‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 92 sur 139 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

Les MÊMES, FATENVILLE.

qui entre sans être aperçu tandis que Rose prélude par une symphonie sur le piano. 11 les observe pendant quelques instants, le lorgnon à l'œil, puis il s'étend négligemment dans un fauteuil auprès d'une table couverte d'albums et d'autres objets de fantaisie, et paraît écouter chanter Rose avec étonnement.

Rose {chantant).

J'aime le bruit du ruisseau, Dont la voix douce et craintive Répond au chant de l'oiseau Perché tout près de sa rive.

Mais, plus que tous les proditres De la nature et de l'art, Plus que leurs joyeux prestiges, J'aime ta voix, ton regard !

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Fatexville ((7 part, pendant la synip/io/iic).

Mais elle chante à mtrveille. ma future !... C'est vraiment beaucou]) mieux que je m'attendais.

Rose {chantant).

J'aime les près verdoyants Semés d'œillets et de roses, Quand le souffle du printemps Teint les fleurs à peine écloses.

Mais plus que, etc.

Fatexville {pcinlant la syniplionie).

Charmant ! Charmant ! Parole d'honneur. {Pnis, en tapant des mains.') Bravo ! Bravo ! {Arthur et Rose se retournent étonnés.) Admirablement chanté, mademoiselle; parole d'honneur, je connais plus d'une dame de ville qui serait hère d'une pareille voix.

Rose {vivement).

Quoi ! vous étiez la. monsieur !

Fatenville.

Toujours à mon poste pour vous admirer et vous applaudir, mademoiselle.

Arthur {à Rose).

Ah çà ! savez-vous qu'il di.'vient embarrassant, votre personnage ?

Rose {à Arthur^.

Je ne pin"s plus supporter ses obsessions. Arthcr ((/ Rose).

J'avoue qu'elles me tombent un peu sur les nerfs, à moi aussi; mais, à tout considérer, je crois qu'il vaut mieux s'en amuser que s'en fâcher.

Rose {à Arthur).

Vous avez peut-être raison, après tout.

234 MKLANCJES l'OI.JK^UKS Kl' l.l TIlsRAl RES

Fatenvillk {^qiii a feu il ut (■ lui alhuiii).

Tiens, voila un très joli croquis!... Est-il passé quelque artiste par ici ?

Rose {riant).

Oh non, c'est une petite ébauche 'juc j'ai faite ce matin.

Fa'J'ENVII.LE.

Comment, vous dessinez!

Rose.

Un i)eu. monsieur, par simple passe-temps.

Arthur {à Fate/n'il/e).

N'est-ce pas que c'est bien ])our une villageoise?

Fatenville.

Mais c'est merveilleux, parole d'honneur! Et comment, s'il vous plaît, avez-vous pu apprendre si bien la musique et le dessin ?

Arthur.

En écoutant le-""^ petits oiseaux, et en contemplant la nature, je présume.

Rose.

Pardon, messieurs, vous n'y êies pas tout à fait; la nature et les petits oiseaux ont peut-être contribué pour quelque chose à mes faibles succès, mais j'ai eu d'autres professeurs dont je n'ai malheureusement que trop imparfaitement suivi les préceptes.

Fatenville.

Savez-vousj mademoiselle, que votre voix ferait fureur dans nos salons ?

Rose.

Pourtant, monsieur, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de la faire entendre au milieu de vos beaux citadins sans avoir excité la fureur de qui que ce soit.

Fatenville.

Vous visitez donc la ville?

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Rose.

De temps à autre, monsieur ; j'y passe ordinairement la saison du carnaval.

Fatenville {surpris).

Vraiment ! {A part.') C'est de mieux en mieux. Quelques leçons suffiront pour en faire une femme du monde.

Arthur (</ Rose).

Vous perdez de plus en plus, a ses yeux, vos vertus bucoliques.

Rose (^à Arthur).

Il est une autre vertu qui m'échappe davantage, c'est la patience.

Arthur {à Rose).

Tenez bon; le déiiouement n'en sera que plus amusant.

Rose.

Il le faut bien, puisque je suis chez moi.

Fatenville {à Rose).

Sans doute vous ne tiendrez pas vos amis de la ville trop longtemps privés de l'avantage de vous posséder au milieu d'eux ?

Rose.

Ils auront cette faveur sous quelques jours. J'ai reçu hier une invitation très pressante de madame de Beauvoir, qui...

Fatenvilli-: {éto//ué).

