que vous ne tarderez ])as a me faire connaître ce charmant lutin qui se plaît ci vous contrarier d'uiie manière aussi agréable.

DucLos.

La voilà précisément qui nous arrive ; mais, sans doute que vous aurez de l'indulgence...

Fa'I'ENVII.LE.

Oh ! soyez tranquille, je saurai bien la mettre à l'aise.

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