‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 95 sur 139 · SCENE XIX · texte numérisé non relu

SCENE XIX

FATENVILLE, DUCLOS {arrivant essouffle).

DUCLOS

Ouf!... Voilà une heure que je les cherche inutilement dans toutes les directions... Ah ! l'impertinent, il me le paiera cher !

Fatenville ((? /(?;•/■).

Contre qui en a-t-il, maintenant, le beau-père? (^Haut.') AUonsdonc, M. Duclos, vous me paraissez terriblement surmonté ; est-il arrivé quelque chose ?...

Duclos.

C'est cet infâme Arthur...

Fatenville.

Quoi, ce jeune monsieur que vous m'avez présenté ce matin ?

Duclos.

Oui, le monstre 1...

Fatenville.

Mais c'est un charmant garçon, parfaitement digne de fréquenter les meilleures sociétés.

Duclos.

Oh ! ce n'est pas de son éducation que je me plains ; mais ses chances pour l'avenir sont très médiocres et, puisqu'il faut vous parler honnêtement, je dois vous avouer qu'il ne perd aucune occasion de se faire valoir auprès de Rose...

Fatenville.

Ha ! ha ! ha ! N'y a-t-il que cela ?

DUCL ,)S.

N'est-ce pas assez ?

Fatenville.

Dormez tranquille, cher beau père, et soyez sûr des sentiments de votre enfant.

DUCLOS

Comment ! Est-ce que...

Fatenville.

tnie sort d'ici. J'ai profité du morrient où elle se trouvait seule avec moi pour...

DucLOS {saisissant /es deux mai?is de Fatenville).

Et elle a consenti ?...

Fatenville.

A peu près.

DuCLOS {secûi/afit Fatenville fortement par les deux mains).

Cher ami, vous êtes impayable 1 (^A part,) Il y a deux heures elle n'en voulait pas ! Quel homme habile !

Fatenville (^6' tâtant les bras).

Quel diable d'homme ! Il m'a rompu les membres !

Duc LOS.

Je ne sais trop comment vous exprimer ma joie.

Fatenville.

Vous me l'avez parfaitement fait sentir. {A part.) II a failli m'écarteler !

Duclos.

A la bonne heure ! et, puisque les choses en sont rendues là, il ne nous reste plus qu'à régler nos conditions. Vous savez qu'avant tout, je suis homme d'affaires.

Je le veux bien. Quant à ce qui me regarde, le compta est bientôt fait ; mes revenus professionnels suffiront aux besoins du ménage et nous mettront en état de maintenir dignement notre position. J'ai, en outre, de fortes espérances du côté paternel, sans compter le legs que vient de me faire un grand oncle qui doit, paraît-il, mourir dans quelques jours.

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DUCLOS

Je suis heureux d'apprendre que vos moyens d'existence sont plus que suffisants et. pour cette raison, je ne vois pas qu'il soit nécessaire d'ajouter à vos revenus actuels. Je nie contenterai, pour l'instant, d'assurer à la future une rente annuelle à compter de votre décès. {Faienvi//c paraît déconcert é.~) Que pensez- vous de cet arrangement?

Fatenville.

Oh 1 il est parfait... seulement {à part^^ il ne vaut rien...

DucLOS.

Si vous y trouvez quelque objection ne vous gênez pas.

Fatenville (pensif).

Sans doute ! sans doute !

DuCLOS,

Dites clairement ce que vous en pensez. Fatenville.

Eh bien, franchement, je n'y vois qu'une objection. C'est la position humiliante dans laquelle il placera votre fille vis-à-vis de moi... Je ne voudrais pas qu'il fût dit que ma femme dépendît complètement de moi pour sa subsistance... Elle-même souffrirait de cette situation et le public ne manquerait pas de faire des remarques. On est si méchant, voyez-vous.

DuCLOS.

Bah ! je me ris des remarques du public...

C'est très bien \ mais, comme vous venez de le dire, en affaires comme en affaires et, dans une transaction aussi importante que celle-ci, vous devez pourvoir à toutes les éventualités. C'est, du moins, le conseil, que je vous donnerais si j'étais votre aviseur légal.

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