Comment ! vous connaissez madame de Beauvoir?

Rose.

Certainement, elle est une ancienne amie de ma mère.

Fatenville.

Mais, c'est une des ])rcmières familles du pays !... File est charmante, cette madame de Beauvoir; elle reçoit si bien; et puis, ce sont ces anciennes manières aristocratiques qu'elle a con-

servées au milieu des légions de parvenus qui envahissent partout la bonne société... Nous avons eu chez elle, la semaine dernière, une magnifique soirée : c'était une réunion choisie où l'on rencontrait plusieurs de nos sommités littéraires et politiques. Nous nous sommes beaucoup amusés... Je n'ai pas manqué une seule danse.

Arthur (<? part).

Quel imposteur !

Fatenville {à Rosé).

Vous avez probablement entendu parler de cette réunion ?

Rose.

Oui, monsieur, j'y étais invitée.

Fatenville.

Ah !

Arthur.

Vous venez de dire, monsieur, si je vous ai bien compris, que vous étiez à la soirée de madame de Beauvoir, la semaine dernière ?

Fatenville (Jorgiiant Art/iitr (fu/i air cfiDiportancc). Oui, monsieur, j'ai dit cela.

Arthur.

C'est bien extraordinaire, que je ne vous y aie pas vu.

Fatenville {un peu déconcerte).

Comment !.., Est-ce que vous y étiez, vous .f*

Arthur.

J'y suis entré à neuf heures et je suis sorti à minuit ; cependant, je n'ai vu personne qui vous ressemblât.

Fatenville {reprenant son aplomb).

J'avais pourtant compris que c'était uvie réunion intime.

Rose {l>as à Arthur).

C'est à vous, maintenant, à tenir bon.

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Arthur (âas à Rost^.

Soyez tranquille. {A Fatcnvillc.') C'est probablement à cette circonstance que j'ai dû mon invitation. Je m'y trouvais en qualité de neveu.

Fatewille.

Quoi !... Vous êtes le neveu de madame de Beauvoir et vous n'habitez pas la ville?

Arthur.

Ma foi. Pion.

Fatenville.

jNIais, au fait, on m'a i)arlé d'un neveu de campagne qui a fait ses cours à Paris, et qu'elle prétend instituer son légataire universel, vu qu'elle n'a pas d'enfants... Serait-ce vous, par hasard ?

■ ' Arthur.

Je n'ai jamais eu la curiosité de m'informer de ses intentions à mon égard ; mais, c'est moi qui suis le neveu de campagne...

Fatenville (///.'' tciuiaut la main).

Mais, vous êtes des nôtres, monsieur... et soyez persuadé que. si vous venez débuter devant nos tribunaux, mon expérience professionnelle sera toujours à votre service.

Arthur.

Vous êtes trop aimable, monsieur, et votre bienveillance me fait regretter davantage de ne pas avoir fait votre connaissance chez madame de...

Fatenville.

Oh ! ne parlons plus de cela !... C'est très naturel que nous ne nous soyons pas vus. J'étais c-n deuil, voyez-vous, et je me suis tenu à l'écart. Je n'ai ])as dansé de la soirée. (Arthur et Rose écliaiti^ent un sourire (finte/Zigenee.)

Rose.

M. Arthur est si distrait aussi. Vous eussiez été son vis-à-vis dans un quadrille, qu'il ne vous tût pas reconnu.

238 MKLANGES POKTIQUES ET LITTERAIRES

Fatenvillk (</'//// air indulgent).

Je comprends bien cela... moi-même, je rencontre, tous les jours, des gens qui m'accostent d'un air de familiarité et que je ne me rappelle aucunement. On voit tant de monde à la ville !

Arthur.

Sans doute. Et l'on est encore plus excusable de ne pas reconnaître ceux que l'on n'a jamais vus... Mais {j-egardant à sa montré)^ je me suis tout à fait oublié. C'est un avantage si rare pour nous de pouvoir converser avec un monsieur de la ville.

Fatenville.

En effet, ce doit être une assez agréable diversion.

Arthur lyttndant la main à Rose').

Adieu,. mademoiselle. {^A part.) Je tremble en vous quittant.

Rose {son riant).

Il y a de quoi.

Arthur {sa/nant Fatenville).

Monsieur, au plaisir de vous revoir chez madame de...

Fatenvii.i.k.

Hem ! au revoir, mon cher, au revoir. {Rose accompagne Arthnr jnsqu'à la porte en lui parlant . et le salue amicalement.)

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