‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 93 sur 139 · SCENE XVII · texte numérisé non relu

SCENE XVII

FATENVIEEE, ROSE.

Fatenville {à part, pendant que Rose reconduit Arthur).

Ma foi, la face des choses est bien changée !... Je croyais venir à la campagne pour ne rencontrer que des enfants de la nature et j'y trouve en arrivant des gens on ne ])eut plus civilisés !... Au lieu d'une gauche et timide villageoise, qui n'aurait pas mieux demandé que de me confier ses écus en retour de

rhonneur de posséder pour mari un monsieur de la ville, j'ai à traiter avec une élégante qui a fait son éducation dans nos meilleurs salons !

Rose (à /ar/).

Comment me débarrasser de cet eiinuyeux parleur, maintenant ?

Fatenville {à fart).

Le moment est arrivé de lui faire connaître mes intentions ; mais il me faut complètement changer de tactique... le style pastoral n'est plus de mise, c'est l'héroïque qu'il nous faut...

Rose (^à part).

Comme le voilà tout à coup devenu jjensif !...

î'atenville {à part).

Je ne sais quelle gène s'empare de moi !...

Rose {^à part).

Il réfiècliit, je suppose, sur les agréments de la vie champêtre.

Faten ville {à part).

Allons ! il ne sera pas dit que moi, Fatenville, je me serai laissé intimider par une femme !... Commençons bravement l'attaque...

Rose {à part).

Voilà qu'il s'éveille ; gare a nous !

Fatenville.

Hem !... ahem !... hem !... Mademoiselle !...

Rose.

Monsieur ?

Fatenville i^soicnncllcmciit').

Lorsque Dieu plaça \<\ .m et Eve sur la terre...

Rose {d J>arf').

Mon Dieu, où est-il rendu !...

Fat EN VILLE.

Il leur ordonna de s'aimer, et cet ordre, devenu une des lois essentielles à la nature humaine, est passé de génération en génération jusqu'à nous...

Rose (à part).

Quel est ce galimatias !

Faten ville.

Au milieu de toutes les préoccupations de la vie, il existe en nous un désir constant... un besoin insurmontable d'aimer et d'être aimé.

Rose {à part).

Ma foi, je n'y comprends rien, mais laissons-le finir.

Faten\ili.e.

Ce désir, je l'ai ressenti jusqu'ici, avec toute la force d'une âme ardente et d'une intelligence active ; mais, dans mes recherches, je n'avais pu renconircr la personne à qui le ciel destinait mes affections.

Rose {à part).

Ah ! je commence a com])rendre.

Fatenville.

Je m'étais formé un idéal tellement beau, tellement parfait, tellement angélique, que jamais je n'aurais espéré le rencontrer ailleurs que dans mes rêves...

Rose {à part).

C'est à faire bâiller de bonheur.

Fatenville.

Et cependant, contre mon attente, cet idéal si angélique. si ])arfait, si beau, je l'ai enfin trouvé sous une forme humaine...

fatenville 24i

Rose.

Vraiment !

Fatenville.

Oui, mademoiselle, et si vous me demandiez le nom de cette créature prédestinée...

Pardon, je ne suis pas curieuse.

Fatenville {sans F entendre).

Je prononcerais votre nom.

Rose {feii^nant la surprise).

Comment, monsieur !

Fatenville {avec enthousiasme).

Oui, c'est vous qui réunissez toutes les qualités que je désespérais de découvrir dans une créature humaine, et c'est à vos pieds que je suis venu mettre mon cœur et ma main !

Rose.

Vos paroles, je dois l'avouer, monsieur Fatenville, me surprennent beaucoup ; c'est un peu étrange que vous ayez, dès une première entrevue, découvert chez moi autant de qualités et de si grands accomplissements. Peut-être votre jugement a-t-il été un peu précipité, et je vous invite à le réviser... En attendant, je vous prie de m'excuser... Il me faut aller donner quelques ordres à la cuisine. {Elle sort. Fatenville regarde aller Rose, le lorgnon à l'œil.)

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